2 mars 2017

[Poé] Bombardiers


Le ciel en rince les cicatrices

Rais de lumière et trombes
Incendiaires – les oies sauvages

Invisibles, meurtrières – toutes
Vrombissantes, hannetons vides

Leur colère – machinale – dilue
Les couleurs du jour avec celles de l'enfer

Animaux sur des sièges et
Grappes d'air en feu

Manne de poix, rosée de cendres
Les bûches de la Terre

Les troncs humains, leur supplice
Hante le ciel si oublieux

Elles reviendront : les cicatrices

 Bombardiers, mars 2017

14 janv. 2017

[Poé] Bloody Sonnet

unrefined? / anonymous? / found on small piece of paper under bed in V******** hotel room while lookng for phone / copied but lost again in digital archive 2011 / found again & released jan 2017

Cover your eyes, my dear
For I will paint the day bright red
Cover your ears, I bring revolt

Stitching shades with a scarlet thread

The crimson bay was not a dream
Sharpen four pens, prepare the bait
Cover your ears and hush the scream

In red I paint the day to come

Open your ears, young one, follow
The light laughter of a sister

Open your eyes, my dear, wait
Until I scar the night with a lighter

7 déc. 2016

[Poé] Le Bourdon samouraï (v 1.7)


0 - intro (dystocique)

Back back
au temps
Où les insectes ne connaissaient que deux saisons : Pléthore
Et Dévoraison

Quand les fauves mâchonnaient encore
Leur partenaire

Un porte-avion léger ou que dire de sa soif séculaire
Naquit – sans dard, et pourtant
Inassouvi

Différent de ses pères et cousin du dieu-
Crabe, mi-velu et mi
Glabre – il

Butine l'éternité, pollinise la mort

Cuirassé ponctuel – sa portance lui permit
De traverser les siècles

Et aujourd'hui

1 - portrait (écarlate)

Une légende : le Bourdon samouraï – lattes
Sur l'abdomen – ciselures
Aux fines lamelles de chitine mate

L'être le plus heureux du multivers
No comment


Puce de guerre – la menace hémophile
Robotisante, met son armure
Micro Bombus ou méga projectile – pas commode et muette

Crève l'écran et s'envole, un peu maladroitement
Do not underestimate


Le caparaçon rouge, tout rouge – t'es sûr ? à 100 %
Quatorze teintes – ow
Kabuto vermillon, plastron carmin, menpō rubis

Dazzle duvet dorsal : dark red zébrures blood red

Le défenseur aléatoire des causes non identifiées
Et franchement non causales
Nan je déconne (j'aimerais bien !)

Erratique baiser du destin

2 - sex life (plaisir & santé)

Aujourd'hui je n'allais pas très bien

Fléché – dans le creux de l'épaule
Apparue
La bête rouge et minuscule

Ne vous inquiétez pas, ça ne devrait pas démanger
À moins que le destin ne soit
Une plaie que l'on gratte

J'ai bu tout le vaccin, mais la tique a tout rendu

Le taon subtil et boulimique – sa cargaison de cochenilles
The one bourdon armada
Débarquement allié – pastilles d'acupuncture

Hélicoptère-lépidoptère, débarqué
Sur mon sexe-banane – et biim
Croiseur coulé par une torpilleuse alizarine

L'aoutât sans désir – et pourtant, du plaisir
L'irruption cutanée

Fourreau contre fourreau, fourrure contre fourrure
Ou expose-lance oh ouii

Et à chaque fois – sur chaque plaque rauque, abrasive
Extatique – plane

L'ombre du Bourdon samouraï
  
3 - strife (aléas émotionnels de la vie en commun)

Amerrissage – petite bête à crever – rouge foncé
Not a symbol
Étrange opératrice de l'étrange – déposée

Sur ma paume – fais gaffe, ça mord ces trucs

Subtil, armé – putain, check ce wakizashi purpurin
Pas un sourire, pas un regard
Son katana sanglant, fil et garde et pommeau drip drip

Une bise velue, un colorant – bille et grille
Dans ma paume
Au goût de fer – et moi, droséra consentant

