16 nov. 2017

[Apz] Renaissance réservoir

 
« Je suis un monstre, je suis l'Hydre de Lerne, alors ce n'est pas très malin de réussir à me couper la tête »
 — Xval, ce matin

10 nov. 2017

[Psykogi] Devant soi-même (2)


Ce moment où il ne combat plus rien d'extérieur. Il aura mis le temps, et encore, rien n'est gagné. Ce moment où il sent et sait, sans le vouloir, qu'au-delà de ce point ses raisons deviendront définitivement des excuses, et ses revendications ne seront plus que des imprécations.

Mais il est perplexe, il résiste : "NON ! Je ne me suis pas apitoyé : j'ai pris soin de me battre... Et je ne l'ai pas caricaturée ! J'ai pris soin de corriger mes réactions, dans un sens comme dans l'autre, j'ai retenu ma rage et limité ma parano... Je l'ai prise en compte, j'ai... Tous ces efforts, mais je devais apprendre à dire non ! à poser des limites !, peux pas renier ça, ni accepter qu'elle ait..."

Il ne voit pas que tout ça ne change rien. Ce n'est pas qu'il ait eu tort, ou qu'il n'avait aucune raison d'avoir la rage, ou qu'il n'ait pas fait de réels efforts de compréhension, ou qu'il ait eu tort d'apprendre à dire stop, ou qu'il n'ait eu aucun mérite, ce faisant. C'est que ces choses ont été établies, reconnues en partie, et passé le point où il se trouve, doivent être dépassées car elles le peuvent. Sinon, à lui d'être faible, lâche, et un poids pour lui-même. Ce moment où il doit se vaincre lui-même, et que personne ne l'y force plus, que rien d'extérieur ne le contraint à la souffrance et que personne ne lui impose ce combat ni ne l'attend dessus. Tout le monde a bougé, ou peut-être pas : cette question ne le regarde plus.

Ce n'est pas qu'il soit devenu une loque et qu'il comprenne qu'il doit se ressaisir, et c'est très bien d'avoir réussi à ne pas devenir une loque et de s'être imposé de faire son lit et de se lever pour aller au travail, et de ne pas s'être permis de faire du mal autour de lui parce que lui avait mal : c'était très bien tout ça mais on s'en fout. Regardez-le, c'est rare : à cet instant, il voit et sent qu'il est véritablement seul, et il débat (se débat) encore un peu avec lui-même, cherche à détourner son regard de cette pensée. Il sent avec terreur qu'il pourrait vraiment choisir d'abandonner la justice (contre elle) et la perfection (contre soi), et le combat tout court. Et ce serait juste et parfait, si ce n'était pas impossible.

Ce moment où il se passerait bien d'être lucide, où il doit se défaire des légitimités et des mérites qui le plombent, en plus de se débarrasser de l'adversaire de fait (à tort ou à raison, encore une fois on s'en bat), et non seulement parce qu'elle devenue spectrale et fantoche. Ce n'est plus de son ressort. Lâche tout ça ! Laisse tout en plan, tu n'as plus aucune excuse ! Ça y est, il pige enfin : ce n'est pas un pardon, ni un oubli du mal (d'elle, et de lui-même), ni un déni du bien (dont elle a bénéficié de lui, et dont il a bénéficié d'elle, tellement profondément, et au passage, il oublie bien trop vite et trop souvent ce qu'elle a fait pour lui, ce qu'elle aussi a fait d'impossible pour lui), ce n'est ni un move tactique, ni une contre-attaque, ni une défaite : c'est une sortie. Une sortie de l'évènement de la séparation, une séparation de l'évènement. Une put*** de Aufhebung grandeur vécue, un vrai moment de liberté et de bonne foi sartiennes et de générosité cartésienne sorti de nulle part

Shit happens. Acceptation, et si personne ne lui impose ça de l'extérieur, il ne peut plus se plaindre ni montrer du doigt : ce n'est plus le même jeu, et pour le moment, l'autre jeu, celui des rétributions, est hors-circuit (FIOUU). Nécessité d'agir, de se bouger le gras, mais nécessité devant soi, hors de tout regard, de toute justification (qu'elle soit mauvaise, biaisée et nuancée, ou légitime), dehors de toute injonction, de tout reproche réel ou imaginaire, de toute compensation, de toute vengeance ou manigance externe, et sans aucune attente envers un-e autre ou l'avenir. Dehors soi-même, et face à soi, très seul

