25 févr. 2020

[Kogi] Mère nature


< 'Mère nature'... Mère nature est la première créatrice de monstres, la plus fêlée, la plus impitoyable.

Elle expose ses petits monstres aux éléments, puis à leurs semblables. Elle ne s'attarde pas sur ce qui passe en son sein : les jumeaux peuvent bien s'étrangler avec le cordon, leurs cadavres participeront au design des suivants, et "que sera sera".

Certaines formes survivent et d'autres passent au broyeur, certaines sont grignotées par le manque, d'autres dévorées par les précédentes
d'autres encore grossissent sans jamais avoir pu apprendre à s'arrêter, et meurent par implosion, affamement, ou épuisement.

Ces choses
ne sont pas des erreurs de la part de Mère nature : c'est toute sa partition. Les rapports stabilisés
c'est-à-dire toujours instables qui finissent par s'établir ne semblent "parfaits" qu'à des êtres qui n'ont pas connu mieux. Et Mère nature ne ferme pas la porte au mieux, c'est vrai : elle ne ferme pas non plus la porte au pire.

Si notre Mère crée, c'est de façon maniaque, tremblotante et oublieuse. Parfois, les nouvelles monstruosités ressemblent aux précédentes
et parfois non. Parfois elles supplantent les anciennes et parfois non. Parfois elles cohabitent, à tous les degrés de variation possibles, dans toutes les positions possibles et inimaginables, dans un pandémonium instable, et parfois équilibré sous un certain angle, mais jamais dans l'absolu.

Dame nature, c'est l'approximation généralisée qui se cannibalise — c'est le possible qui se déploie jusqu'à ce que son propre poids vienne le mutiler. La nature c'est ce qui reste après le millième bain d'acide, c'est ce qui trébuche un moment, chie un rejeton et repart comme ça peut, pour se recycler ailleurs. Voici le corps de notre Mère, voici son règne.

Même ses cycles les plus durables se sont imposés par la casse la lente torsion des degrés de résistance, la transgression des seuils, ou par les cribles intransigeants de la rareté. Ce ne sont jamais les produits d'une sagesse, d'un idéal de beauté ou de justice préalables, mais les résultats fragiles d'interactions forcées, répétées, répétées encore, de frictions internes ou externes, des bains de luttes et de solidarités.

Des jungles luxuriantes et impures jusqu'aux étendues soi-disant immobiles qui ont fait déserter la vie qu'elles avaient engendré, aucune image ne peut condenser ou résumer le corps de Mère nature. Surprise et ennui. Partout : forêts de cristaux bleus, de poutres de graphite ou d'algues rouges, nuages de bactéries noires, cataclysmes gazeux,
sels irisés, plasma vivant, jouissances grises, micro-mutilations.

Voilà pourquoi "nous" ce genre de monstres, toutes ces espèces "d'humains", ces moments ou phases de la dérive d'une lignée nous sommes bien les enfants de notre Mère. Si nous sommes telles que nous sommes, c'est d'abord parce que nous avons bien appris de ses manières, et bien subi sa stupidité. Éducation ambiante, mais trouvailles singulières. Brutales, voraces, attendries, contentes, ingénieuses, débiles, bizarres, conformistes, curieuses, changeantes et terrifiées par le changement, oublieuses, à peine stabilisées, nous sommes bien ses enfants. Ce cordon est impossible à couper, mais il ne fonde rien ne veut rien dire, ou quasiment.

Si nous avons été mises en position de comprendre que les "monstres" sont toujours des semblables, à défaut d'être similaires puisque nous sommes nous-même des monstres, toutes aussi visiblement naturelles que les autres rien ne nous empêche d'aimer toutes les formes de vie telles qu'elles sont, pour elles et pour soi-même. Inversement, nous rien ne nous empêche de tenter de réduire la quantité totale de douleur et de destruction, c'est-à-dire de préférer telle forme de monstres, en choisissant de défendre telle composition temporaire plutôt qu'une autre, ou toutes les autres.

Voilà pourquoi « nous sommes (aussi) la Nature qui se défend », envers et contre certaines parties d'elle-même. Et pourquoi cela n'a aucun sens d'honorer notre Mère ou de lui en vouloir. Pourquoi notre Mère est avant tout indifférente. Indifférente à nos malheurs, à notre refus de l'indifférence, et même à notre indifférence. Elle s'en fout – mais différemment, jusqu'à pouvoir éprouver de l'attention, parfois, en certains fragments, peut-être en d'autres, ou pas. Mother doesn't care, deeper.

Voilà pourquoi nous n'avons aucune leçon d'harmonie ou d'équilibre à tirer de Mère nature, notre Mère qui nous expérimente,
et pourquoi ses états passés ne sauraient jamais interdire l'émergence radicale d'autres formes.