Qui est l'abruti qui a bardé les mâchoires de mon piège à loup préféré – tapissé la paroi, je rêve – avec des récepteurs tactiles hypersensibles ? Oh et puis pourquoi pas

Referme – enfonce – lentement
Clé du stigmate ou serrure-fente et forage douloureux
Même mouvement

Lustre du mal – dommage, ou pas – dommages et intérêts
Tant pis ou partage ou casse-toi ou allez
Viens, désenfle et vois

Ceci est un contrat oral – okéé

 4 - outro (épilogue & réincarnation)

Le Bourdon samouraï dont la couleur a disparu
Avale
Niché en amont – je ne sais comment

T'entends ? – papillonner dans les bronchioles
Virevolter à l'intérieur, foreuse folle
Différence de pression

Posée sur la paroi interne
Décollage
Bulle d'air et pain de plastic noir – survolté

La cage est défoncée, le coffre vole
En éclats
Il pleut des petits morceaux de moi

Bruine cramoisie – corrosive
Casques ! Casques ! Alerte, essaim !
Et dans le ciel, au-delà du déluge

Une mouche béante, un globule noir


Le Bourdon samouraï, déc 2016

26 août 2016

[DCQLI] De ce qui l'imbibe, ce que qu'elle trafique (5)


# 5

Obsessed par cette idée : un cocktail dément, unique au monde, qui s'évapore à mesure qu'il est fait, juste prêt à être signé. Cerveau-artiste et cerveau-art, "il" insiste : il tient à sa couronne, et donc moi à la mienne.

En même temps, c'est l'œuvre d'art contemporain ultime – ici : l'artiste ≈ l’œuvre d'art, le style = le geste en temps réel, le message = le process, le process = l'archive enregistrée, le remix de la trace ≈ le milieu réfléchi, où l'objet d'art se nourrit et s'affecte lui-même, où l'authentique = le système plastique de dérivations infinies, où les réseaux d'un regard se branchent au grand réseau des regards et le transforment en retour, etc. Am post-modern as fuck, TMTC ! Fnord.
"There is a link between landscapes and ecosystems. Uncovering this link could help to understand certain specific ecological processes and further holistic understanding of a given world. But first, let us clarify our heuristic definition of 'ecosystems' and 'landscapes'." 
- Wendy Thorzein, "Introducing phenomenological concepts and models in Landscape Ecology", Landscape Ecology Monthly (jan 2019)
Ultime dérivation, parce qu'elle contient toutes les perfections et les imperfections de l'artiste, parce qu'elle n'est rien d'autre que cela, tout en dissolvant la limite absolue entre artiste et matériau, entre réel et interprétation, entre monde intérieur et extérieur. Le cortex reformule, distend ou extrapole ce qu'il reçoit, tout en faisant partie des choses, étant une chose. L'imaginaire descend du monde et y retourne.

Ultime parce qu'il n'y a pas un seul instant pendant lequel je ne la travaille pas, parce qu'il n'y a pas un seul instant où elle ne se nourrit pas, parce qu'il s'y trouve quasiment tout ce que je suis, les échecs importants, les idées laissées en suspens, les réussites oubliées, les chefs d'œuvres imaginés ou visualisés en un clin d'œil (traces), les variations de chaque énervement et chaque orgasme, les détails anesthésiés de chaque souvenir...