Ou alors, à la limite, c'est le Major (Motoko Kusanagi, celle dont le cœur n'appartient pas) qui, impassible et sans être excessivement impliquée dans ton cas, te fout une gifle en pleine gueule et te dis froidement qu'elle n'en a rien à foutre de cette fille et de sa faiblesse réelle ou fantasmée, et de ce qu'elle t'a fait, ou pas fait, ou refait, il y a dix ans ou ce matin : là c'est toi qui l'agace et toi seul-e, et tu l'ennuies et elle se fait chier. Ne reste pas là : bouge.

Mais regardez. Il patine, ou plutôt non : il a perdu le fil. Il s'est félicité, et puis en un sursaut, il est retombé dedans. C'est le combat glissant et impitoyable :
1 - vous savez qu'ici l'ennemi, c'est vous,
2 - vous sentez qu'ici aucune victoire définitive n'est possible,
3 - et vous sentez qu'une fois le dos tourné, le combat lui-même vous échappera des mains, l'arène se dissipera et s'effacera devant toute pensée de victoire, tout plan d'action, aussi bien tordu que légitime
Je ne plaisante pas : ce ne sont plus seulement vos vieilles gerçures, vos vieux plis et tricks cycliques, vos recours réflexes et vos psychiques signature moves qui sont en jeu, ce ne sont pas seulement vos réactions de défense ou d'ego qui vous aveuglent, mais aussi les combats légitimes, les leçons apprises dans la douleur, les espoirs et la recherche honnête de l'équilibre des torts, même ce que vous aviez admis et reconnu, ce que vous avez gagné de haute lutte et le statut de victime que tout le monde s'accorde à vous reconnaître. Tout ce qui vous occupe vous replonge dans le calcul et menace de recouvrir le seul défi, le seul effort qui compte : celui qui n'a aucun public, qui ne sera jamais reconnu, pris en compte ou récompensé. La base. Impitoyable. Et glissant.

Il sent que tout est plus simple quand il n'en a plus rien à foutre de lui-même, et passé un certain point, un certain temps, passé un quota de pages écrites en souffrant et de séance de psy et de kiné, il est arrivé là. Il se lâche la grappe, prend la décision (libre, seul) de ne plus avoir d'excuse et d'être absolument intransigeant envers lui-même.

Le moment où le rictus invincible et meurtrier, né avec la détermination de s'en sortir et de ne rien lâcher, né avec la rage de s'en sortir vivant et d'obtenir ce à quoi il a droit, fait finalement face à soi-même, à la tâche insupportable, contraire à son essence, de réinventer la vie, d'accepter de mourir, de passer à autre chose, mais ça ne vous concerne pas du tout, ça ne vous regarde plus

S'il réussit à confirmer cette lancée par quelques victoires sur lui-même, il devrait sentir qu'il peut aussi abandonner la culpabilité née de l'abandon. Il commencera lentement à pouvoir arracher la seconde peau du mépris pour lui-même et disperser le nuage de voix accusatrices qui alimente cette peau exogène, il cessera de se sentir coupable d'avoir eu des besoins, d'avoir demandé des assurances, d'avoir cru aux paroles dites et de s'être attendu aux promesses faites. Il n'a pas l'air d'avoir cette force pour l'instant, mais surtout, il a une autre tâche, une condition préalable


— épilogue

Je ne fuis plus dans le non-humain (anesthésie) ni dans l'oreiller (mélancolie) ; je suis impitoyable et seul juge, mais ne juge que moi-même. Fierté : être normal. Perfection : utterly unimpressed by moi-même. Défi et secret profond : je suis passé à autre chose (quelque chose m'a passé à autre chose). Bataille inattendue et interminable. Mais je suis patient. Mes têtes repoussent, et elles retournent à leur business. Je laisse les autres s'occuper des torts et des mérites, je suis à côté de ça : j'ai un univers absurde à explorer et une existence quelconque à parfaire