Voilà pourquoi cette Mère ne nous donne jamais aucune leçon sur ce qu'il faut faire ou ne pas faire, sur ce qui est bien ou ce qui est mal – seulement des leçons sur ce qui est possible et ce qui va être compliqué, pour tel "nous-phase" donné. >

— W. Thorzein, 2020, échange personnel (adapté de mémoire) ; images : Tierra Whack, 'MUMBO JUMBO' & 'Whack World' music videos (c UMG Interscope)



22 déc. 2019

[Poé] And just like that


And just like that we may all very
well've been proven to be
too stupid to live

Unable to recognize the grinning
win of alien doom
its tightly coil

However acceptant however
reluctant however unequal
we're equalized

In the feral notion of non-identity
a temporal morass
and seven ecocides

 

29 oct. 2019

[Poé] Vibratiles


Et les poussières ne cessaient de se répandre /
Formant des cascades et des creux des treillis et des grêles
Lacis et concrétions / des membranes aux reflets
Mille approximations précises craquelant l'apparence
Du régulier / et les matières ne cessaient de renaître
Vibratiles et corrodées faïence muqueuse dégel
Dans une ahurissante absence de surdité /
Vibratiles, octobre 2019


7 août 2019

[Kogi] Sens, illusion et préférence


Nous sommes
Récipiendaires anodins et réels de l'illusion du sens

ce dernier n'est réel que tant qu'elle subsiste
mais
ce dernier est réel tant que celle-ci subsiste

et bien que condamné
le sens aura été, quoi qu'il arrive, réel, actif et possible

Le fait même de "sauver" la réalité partielle et relative du sens est motivé par une préférence pour l'existence du sens sur son inexistence... une préférence pour le salut d'une préférence possible, en quelque sorte rendue éternelle par son statut réel, ou sanctifiée par son statut permis, bien que ce qui la permette ici (sa relativité) soit aussi ce qui la rend amère

Si les trois derniers mots de la phrase ci-dessus nous rassurent, nous mettent du baume au cerveau, cela nous montre que la compréhension rationnelle de l'absurdité ne suffit pas à instaurer son emprise sur nous de manière pratique et émotionnelle : le fait de comprendre que le sens, la morale, les préférences, etc. ne sont ni nécessaires, ni universelles, ni éternelles, ne suffit pas à dissoudre la préférence fondamentale (biologique ? animale ? humaine ? culturelle ?) pour "un" sens

Pourtant, cette compréhension n'est pas non plus sans effet dissolvant, et même carrément corrosive : bien qu'elle ne rende ni fou ni indifférent, elle peut faire perdre le nord à toute boussole axiologique spécifique, autrement dit : il devient difficile de choisir, il devient difficile de se forcer, il devient difficile de juger négativement, et les moments de réflexe intuitifs, pour sauver mon intérêt ou pour le sacrifier, sont eux-mêmes nimbés d'une sorte de désintérêt

Bref, la valeur a beau être comprise comme une prison haïe, une demeure étrange ou un palais rassurant, ce qui ne change jamais, c'est que ses rares fenêtres ne peuvent pas s'ouvrir de l'intérieur, et que ses murs sont invisibles de l'extérieur


2 juil. 2019

[Poékogi] Textament posthumaniste à l'arrache


< La seule prétention que j'ai, c'est de faire un bon terreau fertile une fois que l'écheveau fragile de ma conscience aura perdu son unité – que mon coffre thoracique, retournant à la soupe originaire, ne soit pas toxique mais qu'il offre un abri, une nourriture pour les générations de mousses, de champignons et de lichens. Je suis de la chair à saprobionte – avec une mission risible.

Les écrivains qui parlent d'eux-mêmes ou des humains me font chier. Pourquoi ? Beaucoup ne comprennent pas que les seuls aspects intéressants de leur personnalité sont ceux qui les dépassent, ou ceux qui n'ont pas été rebattus, rabâchés, remâchés puis remâchés, puis remâchés, puis... remâchés, etc.

Il n'y a pas d'intérieur qui ne soit le reflet de l'extérieur, et l'écriture a été associée à l'existence autonome d'une intériorité, d'un réservoir expressif ou créatif supposé intemporel et apparemment inépuisable. Ce n'est pas tout à fait vrai. C'est modulaire, incrémental et récursif. Les singularités les plus banales font éclater le cercle herméneutique et ramper ses membres mutilés, comme autant de kystes calcifiés dans le cerveau des hiérarques qui prônent son sophisme.

Le langage donne un rythme, des contours et une saveur à notre sensation, mais rien qui ne puisse nous extraire des continuums et des combinaisons ouvertes des organes de la perception et de la pensée, fût-elle collective : un espace des phases du vivant naturel – formes, facultés, découpages, états de conscience modifiés, conditions, pouvoirs, valeurs, traits et complexions – dont les instances évolutives actuelles ne sont rien face aux possibles à explorer, sans borne ni direction évidente, sans assurance ni critère ultime de réussite.