Tout reste là, tout ce qui compte, crypté dedans, sous une forme ou sous une autre, abstraction faite de toute neuro-dégénérescence pathologique : l’œuvre contient non seulement ma vie entière, mais le monde entier selon moi, sans aucun reste ni extérieur. Production et produit. Quelles machines culturelles ont forgé ma sexualité artistique ? Quelles usines naturelles ont remixé la soupe ? Quelles strates auront filtré ce que – quelles ouvrières ? – ont pré-mâché, re-digéré ce que – kssk skksa ? – j'ingère aujourd'hui ?
"Ecosystems are characterised by the interactions between a biotope and its biocenosis. Biotopes are made of abiotic entities and cycles (on Earth, this ususally includes an atmosphere, a hydrosphere, a lithosphere and/or composite spheres like the pedosphere and their interactions). Biocenoses are composed of biotic entities and cycles (on Earth, this usually includes flora, fauna, fungi, bacteria, protists and their respective interactions)."
- Wendy Thorzein, "Introducing...", Landscape Ecology Monthly (jan 2019)
Mon cerveau en deux phases, comme œuvre essentiellement sociale, médiatique, écologique : plus collaborative tu meurs. La perspective est renversée, car le cerveau n'est rien sans les interactions génétiques, sociales et environnementales, et mon oeuvre n'aura fait qu'offrir ses fibres et ses pâtes à ce qui l'entoura, de près et de loin. Collaboration et hostilité. L'œuvre d'art contemporaine intègre le rejet, la réaction hostile et la provocation dans ses projets, voire l'auto-destruction par public interposé : expérimentation stimulante et succès expressif !

Après l'omni-présence de Sophÿe dans les tissus et les sillons et les tubulations palpitantes de son cortex, voici la foule infinie, humaine et non-humaine et au-delà, en-deçà, sur les côtés, sans haut ni bas, fongique, minéral, arachnide, dont Sophÿe n'est que l'hybride INFLAMMABLEUE !
"Of course, such a separation between biotope and biocenosis is artificial and abstract: the major cycles of any given ecosystem include complex interactions between biotic and abiotic entities, including bilateral transfers of energy and transformations, at all scales. Of course, this applies as much to seemingly highly anthropized ecosystems than to ecosystems seemingly cut from anthropic interactions."
- Wendy Thorzein, "Introducing...", Landscape Ecology Monthly (jan 2019)


« De ce qui l'imbibe, de ce qu'elle trafique » (5), à suivre
texte by SK aka Ackb aka GS / L pic by Sachin Teng

20 août 2016

[DCQLI] De ce qui l'imbibe, ce que qu'elle trafique (4)


# 4

Une performance unique, une fois pour toute, et l'objet pour durer, au moins dans du formol. Objet > Sujet. Physique > Mental. Sculpté > Vécu. Mon cerveau, producteur et produit, en deux phases et selon deux dimensions. Right now, se paye une projection mentale privée de la partie actuelle de son œuvre maîtresse, versant esprit, dans laquelle il précise justement les modalités de son auto-baptême de salon. Sauf que la pellicule flambe à mesure que l'image change.

Ha, hé. Minute butterfly. La performance, sskssé ma conscience à l'instant T – un genre de coupe sensitive dans la coulée mentale qui ne cesse de changer –, œuvre éphémère, évanescente, ou sskssé une abstraction, à savoir l'ensemble de mes vécus – le flux entier avec toutes les interférences et parenthèses –, y compris les souvenirs que je ne peux plus rappeler ? Comment affirmer sa valeur spécifique, si rien n'en reste ? Mmm.
"A cultured neuronal network is a cell culture of neurons that is used as a model to study the central nervous system, especially the brain. Often, cultured neuronal networks are connected to an input/output device such as a multi-electrode array (MEA), thus allowing two-way communication between the researcher and the network."
- 'Cultured Neuronal Network', Wikipedia (feb 2016)
D'où mon problème majeur : "tout le monde", à sa manière, connaît le phénomène conscience. Alors quoi ? Si spécial, mon évènement ? Ou éminemment banal ? Qu'est-ce que la mienne de performance a de sensationnel ? Et même si c'était le cas (OUI, OUI, J'AI COMPRIS RESSENTI DES TRUCS T'IMAGINES MÊME PAS), comment le prouver ? Et à quelle fin ? On ne peut ni la visionner en live ni la revivre... Si c'est one shot et total privé, c'est glamour mais ça craint : inaccessible et prétentieux. Si c'est l'abstraction du vécu, des flux interrompus, c'est très concept, mais R.A.S, on nage en plein bateau, en pleine illusion d'identité trans-temporelle. Mayday mayday, oskour Major Dilemme.