Face it, move on for your own sake
And since you're there, be f*****g awesome


début nov 2017

7 nov. 2017

[Psykogi] Devant soi-même (1)



Surtout moi. C'est horrible : tu avoues et ça confirme le biais. Cracher le morceau, c'est peut-être encore se justifier, chercher une issue honorable. Qui sait ? Surtout pas toi, surtout pas moi. Encore que. Parfois, c'est juste la souffrance qui parle : parfois c'est vraiment hors les gonds, ça hurle et ça part en sanglots, et parfois ça conciliabule et ça prépare, ça demande réparation, ça complote et ça compte les points, surtout les siens, oui, les miens, les miens, my preciousss

Les vrais aveux existent, sans aucune autre visée que l'aveu, dans l'instant, mais c'est rare et précaire. Et encore, si la personne s'inflige l'aveu, qu'elle se reproche tout et trop à la fois, qu'elle va trop loin, la personne se dénigre et pollue la reconnaissance des torts qu'elle prétendait donner, et en s'accablant ou en s'effondrant appelle à être relevée et consolée : l'aveu devient faiblesse et cette réaction est facile, qui fait mine de tout prendre pour ne rien devoir porter

Par ailleurs, comme les rares aveux sincères et spontanés sont si précieux et immédiatement reconnaissables, si particulièrement productifs et si helpful relationnellement parlant, on tend à vouloir les reproduire, les mémoriser pour les réchauffer et les rejouer plus tard, en faire des instruments, même de manière inconsciente

Nan mais l'autre jour, je m'entendais me parler à moi-même dans ma tête, comme souvent, me justifier, rejouer les dialogues, me donner les raisons, faire la liste, calibrer les évènements, les mots donnés et reçus, chercher un nouvel angle et soudain je me suis dit "quel bullshit..."

Je n'étais pas particulièrement malhonnête ou biaisé, mais j'étais tellement biaisé. Full of crap. La question n'est même pas de savoir si j'étais partiellement ou totalement justifié dans ma souffrance, mon injustice et mes griefs, simplement : j'étais en train de me justifier devant moi-même et devant les autres, à l'intérieur, tous ceux et celles qui m'accusent, réels et imaginaires, toute la culpabilité et toute le ressentiment, et légitime ou non, j'étais en train de griffer, de me battre et d'ériger des palissades avec des échardes et des pitbulls en bas, et j'en ai soudain eu ma claque

Du coup, en ce moment, je fais un exercice. Twist the spine. Je m'en bats de l'attribution des fautes, des responsabilités, des prix ou des victimes. Ou plutôt : je les attribue globalement, et une fois que c'est fait, je range et je remets la rétribution à plus tard, à jamais, un jour, quand et si j'en aurais envie. Pour l'instant, on s'en bat. On verra, et j'aurai alors droit à l'erreur et droit de ne pas respecter ce que je dis, et droit de m'y tenir.  The inconsistency principle. Mais d'ici là ce qui est certain, c'est que je sature de ma propre voix intérieure, qui cherche toujours à corriger, maximiser, qui cherche à s'en sortir et à voir les choses correctement. Mute. Stop. Disconnect

Je fais un break. C'est moi ? Ok, c'est moi. C'est toi ? Ok, c'est toi. C'est personne ? Ok, c'est personne. Très bien. Mais les pleurs et les poing sur les murs, j'ai dépassé la dooose. C'est classé, c'est là, si jamais, mais ça n'attend pas. J'ai le droit de m'en foutre ad vitam et d'en être libre tout en le gardant écrit quelque part, mais j'en ai tout autant marre de me promouvoir mentalement et de me défendre à longueur de matinée. Cut the crap. So much blah blah whiny crap

C'est moi ? Ok. C'est toi ? Ok. C'est moi, et elle réagit ? Ok. C'est nous deux, mais plus elle ? Ok, ok. Done. Et maintenant on fait quoi ?