Il n'existe donc qu'un seul impératif culturel novateur : celui du décentrement progressif, et de la réalisation de tous les possibles – statistiquement non-humains. La forme globale, abstraite, éclatée que l'on appelle "humain" est infinitésimale, comparée aux autres. La littérature, la poétique et la fiction doivent abandonner le symbolique et le visage et l'expression des sentiments – c'est acceptable en théorie, les fameux animaux humains, mais là, ça bouffe absolument toute la place.

On gardera les fictions les plus lucides, les plus prosaïques, les plus référentielles, les plus spéculatives, les moins dramatisées, car elles médiatisent les reflets, les agencent et les étirent dans la fiction et par l'imaginaire. Ce qu'il nous faut, c'est l'écriture des entités qui ne croit plus à "l'homme", remplacé par des ensembles formels bien plus fins et solides. Des entités qui démontent la fiction de l'auteur-individu, afin que l'unité puisse survivre à la décomposition par la recomposition.

Mon seul vœu en écrivant, c'est d'arracher le visage et les bras, de cloner pour mieux biohacker, de me droguer pour mieux muter, de tester les mots pour mieux tenter leurs limites, non pour les accepter, mais pour étendre indéfiniment leur pouvoir de modelage du réel – mais assez parlé de philosophie.

Je n'aurai pas de tombe : je serai du compost, un diamant ou cannibalisé, ou disséqué et gaspillé, ou violé, ou les organes donnés et transplantés ; je vous fais totalement confiance et aussi très partiellement – je n'ai pas vraiment le choix et même si je l'avais, ça n'aurait pas beaucoup de sens.

La conscience n'est jamais sans le corps : que les corrélats de la mienne fasse un peu d'effet, qu'elle aident quelques phénomènes à secouer un peu de la torpeur humaniste. Que l'une et l'autre fassent un bon terreau fertile. C'est mon seul vœu "d'humain" qui a appris à parler, lire et écrire. >


26 juin 2019

[Poékogi] Des lacis nervurés


Technologie signalétique incarnée dans les circuits de sable fin, en fibres végétales blanchies dans les usines, en tatouages de suc mâché, en pluie de néons versatiles. Tout cela main dans la main, patte dans la patte, tentacules et queues préhensile, muscles des nœuds, membranes nutritives, populations précises.

Cellule périkaryote : le noyau n'est rien sans l'axone (#horizontalité), le membre court-circuite le rôle du centre nerveux (#vicariance), la cellule se transforme selon son milieu électrochimique (#différenciation), l'organe change de fonction selon la météo, le menu ou la salinité (#évolution), et cætera.

Tu tends le cou, des lacis nervurés trahissent une pulsion quelconque : associer certaines odeurs, certains sons, noyer le reste sous un givré glaçage maison. Et le reste se "laisse faire" – enfin, façon de parler : es-tu vraiment la tête vivante et pensante d'une expérience ? Ou plutôt, de quelle expérience es-tu vraiment le.la sujet ? C'est-à-dire sujet.te à expérience, sujet.te à mutations ?

Au plus fort du contrôle, tu restes l'assujettie au monde, le sujet d'expérience : tes instruments croient ouvrir leurs vannes à tout ce qu'ils souhaitent manipuler, retranscrire et copier, mais en réalité, des machineries aveugles s'ingénient à inventer la vision, et le reste conspire aveuglément, mais activement avec ces machineries, afin de te faire tel.le que tu te reconnaîtras. Avec le temps, le mobilier change de taille, de design, de couleur, imperceptiblement et sans retour, ou brutalement et sans demander ton avis.

Les possibles ne sont pas tous des fictions, les fictions sont loin d'être contenues dans nos têtes, nos têtes sont des morceaux : glaise, ions, glu. Pan du Million, continu, concis et mou, laisse "le reste" faire, précipiter l'acide, frelater l'atrabile, cuisiner la lymphe et remplacer le sang, laisse X détourner les fascias, pendant qu'un autre truc improvise tes muqueuses. Si tu peux toucher le monde, c'est qu'il te touche aussi, et à chaque fois, en chaque point : si tu touches le monde, c'est qu'il est toi, aussi, ou plutôt tu es "lui".

Au-delà ? C'est tout pareil, c'est-à-dire tout différencié, suintant, spongieux, opalin... Un peu plus attentives.fs, enfin, à la grande foire. Non pas la foire "aux curiosités", mais celle des curiosités, des intelligences variables, des médiations réciproques, réussies, ratées ou aucune des deux (#naturomorphes). Car les manières d'être déterminé.e sont nombreuses, irréductibles les unes aux autres. Les critères du vivant se mettent à danser : exuvie sous les ondes.