Cette performance est-elle vraiment totalement illisible du dehors ? Et aussi, sskilé vrmnt impossible à rembobiner, ce film en 27D ? Et impossible à reproduire ? Ha, rien n'est moins sûr : émulation des patterns corticaux, ou partage via chirurgie invasive, pose d'électrodes, ou par un gimmick de réalité virtuelle, Go-Pro synesthésique ? Seul hic : je n'enregistre pas, là, mon flux sensoriel total (si même on le pouvait, le flux mental-émotionnel reste beaucoup trop chaud à émuler). C'est pas au point et quand ça le sera, tout ce qui sera venu avant aura été perdu.

Si l'on ne peut par encore me lire en temps réel, participer à la première personne, est-ce que je devrais dire que d'autres cerveaux participent, qui me perçoivent et répondent, par expression et par affects ? Est-ce que ma performance inclut ce qu'en perçoivent les autres – au moins de proche, quasiment similaire, avec les décalages, tous les effets de parallaxe ? Cerveaux s'imitent. Potentiellement les mêmes, ou accordés. Elle s'étendrait alors au-delà de l'absence de conscience liée à l’œuvre d'art résiduelle, à mon cerveau-sculpture... Revis un peu ma vie, apprends à me connaître ?
"A crucial difference may be drawn between learning and plasticity. If 'learning' is 'the acquisition of novel behavior through experience', learning necessitates an entity to interact with its environment – something that cultured neurons are virtually incapable of without sensory systems. 'Plasticity', on the other hand, is simply 'the reshaping of an existing network by changing connections between neurons' [...]. But these two phenomenons are not mutually exclusive. On the contrary: plasticity happens during interactions, and in return, plasticity is necessary for learning to take place."
 - 'Cultured Neuronal Network', Wikipedia (feb 2016)

D'autres problèmes. En vracascade : mon "œuvre-d'art cerveau", comment la circonscrire dans l'espace et le temps ? Où s'arrête le cerveau, et où commence le reste du corps ? Et qu'est-ce que l'un sans l'autre ? Et où s'arrête mon corps-cerveau, et où commence l'interaction avec le reste ? Où s'arrête la composition minérale, et où commence l'assimilation digestive ? Suis-je un corps cérébré ou un cerveau expansé ? L'ordinateur central dans son robot, ou le larbin de l'organisme et de la meute qui exécute la partition, même s'il se croit malin ?

Quand déclare-t-on que le show est terminé, que la conscience n'émerge plus, ou qu'elle est départie de ses atours les plus reconnaissables ? Quand passe-t-on de la performance à l'œuvre-produit ? Faudra-t-il que j'attende ma mort pour vendre la chose et toucher le cachet ? Mon cerveau dans une jarre de liquide nutritif et vendue aux enchères, 9 millions à NYC, musée ou collection privée ? Puis reprise et manipulée à son tour, électrochocs, l'expérience vivante reprendrait cours ?

Au pire, la solution universelle : c'est que l'idée qui compte. J'ai rien fait, mais j'y ai pensé. Conceptual token. Je sacralise l'ordinaire, j'en extrais un symbole vivant, une ode mortelle à la machine cachée qui n'est rien d'autre que son propre développement, et un appel à la participation, au hack, à la contrefaçon, au partage de masse de cette idée, au-delà des controverses entre facile et génial, entre ready-made et gros facial : autant de consécrations ultimes de l'œuvre d'art aujourd'hui. Hybridation électronique de l'organe-fou, Monsieur Muscle-Cyborg, la seule œuvre d'art qui décide elle-même de se faire refaire des parties, installer des implants, whatever.
"Cultured neurons are then connected via computer to a real or simulated robotic component, creating a hybrot or animat, respectively. Researchers can then thoroughly study learning and plasticity in a realistic context, where the neuronal networks are able to interact with their environment and receive at least some artificial sensory feedback."
- 'Cultured Neuronal Network', Wikipedia (feb 2016)


« De ce qui l'imbibe, de ce qu'elle trafique » (4), à suivre
texte by SK aka Ackb aka GS / C pic by Sachin Teng

[DCQLI] De ce qui l'imbibe, de ce qu'elle trafique (3)


# 3

Ah, nan, c'est vrai : un dernier point technique avant l'explication du principe. La conceptrice de l’œuvre oui, je le suis, mais indirectement, ou malgré elle.