Les gens sont. Ok. Moi je suis. Ok. Cela s'est produit ainsi, je ne préférerais pas que ça se reproduise : très bien. Je fais quoi ? Agir sur moi, sur les autres. Zéro vénère, c'est inutile. Zéro ajout, zéro pathos, et si tristesse il y a, on la laisse venir, on la respecte, et puis elle passe

Exit le "qui" a raison ou tort. Mérite zéro, rien mérité. Où on en est ? Action. Stratégie. Pragma. Tout le monde inclus dans le calcul, sans exception pour moi. Générosité de principe, dépassionnée. Voici une amélioration, si tu veux. You're welcome. C'est salement reposant cette affaire
début nov 2017

17 oct. 2017

[Poé] Rhubarbe crue



Aller jusqu'au bout
Terminer avec la pelle usée
Quand ça va mieux, se replonger un peu
Pour être sûr-e
Pour être sûr-e qu'il n'y a pas pire
Vous voyez
Vous aviez encore quelque chose à perdre
Et puis sortir la tête en souriant (ou non)
Tous vos alter egos autour de vous
Tous vos anti-fidèles inattendus et loyaux
Présents même lointains
Faire le pontage coronarien avec les ustensiles de cuisine
Et s'asseoir
Enfin
Mastiquer une botte de rhubarbe crue (dîner)
En discutant chimie et parfums avec cette fille
Une longue journée
Vous êtes allé-e jusqu'au bout


Rhubarbe crue, ou l'amitié au bout du tunnel
Lausanne, oct 2017

11 oct. 2017

[Apz] On the weaponization of language


"It is not enough to mark language as a target and to use it as a tool [to protect and promote objectivity]. [...] We have to surgicalize the weaponization of language, and diversify"

"When language is a minefield, invent semiotic helicopters"

— Wendy Thorzein, 'Tools of Posthuman Rhetorics
Symposium', 2020

1 oct. 2017

[Jet] La voie obscure (1) TEST TEST FLOW


TEST. TEST. CECI EST UN TEST SON & SYNC.

Picture some dude health goth standing in d'woodz. Ts' nite, ts' dark all 'round n' y'dn' see nodn'. Dude's start talkn' shit in'iz ead 'n sm' weiiird lingo. Yo' chek it oot or' noot

J'approche les deux oreillettes et les retiens à distance. Entre le pouce et l'index, je les tiens serrées à la base du cou, comme deux petites vipères. Elles piaffent, crachotent déjà leur jus immortel et percussif. Rien qu'un schéma, rythme étouffé, couleurs fantômes : une partition sèche ou un squelette qui danse, qui claque et se contorsionne, une version murmure-enragé, déjà très familière et très évocatrice, mais rien d'équivalent à ce qui vient. Pas encore mis les écoutrisses. Crachotent à quelques centimètres. Puis. J. Léz. App. Roche. Ah. Ww. Les. Coule, chacun-e et simul. Tanément, au creux des aurifices :


Hellooooooo. Le fluide syncopé m'envahit tout d'un coup – pris corps – épeux, voluminant, déversé dans les recoins de mon crâne, imbibant tout, baignant la vie entière dans un bad, bad groove mol et métal (so hip, k-pop, jay-spot, don' stop, etc.). Double morsure et venin en continu. J'ouvre lentement les yeux, et c'est maintenant l'espace entier – depuis la moelle des choses, qui meurt et renaît éternellement – l'espace entier qui vibre et qui pulse et hoche du fondement et valide. La forêt surchargée qui cesse d'être une forêt – bop bop – les restes d'un mur païen quelque part, qui ne renvoient plus à rien d'autre qu'à leur propre démence – bop bop bobop – toute pseudo-minérale, les objets noirs et les objets profonds – bop bop –, les fondrières, les monolithes moussus et fracassés, les insectes volants, rampants, sauteurs et l'air drapé lui-même : tout le monde approuve ma ziq et bop la "tête" les pédoncules et les antennes en rythme et 'duh!

Coz iff yo not agree widduz dark uni-verse, 'en okidoff. Ye$s sir, 'uhs't nok'd off!