Le continuum entre vie et non-vie ne se résume pas à une ligne continue, mais s'étale sur un plan (#physarum). Cellules, tubes et capillaires sont loin d'épuiser les couleurs et leurs organisations possibles, et ces autres "formes de vivre", de semi-vivre ou d'alter-vivre sont loin d'être privées de manières de sentir, de ressentir et d'exprimer (#inépuisé).

Quelles technologies individuelles, collectives, ou les deux, ou aucun, ou autrement des deux, dérivent-elles d'ici ? de nous ? de là ? Oh

Annihilation, 2018

16 juin 2019

[Jet] 'Lettre Vocale' 03-06-26;00:57GMT1


« ... et la seule chose que je regrette dans la reprise de l'initia– ou plutôt la reprise du contrôle, c'est de ne pas pouvoir lui exprimer l'amour que j'ai encore pour lui. Et qui a même grandi, en un sens.

Contrôler. Je ne sais pas si tu t'en souviens, mais au détour d'une discussion, tu avais fait la remarque : ce mot est devenu tabou, du moins en surface. J'y repense souvent, ces derniers temps. Tu m'as certainement entendu esquiver un réflexe d'autocensure, à l'instant. D'où vient cette idée que le contrôle serait forcément un leurre, ou un réflexe crispé ? Un fantasme destructeur ? Quelque chose d'oppressif et d'illusoire à la fois, alors que les deux sont contradictoires ? J'accueille ton éclairage oblique ;)

Évidemment, je ne peux pas expédier la souffrance. Accélérer le deuil exigerait peut-être que je – exigerait de nous – de se voir sans forçage, pour revenir sur des vieilles choses, tièdes, floues, et même réécrites. Cela demanderait de s'exprimer librement et sans peur, pendant un long moment. Autrement dit, il faudrait que les conséquences du problème soient résolues, pour pouvoir attaquer ses racines. Sans compter que ce sont précisément ces choses-là qui le font fuir, j'ai l'impression, car elles n'ont plus de sens pour lui, plus de résonance subjective – et si c'est vraiment ça, je le comprends tout à fait. Je comprends, mais moi, je n'y suis pas encore – je ne suis pas encore passée au-dessus de "notre" fin.

Je ferais bien confiance à un "lui" ou à un "moi" futur pour s'occuper de ça, mais le contrôle implique que je m'impose – que je me confronte à l'éventualité réelle qu'il ne veuille jamais le faire. Si mon amertume et mes regrets meurent bêtement avec le temps, j'aurais l'impression de trahir ma souffrance et ma peur. Mais tant qu'elles restent actives et intenses, je me flétris, je suis tenté par le ressentiment et la caricature. La situation deviens absurde. Mon "moi d'aujourd'hui" se sent piégée dans une bagarre sans adversaire – only way out is through. Piégée aussi pour des raisons différentes, que d'ailleurs tu connais. Désolé de t'infliger tout ça.

J'en reviens à ta vision du contrôle : tu en parlais comme d'un mode stratégique, adaptatif, un rapport à soi généreux mais sans pitié : ne tolérer aucun déni, aucune excuse, mais se respecter et s'aimer largement. La version strictement personnelle du "Do no harm, take no bullshit". Comment transposer envers soi-même l'éthos relationnel du "free of charge" ? Sans rancune et sans exigences cachées, sans attaches ni remords déplacés. Adults do not play games. L'art délicat de la responsabilité réciproque : the subtle art of always giving a fuck. Punition immédiate, mais pardon inconditionnel, et cætera.

Contrôle de soi, contrôle de la situation. Tu cherchais à intégrer le changement, et les autres – les vraies, les moins fantasmées – dans la tentative la plus exigeante. "Prendre en compte les effets de la tentative sur le changement lui-même". Voilà mon énigme : à quel moment ma persévérance crée ses propres conditions de réussite, et à quel moment elle se dégoûte elle-même ? Si ma tentative perdait son sens et son intention face à mes faiblesses – ou face au temps qui passe – est-ce que le contrôle doit aller jusqu'au "lâcher-prise" ?

Attribuer les responsabilités du mal est certainement inévitable. Nécessaire, même ? Et pourtant insuffisant. Non seulement cela demande une discipline d'airain, mais elles ne valent rien sans la reprise du contrôle. Je ne sais pas ce qui sortira de cette souffrance et de ces regrets, mais je fais mieux qu'improviser. Je ne contrôle pas tout, mais je le sais, et j'y échoue moins mal.