Comme ma pensée prend place à partir de mon cerveau, l'œuvre se conçoit elle-même. J'en suis la conceptrice attitrée, mais conçue par son œuvre, conception anonyme. Car la libre volonté n'existe pas. Itiz eune iloujieune. La conscience n'agit pas sur le monde. Yep: nope. Le monde inter-agit sur le monde, tissu contre tissu, et la conscience émerge au creux de certains plis, à l'occasion de certains frottements. Toute "volonté consciente" n'est rien que l'occurrence d'un sentiment d'attraction ou d'intention, qui est celui d'un corps, du corps qui sous-tend cette mémoire à l'instant T.

Je suis mon propre travail ciselé, qui est mon corps, et j'ai participé à tout mais je n'ai rien créé, "moi". Tout s'est fait, et en partie par lui-même, en jouant sur lui-même depuis l'extérieur. Allers-retours. Mais où j'étais ? Je suis là, maintenant, et la pellicule flambe. Mon œuvre d'art ! "Ma" performance ? Je ne performe pas, bien plutôt performé, percolé, perforé. L'artiste composé par son œuvre : luxe absolu de mon cerveau (comme on dirait "mon maître"). Se canonise lui-même au son des cordes vibratoires, derrière les dômes rétiniens : j'en suis la bande passante et la témoin prise à parti.
"Nagel uses the metaphor of bats to clarify the distinction between subjective and objective concepts. Bats are mammals, so they are assumed to have conscious experience. Highly evolved, bats make active use of a biological sensory apparatus that is significantly different from that of many other organisms. Bats use their very highly developed sense of echolocation to navigate and perceive objects within their environment. This method of perception is entirely different from the human sense of vision, but both sonar and vision are regarded as perceptional experiences."
- 'What is it like to be a bat (Thomas Nagel article)', Wikipedia (feb 2016)
"Je" me suis vraiment beaucoup travaillé. Tis much is clear. Ou : dans mon cas, la fonction "je" de ce corps a été ciselée. Et non, tout le monde ne cisèle pas, ne se cisèle pas, n'est pas ciselé ; tout les cerveaux n'en ont pas le loisir, c'est-à-dire les moyens (matériels, actuels, concrets). Le vrai problème, c'est de préciser les contours du trick artistique, l'expliciter pour le leaflet d'expo, avant de déposer la touche finale, appeler mon agent, et mettre en branle le marché. Nice job, brain. Tu t'es vraiment bien travaillé. Encore un tout petit petit, un tout petit, petit effort.

Moi, "Sophÿe Kalash", propose son cerveau comme œuvre d'art : pas n'importe laquelle. Comme performance, d'abord, et ensuite comme produit. Tout d'abord comme fonction, intégrative, de toute une vie d'interactions et de mouvements de la matière, de ce qui en émerge dans la conscience (dans les consciences ?) ; et puis ensuite seulement la res elle-même, comme agrégat fini, produit résiduel, ce tel cerveau dans du formol, scorie ou trace, token souvenir de la performance, un véritable artefact naturel, au sens le plus paradoxal et le plus littéral.
"As humans, we can imagine what it would be like to fly, navigate by sonar, hang upside down and eat bugs like a bat, but our powers of imagination are limited because we cannot escape our subjective perspective as we attempt to imagine 'objectively' the perspective of the bat. Nagel states that even if we were able to metamorphose gradually into bats, none of us would actually be able to experience consciousness as a bat because our brains would not have been wired as a bat's from birth; therefore, we would only be able to experience the life and behaviors of a bat, but never the mindset."
- 'What is it like to be a bat (Thomas Nagel article)', Wikipedia (feb 2016)
D'abord une œuvre-feu, entièrement immersive, à représentation unique et dont le film, le négatif, s'autodétruit au fur et à meure de la projection. Double évènement : one of a kind, et just once, only once. Ensuite, secondairement, une œuvre-sculpture, le cerveau objectif, l'organe extrait de mon métabolisme. L'objet muséifiable dont le versant intérieur, évaporé avec la vie passée, resterait l'enjeu principal : la machinerie résiduelle de la performance perdue, qui perdure le devenir-différent de cette chose après la vie, en mode décomposition ou repas ou sketuv.