Get back, tout est plongé dans l'ombre, tout est black slime ou mat /səˈblʌɪm/, chimie et rampage facial sans hiérarchie ni dominant-e – ce n'est pas un fantasme ni une vue de l'esprit : c'est un sophistiqué reboot mental – et le champ de la maîtrise qui ne débouche sur aucune supériorité, aucune propre-importance, aucun contrôle, aucune appartenance aux causes ni aucune possession des effets – la pure maîtrise des effets de changement, toute préférence rétractile, pavillon et shotgun du moment, pur plaisir amoral des rythmes et des formes qui s'invaginent, pur plaisir de l'intervention – La lala – maximale ou minimale, pas la question –

Revanche du placébo sur les amphés, du corps athlétique et cérébré sur l'idée qu'ils seraient incompatibles – alliance poussée entre cortex et trapèze, biceps et hypophyse –, confusion des clichés, revanche des gros-ses qui bougent à la vitesse de l'éclair et des perches qui mouvent au ralenti, revanche des asexuel-le-s extravertie-s et des "nymphomanes" du secret, des inventeuses qui grimpent aux arbres et des rhinos qui planent en faisant des maths – La lala –, et revanche contre rien ni personne si ce ce n'est l'illusion des schèmes et de la vengeance, tout marqueur d'équilibre absent (rien n'est too much ni trop peu, ni extrême, ni superficiel, ni balanced any more, ou les trois à la fois !), bref le rush sans entrave, de facto toujours rather experimental – La la lala

La pure maîtrise des effets : elle repose sur la pointe d'une épingle, nécessaire... et illusoire : les "lois de la nature", ces stocks de régularités modélisées qui me font l'amour tous les soirs et que je fous le dos au mur, pour les apprendre tous les soirs, en solo, en dépense physique et en beat – ces "lois" que je fous le dos au mur, sauf qu'il n'y a pas de mur, et c'est le vide qui fait office de balle dans cette roulette russe, quand le vide arbore la floraison du possible, l'arbre du million des possibles, le seul partenaire sexuel auquel je ne renoncerai pas, le seul sexe qui me fasse arracher les rideaux –

Tout émet – oh my! c'est quoi ce truc ? –, tout essaime – wow, crazy fungi –, tout est sciure, dont chaque copeau et chaque poussière, complètement folle et mégalo, se voit pulvérisé-e ou compacté-e dans un nuage sans précédent, rapide, lent (référentiel ? none), tour à tour midtempo, downtempo et nightcore, l'œuvre d'art pour le fun – le mien ? pas sûr, la puissance fuit de tout côté, elle me vient du dehors – mode principal : why not? oh, just no déjà-vu or déjà-fait – yes sir – tout est géant, génial, tout est matériau inquiétant (et moi d'abord : vous m'éclipsez), tout est prédatorial, tout est noirçure à digérer et "je" fais clairement partie des composants ou plutôt du compost : l'identité est un déchet friable, une coquille fertile, une pelure (trop) acide... – oh yeaa niou song 


Un million de points de vue oublient qu'ils sont profondément incompatibles et nés de chaque instant, éphémères : ils communient dans mon rêve sombre et sonore, lubrifiés par d'la bonne (keski, c'est d'la bonne) graisse auditive. Plasmode orange dessus : aveugle, exubérant, motile. Regard furtif d'un kinkajou féral, en contrebas. Ampoules de Lorentz : crépitent dans le museau des raies. Sporophyte à l'envers et rhizome de fougères. Caché, polype sans stade méduse, virage à 190°. Tout près, polymathe en détresse. Sporanges des algues rouges. Troncature de l'œil d'une libellule. Etc. DumDum. Wuzwuz. Kzkzkzkzkzk.

Renfonce tes mitaines, étire ton dos, craque ton échine, balance tes pieds, quelques passes, changements d'appui, au hasard, quelques sauts. Super-pouvoirs mon cul. Fatigue, normal. Tu veux la drogue ? Non merci, pas besoin