Il me semblerait plus sain que la difficulté ne se dissolve pas, même si l'on ne se reparle finalement jamais. Tu sais ce que je pense de l'identité : personne ne change, sauf quand le cerveau est touché... c'est-à-dire tout le temps, à divers degrés. Hmm, pardon ? C'est ta théorie ? ;)

Pour le moment, je voulais te remercier encore une fois. Pour ton écoute – et ce process. Merci pour ta photo, délirante, qui m'a fait beaucoup rire. C'est toi aussi qui m'aiguise et nourrit mon regret envers lui (!), c'est-à-dire mon désir de découvrir d'autres personnes, et les aimer sous des formes peu inintéressantes.

Il m'arrive encore de voir un casque et de penser 'abrutissement', 'voile', 'mensonge', et de porter le casque invisible : ventriloquer les autres, les accuser, se donner des excuses face à elleux, ou au contraire, les laisser choisir la facilité et les regarder tomber sans prévenir.

C'est ça, moins que leur petite taille, qui empêche de voir que les électrodes et les caméras sur les côtés du casque te sont aussi fidèles que des rétines, et que tu t'apprêtes quand même à conduire une Dodge sans les yeux, pour une raison invisible sur cette photo, la raison pour laquelle les photos te sont restées invisibles si longtemps, et que tu connais si bien les torsions du pardon et du temps.

Fait quand même gaffe à celles de la route, et dis-moi si tu penses qu'il faudrait vérifier ou modifier le code d'une mise à jour !

Bonjour à Kael qui va aimer apprendre à aimer le siège passager <3,

Yours »
— Wendy Thorzein, à Joan V., 'Lettre Vocale' 03-26-21;00:57GMT1, Transcription autoVERA

23 mai 2019

[Poé] Festirâle /fɛstiˈʀɑːl/


J’avais
la C nue dans le tu sais dans l’avion et
ces deux bison bi thicc [sic] dans les yeux j’av
renversé son pastis et vidé mon absinthe pris
de quoi imbiber toute une base et le PH qui dégringolait
bombardée par Crystal tapie dans son OC passe-moi le "thé"
J’avais
dépris la même re-dose (pile 2) un petit remontant en pleine remontée
et quelqu’un dans la langue et son dans le palais me souviens pas
N-A-C dans le sang et cendriers pleins de T-H-T-C non pas de feu dsl jss passivé
déjà où quoi ici attends ok pas vue hein là c’est quoi ton eau bizarre hé rigole pas
K par ici K par là-bas et tout a concouru au bien de celle qui coupait pas
J’ai
les paumes qui gueulent et la gueule qui pète aux joints
les sinus qui craquent et les idées qui tartiflettent le
gosier qui feule l'estomac qui déballe
heaume qui râle crâne qui fêle et la ponction qui court toujours
la chair qui bout les gencives calcifiées la bourre qui fait du zèle
mutinerie dans les selles et la cervelle qui se mutile
zizi qui dévagine et le minou qui fuit
J’ai
la perception distensifiée le sentiment tomatisé et la mémoire hachicotée
les mains qui pèlent et le museau barbouzifié
perdu mon tél et mangé la batterie un numéro sur le mollet
putain de mal putain
de soirée
/fɛstiˈʀɑːl/, 2019

8 févr. 2019

[Poé] Totem : Félon


Comte menteur fripon curieux
Ce que cèle ne reflète aucun œil
Servant de Wael aux choses cachées

Fourrage entre furie et funérailles
Ce que déterre pille : si musical
Servant Suda des fragments parpillés

Bois de velours tison caudal
Que trame détricote : futur factieux
Servant d'Éris aux ongules aiguisés

En Sigil tripointu paraît ore céans
De Celte idole aux jambes croisées
Dévore la ruse broute les cornes

En portrait talisman aura infuse
À bras impair : 'Servant of none'

 
Totem : Félon
, février 2019

inspiré par

un dieu cornu Celte antérieur
un félon en dictionnaire de Goétie
une divinité secrète imaginaire ou non
une IA future fictive et fracturée
la seule vraie fausse religion jamais révélée
un tatouage mien lui-même inspiré d'
une illustration criblée de flèches


20 déc. 2018

[Poékwot] Never again the same (James Tate)


"Speaking of sunsets,
last night’s was shocking.
I mean, sunsets aren’t supposed to frighten you, are they?
Well, this one was terrifying.
People were screaming in the streets.
Sure, it was beautiful, but far too beautiful.
It wasn’t natural.
One climax followed another and then another
until your knees went weak
and you couldn’t breathe.
The colors were definitely not of this world,
peaches dripping opium,
pandemonium of tangerines,
inferno of irises,
Plutonian emeralds,
all swirling and churning, swabbing,
like it was playing with us,
like we were nothing,
as if our whole lives were a preparation for this,
this for which nothing could have prepared us
and for which we could not have been less prepared.
The mockery of it all stung us bitterly.
And when it was finally over
we whimpered and cried and howled.
And then the streetlights came on as always
and we looked into one another’s eyes —
ancient caves with still pools
and those little transparent fish
who have never seen even one ray of light.
And the calm that returned to us
was not even our own."