Ça semble neat et clean comme ça, bien séparé, la performance et son résidu... Mais dès que je veux passer à la réalisation, tout s'étale, détale, s'entredévore, etcaeterâle.
"Such is the difference between subjective and objective points of view to Nagel. According to him, 'our own mental activity is the only unquestionable fact of our experience,' meaning that only we know what it is like to be ourselves. Objectivity, on the other hand, is based on placing one's self in an unbiased, decentered, schematic, non-subjective state of perception."

- 'What is it like to be a bat (Thomas Nagel article)', Wikipedia (feb 2016)



« De ce qui l'imbibe, de ce qu'elle trafique » (3), à suivre
texte by SK aka Ackb aka GS / L pic by Sachin Teng

[DCQLI] De ce qui l'imbibe, de ce qu'elle trafique (2)


# 2

Je suis évidemment bien + et bien autre chose. Alors c'est quoi comme matériau, un cerveau ? Quelle relation avec le corps, surtout quand tout ça change (= sans arrêt) ? N'est-il pas, ce cerveau, composé de stuff, des choses qui flottent et des concepts incarnés ? Comment le définir poétiquement ?

Un truc génial qui peut se modifier lui-même ? Du stuff qui représente et calcule du stuff extérieur, mais pas seulement, se représente aussi le stuff intérieur, aka soi-même. Si mal déterminée et surdéterminée, cette chose qui s'auto-dépeint, s'auto-régule et s'auto-chirugise avec des tentacules vers l'extérieur, la vraie mousse dans ce crâne, avec la pulpe et les morceaux, ksské, ksské ? Feedback.

Ce que j'ai mis une blinde à intégrer, c'est qu'autant "le cerveau" est affecté par "l'extérieur" et y réagit, autant le cerveau est affecté par lui-même, en tant qu'ensemble distribué de choses, affecté par sa propre activité, de la perception à la mémoire à l'imagination. C'est la dimension physiologique indépassable et nécessaire de toute pensée : ça crépite à l'intérieur du crâne et ça se remodèle.
"Astrocytes (Astro from Greek astron = star and cyte from Greek "kyttaron" = cell), also known collectively as astroglia, are characteristic star-shaped glial cells in the brain and spinal cord. The proportion of astrocytes in the brain is not well defined, but they are the most numerous glia cells. [...] [Among others], astroglia help in regulating electrical impulses, modulatig synaptic transmission, repairing the nervous system, and acts as a blood–brain barrier and a Glycogen fuel reserve buffer.
- 'Astrocyte', Wikipedia (feb 2016)
Alors qu'est-ce qu'il en coûte de la décréter œuvre d'art, cette chose bio-culturelle unique (sous l'angle du réel) et pourtant générique (sous l'angle du langage, de l'expérience partagée), çeu truc biface, multipolaire, avec des extensions de partout qu'on ne sait pas où elles s'arrêtent, et puis jamais la même chose exactement, apprentissante, malade, sélective, pollinisante, partiellement sexuée, oublieuse, addictée, etc. ?

Mon cerveau une œuvre d'art. Lui-même sa propre œuvre, en partie. Il y a une œuvre d'art et je le sais car je la suis, et je la suis car je la vis, et je la vis car je le pose, action du cerveau sur lui-même et sur ses vécus personnels (reflets partiels de la fraction nerveuse du corps). Et puis les glandes s'activent, les muscles se tendent, les cordes vibrent et l'air module : il y a maintenant une œuvre d'art pour vous aussi, je le déclare, en ma qualité d'artiste contemporain-e et reconnu-e.