Mon crâne me fait déjà l'effet d'une plateforme de forage dont l'équipement usé pointerait vers l'extérieur, prise dans la canopée sphérique et tempétueuse de Jupiter ou un truc. Mes cavités oculaires, ressenties comme deux espèces de cônes de circulation invertis, deux congélos en entonnoir, creusés dans la chair d'une autre dimension – apparemment non-euclidienne – sur la paroi desquels se reflète un second ciel étoilé, sans constellation identifiée, au fond desquels une forêt sous-marine de cellules réceptrices ripaille au ralenti. Appendices négatifs, puits de lumière pour ondes déboussolées – lumière noire et boîte de Pandore : l'autoroute va dans les deux sens. Rappel mnésique en temps réel, ou modèle ultra-condensé. Rémanence extrême et superpositions. La mémoire lâche les amarres, enfonce le casque 'IMAGO' et propose librement au monde ses mutations plus vraies que nature, stimulantes, hallucinées

Les mains deviennent des espèces de tentacules fractales, sans dessus ni dessous, sans paume ni arrière, l'index donne lieu à un joli bouquet de stylos Bic incurvés qui vivent leur passion et s'expriment où ils peuvent (et frissonnent de plaisir quand ils ont terminé une phrase, comme certains chats comblés de gratouillis), le pouce perd le nord et se dilate jusqu'à devenir un genre de brume hypersensible (imaginez : vous sentez ce qui traverse votre "doigt", les variations texturelles de son intérieur et ses températures intimes, au lieu d'en sentir le contact en surface), et dans mon abdomen, je sens quelque chose qui organise des combats et des orgies, et les jambes n'ont plus du tout leur forme d'origine...

I've imag'nd a hundred ruh' legionz. I revelled in' ey' rites, cosmog'nic storeez and thee-o-logical sea-stemz. Deel wid' em' 'err noot, ts' yur moov. Nod or nokmei' ov, c'z oy dunf' okinkeir boot' dem' kendem' nationz yo

Je bouge, je hume, je trace, je m'éclate, je transperce, je grasp, je suis ingéré. Liqueur sous forme de procédure, alcoolémie instrumentale : techniques et outils de l'ivresse productive. Parcours de la santé mentale, la grande santé, celle qui rime avec la chute des illusions et des idoles, des garde-fous. Fermente, fermente vélocément mon encéphale, pendant que tu conserves tout et couve bien d'autres gâtisseries égoïstes, généreuses et globalement riches en trauma. La voie obscure dépasse la possibilité d'un nouvel érotisme. Sade renâcle, Bataille a bien creusé, Maylee aime et aime et aime. Laisser-aller, concentration, nouba zen et mnémo-reptilienne. Devenir-amour douloureusement silurien, solitaire, sans récompense. Aimer le ténia. Le bulldozer qui rase la vieille patinoire. Embrasser le bras en moins. Le baiser (infectieux ?) de la chauve-souris. Les éruptions cutanées, les acouphènes, les brûlures : souffle, respire, ce n'est que toi. Ce n'est que toi. Facile à dire. Personne n'est obligé-e d'essayer, évidemment –

Accroupi-e. Je halète, en sueur. Je brûle et je caille. Humus et pause, normal. Bientôt exit la ziq. C'est le moment. Remplacée par la présence et le rite. Shape, focus & discipline. Le silence et la sensation insupportée. Mais pas encore. Vagues scélérates et dernières salves d'abordage électro. La musique a servi son office. La musique est un vêtement à manger, un bain-repas, une labiale concassée par seconde, qui se tortulle et s'emmagasine sans se calmer, sans cesser de copuler avec les nouvelles venues, parfois des monstres, ou des éclopés, toutes les notes sont invalides et comme jetées par-dessus l'épaule, sur la roche Tarpéienne, d'où elles commencent à remonter la pente, zombesques, glaçouriantes, averse déstructurée ou lame de fond, etc. La musique, c'est un carambolage et une orgie où les générations naissent et ne meurent pas, mais participent avant de se fondre dans la fresque globuleuse à l'arrière-fond. Le final, dans un instant. Du moins, phase finale du conditionnement, de la préparation. Suis prêt-e –