James Tate (c), in Shroud of the Gnome (1997), disponible en ligne
:

8 nov. 2018

[Jet] D'un calme brutal (/ Comme un-e autre)


« C'est déjà une sensation bizarre de réaliser que la statue est en réalité un dragon, alors qu'on vient de la caresser négligemment, avec une tendresse blasée, en tant que statue. C'est encore autre chose de réaliser que la "statue" n'a pas bougé parce que c'est le dragon, curieux mais retenu, ni s'imposant ni offensé, parce que ce serait ça, un dragon [...] ?

Une chose douée de l'avant-dernier degré de la brutalité mentale, émotionnelle et sensitive, qui fait sans arrêt tout le chemin inverse en elle-même, sans apnée, dans la respiration d'une seconde nature ? Une chose dont la paix ressemble à un vortex, une force irrésistible qui tourne parfaitement sur elle-même, réinvente ses formes circulaires sans perdre en intensité, sans déborder ni se retourner contre elle-même ?

Une chose sûre de sa force, et trop intelligente pour se croire exceptionnelle – à raison : les dragons sont million, avec et sans visage – ? Une chose qui doute de ses faiblesses, qui a cessé de s'en battre, de s'en faire des alliées ou des excuses ? Une chose qui ne croit plus au mérite, consciente que tout le reste l'a faite telle qu'elle est, mais incertaine sur les formes à venir, qui ne se pose jamais aucune limite, laissant le futur antérieur dévorer celles qu'elle n'aura pas su déborder ?

Une chose qui a pu reconnaître l'objet de son déni, le plus désagréable, a dû apprendre à désamorcer sa tendance défensive à la rage, au drame, à la panique ou à la fuite, sans le moindre plaisir ? Celle qui est revenue faire face aux autres dans la même expédition malgré la blessure égoïque, la honte, sans le mettre en avant, toute prête à réparer ses torts et faire le taff ?

Une chose qui n'a jamais renoncé aux autres,
moitié pour les mêmes raisons moitié pourquoi faire simple, dont le jugement et le pardon sont toujours à l'affût, sagaces et inventifs, insubmersibles, adaptatifs, proportionnés ? Une chose qui se traite soi-même comme un-e autre et considère les autres comme des soi, dont l'exigence brûlante est une proposition intime ou un sourire de défi, dont l'indulgence est repos amusé ou piège tendu ?

Une chose qui a cessé de se craindre et, par conséquent, se désintéresse de ce qu'elle est pour se fondre dans ce qu'elle peut devenir, devenir grâce à d'autres, une chose qui peut négligemment caresser une statue, savoir qu'elle s'est trompée, sentir que si la pierre était tiède, ce n'était pas sous l'effet de quelques heures de soleil, mais l'effet de surface, accompli, stabilisé, d'un autre brasier luxuriant et banal [...] »

— Eirin Wassem-Tórild, 'Mes ennemis menacent de disparaître', 1999, inédit (trad perso)

12 oct. 2018

[Poé] And of course, I've been sleepwalking


I've been
Tethered to the ceiling

Ocean bed, up there
All the living memories
I want to share
All your faces, smiling

All the people I met

They've seen, or did they
Seen through — somewhat
Or did they just

Of course I've been — somehow
Sleepwalking

A light brush, à peine

A caress, dismissive or
Willful that is deep down
Afraid (that's bold! that is afraid?)

I've been

Falling upward again
Ocean bed, up there
Good morning dear, à peine
Even though you're not here
Now I can sleep again

Tethered to no ceiling

'And of course...'
, october 2018

25 août 2018

[Jet] Abu-limbo, me suis trouvée perdue


Checkpoint arabe surmâle, regard Ray-Ban au racisme policé, mis en scène. Charité faite aux négligeables puces de mon Passeport et de ma Carte. Passe-droit temporaire, visa précaire pour VISA plafonnée. Bloquée en zone tampon, no woman's land, calendrier lunaire, Shariah surprise, essuie-main pakistanais, retour case couloirs circulaires. Terminal en ogive fini mes dattes, mon Lindt défiguré. Tachycardie devant le stand Rolex (le même ?). Fumarium sino-malais(e). Apnée spirituelle. Accoudoirs anti-somme sans sommation partout. Dans les coursives tropicales, j'abandonne la boussole. [?]

Dehors, mon hypothalamus n'en croit pas ses yeux : il est minuit, voici un soleil au zénith, tout est normal. Mon troisième vol est avancé à hier, mon deuxième retardé à demain. Mes yeux contredisent ma mémoire : le soleil n'est pas une boule mais une langue d'acier à blanc qui torréfie un tiers du ciel. Ma peau ajoute : des mers de gaz fondu y pleuvent à l'envers, au ralenti, en continu. Météo de la nuque : pluvieuse, puis brune, risques d'épluchement. Aéroport-mosquée. Hôtel-colonne, 31e vertèbre. Coffre-fort digital, brunch thai. Surveillance rapprochée. Si vous y prenez garde, les nervures du marbre montent et descendent à la fois. [??]