Conceptrice de cette œuvre que je suis, car je peux l'être et le déclare (dans telle culture humaine, déclarer l'art suffit à poser un public, même malgré lui, et à transmuter X en art), et que je symbolise par cette partie poreuse, réflexive, aux limites vagues et câblées : ce cerveau-là. Organe labile et son système sensitif, logé dans une partie de la métabolê loquace que je suis. Partie du corps que je suis, et dont pourtant je ne suis aussi qu'une partie, ou pas même une partie, évanescente évocation et dépendante (conscience fissile, mémoire vécue, ponctuelle, nix identitaire, nix essence trans-temporelle, récit perso fait de largages en cascade, etc.).

Sans plus attendre : le projet !
"Astrocytes are linked by gap junctions, creating an electrically coupled (functional) syncytium. Because of this ability of astrocytes to communicate with their neighbors, changes in the activity of one astrocyte can have repercussions on the activities of others that are quite distant from the original astrocyte."
- 'Astrocyte', Wikipedia (feb 2016)



« De ce qui l'imbibe, de ce qu'elle trafique » (2), à suivre
texte by SK aka Ackb aka GS / L pic by Sachin Teng

[DCQLI] De ce qui l'imbibe, de ce qu'elle trafique (1)


# 1

On m'appelle Sophÿe Kalash, et je viens de vous annoncer que mon cerveau est une œuvre d'art. Wait, like what, for real?

Une œuvre tout à fait géniale dont je suis l'artiste en partie. En tant que partie de ce corps, en tant qu'évocation de ce cerveau, en son nom je le déclare, le déclare une œuvre d'art, plastique par excellence. Celui qui l'dit qui l'est. Sans métaphore, je me suis laissée envahir par l'idée, l'énigme ou le projet bizarre de faire de mon cerveau une œuvre d'art au sens propre. Une tout à fait unique, passablement ultime et indéniable.

Le qui ? Le comment, le pourquoi ? Comment ne serait-ce pas déjà le cas, en ce siècle (occidental) de self-re-styling perpétuel ? Il fallait faire plus compliqué. Du remplissage, du vilain buzz bien polluant ? Ou un bezin plus substantiel ?
"Glial cells, sometimes called neuroglia or simply glia (Greek ' γλία ' and ' γλοία ', meaning "glue"; pronounced in English as either /ˈɡliːə/ or /ˈɡlaɪə/), are non-neuronal cells that maintain homeostasis, form myelin, and provide support and protection for neurons in the central nervous system and peripheral nervous system. [...]"
- 'Neuroglia', Wikipedia (feb 2016)
Pour l'apparence, imaginez un cross entre Felix dans Orphan Black (joué par Jordan Gavaris) et Justin Tranter (Semi-precious Weapons) sous amphés. Croisez encore une fois avec Annalee Newitz et Nicole Angemi pour l'intellect et la curiosité scientifique déplacée. Ça boit, ça baise, ça discute, ça inscrit, ça vieillit et ça se plaint. Insupportable. On appelle ça "Sophÿe Kalash". Par "on", j'entends des "humains" qui me classent parmi les "humains" et plusieurs sous-ensembles plus ou moins peuplés, comme "vivant-e", "mâle", "artiste contemporain", "post-performeur-e", "canard", "répugnant-e", "brainy" voire "prise de tête". Mes petites cases. Stresse pas, on en a toutes.

Flashback. Fin d'expo demi-teinte en janvier 2015, je me retrouve dans une drôle d'impasse niveau inspiration. Je décide d'abandonner les masques et les fous pour étudier. Sur un article dans un magazine d'anticipation, je commence à lire de la SF (Egan, Le Guin), de la philo de l'esprit (Dennett, Kim, Parfitt) et des articles Wikipedia sur le cerveau. Intermèdes sur NatGeoWild, par tous temps, et revues sur la reproduction des plantes et la bio de l'évolution. J'en discute avec Paco Sanbharat, Red Muff, Jod LeBaron, Zakkie, toute ma constellation intello bien bandante.