Mon corps se tend : la voie obscure n'a rien de nocturne (éloigner tout badaud, si), elle s'ouvre à celleux qui savent élaguer leur corps et s'abandonner. La combinaison de mouvements obscènes et cannibales que je déferle sur les alentours. Le blasphème comme talisman ou videuse à l'entrée, un sigil comme plaisanterie protectrice ou plutôt sélective. La noirceur ? du jeu, de l'apparat. L'abyssal ? de l'instrument, de l'altérité radicale. Ainsi commencent mes rituels et leur signification résolument infra-religieuse, proto-religieuse, dans le ballet des possibles, entre les cuves du savoir, avec les sabres et les haches et les lances que sont les valeurs : mon imagination en acte, en cet instant, à cet endroit, et rien au-delà, si ce n'est le jeu léger de la conquête de l'univers, à savoir l'invasion perpétuelle de mon cerveau par le reste de l'univers et les conséquences que l'on sait –

Ne suis rien que l'item numéro 3 de la 9e recette. Om mani padme hum touça touça, l'équivalent martial et nietzschéen. Je "danse", médite la résistance de l'air et l'odeur de cette nuit. Ceci n'était, n'est pas la voie obscure – ceci un test, un test son et flow, un pauvre texte (et non "la chose"), un genre de vocalise pour mon Endymion, qui sera hors les mots, faussement élitiste et totalement déchaîné, fuck it, i'm down and dry but I'm so highh
~ ... ~
La voie obscure (1), TEST TEST FLOW
mai 2017, repris sept 2017

(Ben quoi ? Je cesse d'écrire comme si le hip-hop n'existait pas, et qu'il ne pouvait pas être cérébral)

8 sept. 2017

[Poéjet] Véloce 0 (prologue)


Berlin West Stadt, 1986. She born. Loving mother, loving child. Soon for everyone to realize: she fast, she precocious! Deutsche first years. After the fall, they moved to South Carolina, then North California.

Then teenage years: shell-shocked, solitude cold as hell; school sucks, except biology. Body: already non-standard, and evolving. Attitude: wary ferret. She goes rogue. Oscillates. She a flash, yet a fish in a barrel. She devilishly intelligent and charismatic. Yet friends, not much. A few important ones, all ages from. Those not terrified by her demanding mind, her speedish demeanor. The unfettered. Friends at last: a chosen arsenal.

I know. To be fair, her mother was not anybody either.


Twenties. Unwanted pregnancy. Unspoken questions, existing through the failures and eruptions of the body. No words exist for these sensations. Things forcibly and silently kept in the vagueness of what people would prefer to ignore and forget. Even more difficult after the end, after the abortion.


And yet, adulthood got a little better. Mother was a blast, she set the way; a woman like there’s no other – or is there? I don’t really care.

Anyway. This is not about her story. Her story belongs to herself, and the number of contracts that she has signed to sell this narrative is exactly: none. This is about her frequency, her shape, her turbulence. This is an extract of what happens to people in her vicinity – written to her, or about. This is what her freedom sounds like, a song of her Vee-low-city.

Oh, and yeah, I forgot: it’s NSFW and it’s in French, because she fucking digs (putting) the tongue.

Véloce 0
Jun / Sept 2017

PS: Fuck you. I survived and I thrived and I'm hurt

[Poéjet] Véloce 1 (hymne votif)


Pétasse féroce, molosse vorace
Au lit elle mord
Prédator lasse, ta banale carcasse
Délaisse pour forer
Les fentes d’autres fées
Pétasse féroce, molosse vorace
Au lit elle mord
T'en veux encore ?
Raptor de luxe, première de classe
Au fond elle dort
Pendant que ses doigts ronces
Dont les visibles veines
Et le duvet
Zébré te coincent et te dé- je disais
Pendant que ses doigts minces
Mettent fin
A l’exercice de diagonalisation
Des matrices oh
Son encéphale éponge, compulsif
Tout ce qui
Mouille- bouge
Encéphale, collige et colombine
Insaisissablement tisse
Des songes badass et omnivores
Qui te dé-
Mangent à vif
‘Tainnn !
Minotaure acrobate, elle te
Dégotera la sortie
Carnage aux terrasses de Cnossos
Gorgone subite, gladiatrice
Thrace, te décoche
Un sourire carnassier, elle
Te ken pire qu’un
Pitfight Spartiate
Parkour de chasse, peintures de guerre
Son treillis fonce
Entre les pins et le granit
Harasse
Les frontières de ta face- ton fort
Tirailleur fugitif
D’un trait déter vénèr- léger
Superfluide, elle
Enjambe enfonce- les lignes ennemies
Tkt, elles aiment ça-
Sans qu’elles s’en rendent compte elle
Déploie
8 Térabits de RAM et toi tu rames-
Infiltre, no litige
Diversion transversale, direction l’arsenal