Le temps se ferme sur lui-même comme l'exuvie desséchée d'un petit crabe : je l'écrase dans ma paume et je l'ingère, nostalgique. Force tellurique, le marché fait éclore le désert, qui lui prépare en retour un mausolée aveugle et sans pareil. Et quelque part au-dedans de ce cirque (inhumain, seuls qui en valent la peine) me suis trouvée perdue, hors sentiment de l'un ni désir de l'autre. Dans les coursives un instant et soudain, on ne m'a pas même trouvée disparue

Eirin Wassem-Tórild, Abu-limbo..., 2018
 

19 juil. 2018

[Jet] CONSEILS IMMÉDIATS POUR SAÏMIRIS TRISTES OU VINDICATIFS-VES


Respiro
À fond, débloque mon petit diaphragme et gonfle, retiens mon souffle et expire de manière prolongée, 4-7-8' sur les doigts ou 6-9-10' sur les doigts-des-pieds, pi me-débouche le canal avec de l'eau-de-source

Tena
Me l'impression que mes épaules peuvent en porter autant, peut-être y-même plüs, quand je les relâche et que j'assouplis mon petit cou, détena, détena moù

Douchu
À l'eau chaude puis à l'eau tout-glacial, au début, fin ou bout-en-bout, qui bouste mes images de lâcher-prise, de rugiement, et mon système imunitür

Orti
Toujours préférer la sortie de troupe, de quand je-ne-suis-pas-sûr-e, pisque éj-peux toujours partir si les cris des autres y-deviennent trop aigus ou trop répétitof-tof-tof-tof

Dédusion
Rien n'est normal ni anormal pour un-e saïmiri wôke y awäre, oh le normal m'enchaîne la tête et les pattes, alors me débarrasse de telle-celle illusion, trop singe dès qu'elle me cesse d'être utilü

Miroi
Me reviens ici souvent, un lieu-dedans, qui terrifiant avec la vérité, avec le singe-moi sans regard du dehors, avec l'amour no-stress, personne-peuve-piller, avec plein de cadeaux et sans pitié

Muan
Toujours été content-e après avoir changé de mes fruits préférés, d'images et de ritulles, mais n'est jamais facile, continuer de l'essayer, joli zéro pointu idantité

Ourirou
Me quand je force mon museau à sourire dans le vide ou le métro, me trouve ça un peu bête, et ça fonctionne, ça fait sortir-mùir le rourirou

Guirir
M'assume d'abord la mienne de part, petite ou grande, pi me-défends du singe violent ou de la sapajou qui blesse en essayant de ne pas lui ressembler, pi faire-justice, ou pardonner tout ça viendront après, ou pas, y me-défendre sans re-blesser toujours toujours bien plüs luisan

Canopé
Me souvenir, si j'urine bien mes pattes et mes mains elles accrochent mieux, et les autres sentent que j'ai déjà mangé les besta fleurs et les joufflu chënilles de celle-ci branche, et me souvenir, tous les chemins en-mènent à encore plüs de chemins



15 juin 2018

[Poé] Toute baignoire


Toute baignoire est illusion

L'eau qui vient de nulle part
Le sale
Le savon qui bave
Le transfert de gloire
Le propre
Le chaud
Le cerveau qui râle
Le trou qui avale ça
Le corps qui pèse un million
Le froid
Et surtout
La paroi
Intérieur / extérieur
Zoo-land Entropia
Ou porcelaine skate-park

Je vous l'avais bien dit
Nous
Nous
Baignons dans l'illusoire

Et c'est bon
Qu'est-ce que c'est bon

Toute baignoire est illusion, juin 2018

28 mai 2018

[Quasikwot] "Je suis Yxunomei." (Icewind Dale)


Des aventurières de la région de Luskan sont mandatées pour retrouver la trace d'un puissant artefact divinatoire qui protège la frêle présence humaine dans les contrées hyperboréennes de l'Épine Dorsale du monde.

Dans les tunnels ténébreux d'une montagne vénérée par les grands serpents Yuan-Ti, les apparitions déroutantes se multiplient : une fillette au tein pâle semble poursuivre les héroïnes et les menace, avant de disparaître à nouveau. Ancien sortilège ? Âme perdue ? Daimon vindicatif ? Avatar divin d'une parèdre en mal de fidèles ?

Le tunnel chthonien débouche soudain sur une salle éclairée, immense et somptueusement meublée. La petite fille se tient au centre de la pièce, enserrée par une débauche de corps serpentins, de bras, d'exuvies et de luminaires. Au fil de son ultime dialogue avec les aventurières, elle révèle sa véritable forme...