Zétaient catégoriaux : c'est déjà bien gratté, mais ni poncé ni poncif. Y'aurait encore du matériau. Petit à petit je me dis "non, ha ha, non" : y'a carrément mine de zircon sous calotte.
"Neuroscience currently identifies four main functions of glial cells: (1) To surround neurons and hold them in place; (2) To supply nutrients and oxygen to neurons; (3) To insulate one neuron from another; (4) To destroy pathogens and remove dead neurons. For over a century, it was believed that the neuroglia did not play any role in neurotransmission. However 21st century neuroscience has recognized that glial cells do have some effects on certain physiological processes like breathing, and in assisting the neurons to form synaptic connections between each other."
- 'Neuroglia', Wikipedia (feb 2016)

 
« De ce qui l'imbibe, de ce qu'elle trafique » (1), à suivre
texte by SK aka Ackb aka GS / R pic by Sachin Teng

18 août 2016

[Poélovée] Belle absente (temps limité)


– Avis d’averse énigmatique sur parcelle de maïs – drones ? débris ? météorite ?
– Non – vaisseau spatial crash imminent – phallus volant coït fatal
– Nuage d’épices – premier contact – une créature humanoïde s’extrait du cargo éventré
– Qui analyse la surface – astre païen : aucune balise, des plantes jaunes, dix grandes hélices
– Hulotte céleste – un cyborg échoué – sans halo sans féal, cette prêtresse
– Tient de la panthère-droïde – étrange vizir, caïman-koala – férale, hybride – lâche
– Un son aigu – Hélios fond – puis disparaît soudain dans l’maïs calciné

http://oulipo.net/fr/contraintes/belle-absente / avec les accents pris en compte

Belle absente
/ belle absente, août 2016

21 juil. 2016

[Poékogi] Vous savez, quand j'expose, il y a toujours cette partie de l’œuvre qui se ballade à l'intérieur


« Vous savez, quand j'expose, il y a toujours cette partie de l’œuvre qui se ballade à l'intérieur, et qui a bien évidemment la possibilité de modifier le reste des œuvres (les détériorer ou les améliorer, ce n'est pas ma question).

Rien n'empêche les spectateurs de faire pareil, mais ils ne le font jamais, même si on les y encourage ! Des fois je me dis qu'ils tiennent plus au mythe de l'artiste que l'artiste elle-même.

D'autre fois, je me dis qu'ils ont peur de se reconnaît
re dans le tableau, dans l'objet composé hors de la vue, recomposé à l'arrachée, décomposé par des corps plus jeunes qui ne se connaissent pas plus ou pas mieux. [...]

Oui, exactement, c'est le pendant de toute cette réflexion sur la passivité des êtres. En 2013, je pensais encore que l'anonymat pouvait transmettre efficacement l'idée que la "création artistique" est une illusion. Je ne faisais que répéter : "Seul l'univers se passe, ouh ouh, moi je ne fais rien, que passer..."
[elle se caricature, rires]

Je crois toujours qu'il n'y a que le monde dans son ensemble qui soit véritablement "actif". Mais passer, ça signifie tout de même participer à une longue traînée de peinture, à telle soupe ou à tel carburant.
Aucune cause première et souveraine, oui, mais cela n'annule ni mon existence, ni mon nom temporaire.

Les intentions elles-mêmes sont entièrement produites, oui, mais ce sont des produits locaux, ultra-locaux !
[rires] Et si l'on a envie d'avoir des préférences, alors il arrive parfois que les machines soient très petites et les effets très originaux. Je crois qu'il reste beaucoup à déconstruire des relations entre l'originalité, la rareté, ce qui plaît et la valeur artistique [...]

L'exposition doit d'abord être un lieu symbolique – ou non, plutôt un moment rituel – où la rupture entre activité et passivité se dissout. Apparaît illusoire. Alors je me tiens dans de cet espace-temps, au milieu des produits non-signés que l'on m'attribue. Je ne suis pas au milieu de ces travaux comme "au centre", mais au milieu comme "parmi" et "dans leur milieu".

Peut-être que ce n'est pas assez clair ? Ou pas assez novateur ? Vous savez, j'ai cette idée de performance avec des animaux génétiquement modifiés placés dans la même salle que des tableaux comestibles... »
- Iris Vardamantine, 2017.

en réponse à des questions après sa conférence imaginaire au GURJ #9, "Hommage à Pierre Huyghe", 21/11/2017.