Dans le creux- le silo, elle
Si près, y sent
L’odeur de la cypr-
La nitro nan, jamais trop- glycérine
Secoue
Ça va roussir
Première détonation de plaisir-
Panne du circuit de refroidissement
Le réacteur s’emballe
Plus assez de lube- liquide froid
Alors elle taille
La tige- la zone
Elle casse
Ton sli- joli décor
Instantanément
Grande prêtresse en body et
Résille (oui je sais)
Ni sous coke ni amphés
Dégouline de la pyramide
Et l’huile son corps
Inversement dévale
Passiflore dans ta gueule
Ou lightspeed mandala
 Etc. etc.
Véloce 1
Jun / Sept 2017

[Poéjet] Véloce 2 (de l'amante à l'amie)


Taille – Sécatrice ! – taille
Lâche-toi, Vicelame, hache
Lisse et entame
Entrebâille
Le treillis lâche, casse qui lâche, et y lâche
Tes meutes lierres-de-feu

Lentes, végétales, carnassières, les
Meutes de leurs maîtres, ces fous ces faux dieux
Toutes ralliées à ta cause, grappes
De lamies et nâgas, filles et sœurs, minuscules
Toutes gagnées
À ta coupe, à tes nattes, à
Tes menottes indétectables et ton minois d’orage

Lape – Tératrope ! – lape
Agrippe, retrousse, perfore, dépèce
Démet, détraque, extrait, suçote
La moelle qui bave sur tes sapes
Disregard et déchiquète
Les promesses faites

Cet émincé de trahison – ramasses-en
Les lamelles, ratisse et carbicolle, beau bec fendu
Collige-toi, industrielle
Un rutilant squelette en fibre de carbone
Tu composites, concoctes ces alliances
Ô combien contre-naturelles
Ventrue meneuse aux doigts de fée

Beau ratage – operculée, réticulatte
Oui, toi tu –
D’instant et de chantier
Véloce terrienne au dos musclé –
Kiffes ta race
Et moissonne – anti-limace, lionne
Épilepticale –
Ton dû – à la
Verticale

Et cætera.
 Véloce 2
Jun / Sept 2017
PS: Love. Differently.

[Poéjet] Véloce 3 (dérivage)


Affalée sur la chaireee
Stèle de bois couchée, polie, laquée
Sur laquelle, par deux fois – oh que non –
Elle n’appartient pas (pas)
Son image, on dirait
Clignote/e/e/e/e/
Si vite//////
Peut-être est-elle partie déjà, et ça
C'est simplement
La rémanence de son cul

Que fait-elle ? mon dieu :o ! :o !
Léchouille ces ongles vernis ??- non pas
Les siens – des
Plaques molles, rosâtres et laiteuses
Carapuce de gambas ??-
De petits prépuces à l'agneau ??-
Des caroncules au potiron ??-
Avec ses pattes dentées manipule
Ou sont-ce des mandibules ??-
Auquel cas elle mâchouille
Ces denrées ambiguës
Avec tous ces mutagènes\ènx\èys
Tous ces changements de règne
Toute cette pagaille de cliquetis|kti|kti
On ne sait plus
Où elle se trouve, quand elle a su

¯\_(ツ)_/¯
Véloce 3
Jun / Sept 2017

PS: Identity may feel good, but it won't save you

[Poéjet] Véloce 4 (mot de la fin)


(Tous tes orgasmes comprimés
sur ses Polaroïd – Mais attends
comment ça ? Je croyais que-
– Ouais, elle est hyper rapide)
Disons qu’elle n’est
Pas lente, sans que la fin jamais
Ne soit précoce
Disons qu’elle est véloce, mais
Toujours prend
Son pied- son temps.

Véloce 4 (mot de la fin)
Jun / Sept 2017