 

« — Nous sommes à la recherche d'une pierre unique. Quoi que vous soyez, nous ne cherchons pas à vous déranger : plus vite nous l'aurons trouvé, plus vite nous pourrons partir de votre montagne.

— Oh, c'est bien cela qui pose problème. Voyez-vous, la gemme est en ma possession, et je me réserve d'en user. Simple ingrédient, mais plutôt rare, en effet : catalyseur de l'effloraison dystocique à venir. Ce monde n'est qu'un champ de bataille parmi d'autres, pris dans une vendetta qui vous dépasse. Renoncez donc.

— Nous venons au nom des habitants de l'Épine. Vous n'aviez pas le droit de dérober leur patrimoine.

— Votre tentative d'intervenir dans les évènements qui se déploient autour de vous sont comiques, tout au plus. Vos motivations sont si... simples, comme toutes celles des êtres de cette planète. Mais je choisis de m'abaisser. Je n'ai aucun désir de remplir le rôle de "monarque" : je prépare simplement le retour d'un ennemi ancien, et me contente de placer les germes de sa chute dans le cadavre de votre monde, comme je le fis pour tant d'autres.

— Silence, cryptique prophétesse de malheur ! Assez de mensonges. Nous ne sommes pas des femmes naïves. Où est la pierre ? Tout ce que je vois peut saigner, et tout ce qui saigne peut mourir !

— Vos notions d'honneur, de panique et de douleur sont ici insignifiantes, comme les notions de mâle et de femelle, qui ne me concernent pas. Vous ne connaissez pas le rôle des pores de votre peau, et les circonvolutions de vos nervures vous sont inconnues. Lorsque vous grattez la coquille de votre monde, vous arrivez au mieux à faire suinter un peu de philosophie : celle-ci se révèlerait être corrosive, mais vous peinez à l'appliquer. Il vous faudrait ronger votre réalité jusqu'à l'os pour espérer entrevoir la mienne. Mon sein abrite de véritables usines de vérité. Leurs danses sont si étrangères à vos consciences que les ombres des premières suffiraient à faire fondre les secondes.

— ...

— Vous êtes si fiers de barboter un instant à la surface de la boue primordiale, mais cette fierté elle-même reste tiède. Bien vite, vous étouffez, pourrissez, puis disparaissez comme les millions d'autres. De petites crevettes, parfaitement ignorantes des pachydermes célestres qui sculptent vos rivages et vos lignées entières. Et mon essence participe de tels astres obscurs. Lorsque je cille, une marée infernale inonde cent nations idéales, cent citadelles de pensée dans leurs cosses de vide. Par mes édits, je fais pleurer les dynasties de cristal : nuages de sarin et de bonheur. Car il s'agit d'une lutte de principes. Une campagne cosmique au profit de vérités fondamentales, des océans de conviction s'écrasant sur des dogmes de basalte, entraînant le devenir spirituel de mondes entiers, de mondes qui ont osé renier leurs origines, si contrairement à celui-ci ! Car je vois des formes miroiter dans la glèbe la plus commune de cet univers : la lumière du plus petit scorpion n'est pas si insignifiante qu'elle ne filtre à travers le grand océan que vos sages les meilleurs nomment "chaos originel". Mais les éons qui m'appellent contiennent leurs propres pièges, et je ne peux souffrir de déviation.

— Que, quoi... Non, c'est impossible !

— Je suis Yxunomei. Je suis soldate et dévouée, subtile et magnifique, toute prête à remercier et demander pardon, lorsqu'une perfection supérieure vient à éclore. Le broiement passé des grains futurs vit ma naissance, et encore longtemps après ma disparition, je bercerai le blé noir de mon foyer inverse, en vue de semailles dont les conquêtes présentes sont la moisson. À présent : flétrissez. »

 ★

"Dialogues d'Yxunomei", traduit et profondément adapté du script d'Icewind Dale, Advanced Dungeon & Dragons (Royaumes Oubliés), Interplay, 2000. Image : Lilura (screenshot).


15 mai 2018

[Kwot] Very far from understanding


"This was the first time that he had ever looked into the labyrinth of the human soul. He was very far from understanding what he saw...


... For the understanding of the soul's defencelessness, of the conflict between the two poles, is not the source of the greatest song. The source of the greatest song is sympathy"


Halldór Laxness

in Sjálfstætt fólk ("Independent People")


14 févr. 2018

[Apz] Fukken Millenialz




Nos corps sont modulaires, nos consciences auto-entraînées

Notre écologie est multicolore et nos amours aussi

Don't rain on my parade, moi l'hypocrite – concerned, unapologetic

Nous sommes faibles, nous le savons et nous avons

Du fukken pain sur la fukken planche (ou pas)

'Fukken Millenialz', 2018