15 oct. 2026

[Kogi] L'étape suivante (dans la libération de l'esthétique)

 

« L'esthétique posthumaniste n'est ni misanthrope (anti-humaine), ni narcissique (hyper-humaniste). Dans sa logique propre, elle dépasse même la fascination pour l'hybridité comme simple transgression des règnes et des normes.

                    


Ce n'est pas forcément facile à voir, puisque cette esthétique exploite à fond la "levée du voile" : la ruine des scissions langagières — plus ou moins utiles, et plus ou moins pathologiques — qui soutiennent encore l'exceptionnalisme occidental ("Homme / animal / machine", "cultivé / infantile / bestial", 
"Nature / Culture", "naturel / artificiel", "vivant / inerte", "libre-arbitre & créativité / déterminisme physique & machinique", etc.).

Les catalyseurs et les symptômes de cette ruine sont nombreux. J'en avais aperçu certains dans les années 90, mais il est bien plus intéressant de chercher à les identifier en 2023 : goût pour la dissolution du visage humain et les modifications corporelles, biomimétismes en tous genres, queerness vulnérable et offensive, choc tératologique, féralité véritable, prothèses non-skeuomorphes, potentialités de synthèse, écologies prismatiques, biomes altérés, jusqu'à l'esthétique des moisissures...



Malgré ces expressions frappantes, l'esthétique posthumaniste se révèle finalement moins transgressive qu'elle n'est restauratrice — moins spéculative qu'elle n'est amoureuse du "spectre entier", avec son relief infiniment accidenté. Dans ce spectre à peine entr'aperçu, depuis une perspective élevée qui n'en reste pas moins située, l'esthétique posthumaniste cherche la trajectoire évolutive qui enchâsserait un maximum de déterminations néguentropiques, d'intensités, de spécificités, de synthèses et de vertiges. 
De δύναμις, τέρας — et de τέρας, ἶλιγξ.


Amour du spectre des assemblages contraints, qui est aussi celui des structurations de l'expérience, ouvert et démultiplié, récursivement dynamisé, du côté des facultés synthétiques et créatives, des médias et des transductions. L'horizon n'est pas la fusion, et encore moins l'indifférenciation. Plutôt que Prométhée, c'est la dispute de Pan et d'Apollon dans le sein de Tmolos. Un Πρωτεύς enivré, vaisseau et guide, qui louvoie entre le Charybde béant du non-sens (la raison universelle) et le Scylla infiniment polycéphale (la myriade des morphologies situées, avec leurs incommensurables hiérarchisations). [...]

Il serait extrêmement réducteur d'en faire une énième esthétique "de l'innovation" ou du "progrès". 
Ce n'est pas non plus une esthétique "nouvelle" ou "expérimentale" au sens où elle serait hors-sol et récente. Celle-ci est non seulement saturée — elle a déjà ses cimetières de tropes et de trends, son cringe et son kitsch affectueux... — mais elle possède surtout une histoire aux racines profondes et variées. On dépasse finalement la simple glamorisation de "l'anthropotechnie" décomplexée, technophile et messianique : bien que ce prisme soit déjà plus proche de la réalité, il est aussi myope et limité.

Il s'agit "tout simplement" d'une nouvelle étape dans le développement expérimental des arts dans la modernité 
(la continuité et le changement peuvent évidemment aller de pair). Il s'agit peut-être même de la suite la plus logique du processus de libération esthétique qui caractérise ce développement : l'étape suivante dans le jeu que la sensibilité incarnée joue avec elle-même [embodied sensitivity], ou du moins une déclinaison importante de cette étape. Entre nous, celle-ci me semble au moins aussi complexe que l'étape précédente — le perspectivisme postmoderne des "genres" et des systèmes techno-culturels ? — pour la simple raison que l'étape posthumaniste en provient et s'en nourrit. Ses dépliages abstraits sont enfin libérés de la confusion entre des facultés valorisées et une poignée d'archétypes fixistes (y compris sur la nature et l'extension des facultés valorisées elles-mêmes !), et ses pliages concrets sont plus discontinus et plus multiples que jamais — toujours traversés par les contradictions et paradoxes de l'universalisme. [...] 


Dans ce contexte, les "imaginaires du futur" cessent d'être réduits à leurs dimensions purement décoratives : concrétisations du possible sous contrainte des présents et de divers novum, compositions des nouvelles formes de vie, de désir et d'idéologie, mises en scène doucement immersives des altérités proches, sous paradigme intérieur renouvelé (comme on dit : "être sous substance" — et Éris sait combien ce paradigme permet enfin de reconnaître le rôle qu'ont toujours occupé les substances dans l'écologie de la vie esthétique et de la production artistique).

 


Vous pouvez bien reconnaître des styles "d'esthétiques" posthumanistes dans les couleurs, les formes, les types d'hybridations ou de trajectoires du futur, ce n'est pas le fond de l'affaire. Il s'agit avant tout d'essayer de rendre concrète ou d'actualiser une multiplicité dimensionnelle, une radicalité du devenir, et même peut-être d'autres conditions existentielles.

C'est de cela dont il était question dans "le" cyberpunk, "le" biopunk, "le" post-apocalyptique, "le" solarpunk, ou dans les utopies d'abondance techno-égalitariennes ou libertariennes 
[post-scarcity leftist or libertarian utopias], et même différemment dans les fictions de la biologie spéculative et des rencontres extra-terrestres. Avant de devenir des "styles", des "genres" et des "esthétiques" au sens restreint, avant même de devenir des ensembles de présupposés proches pour l'anticipation et la prospective — il s'agissait de concrétions singulières, étranges et fulgurantes, qui cherchaient à penser, imaginer et concrétiser ensemble des assemblages, des conditions et des aspirations diverses, avec leurs implications, leurs trajectoires leurs interactions possibles et intéressées — sur fond de "cybernétique sauvage" ou de "mutologie" générale [general mutology].



Le contexte posthumaniste accélère l'ouverture et la valorisation des formes et des médiums d'activité artistique au-delà des beaux-arts traditionnels, vers les expériences ludiques, participatives et multimédia, les fictions immersives et interactives, et les performances incarnées en tous genres — tous intérêts, tous propos et tous objectifs confondus, toutes prothèses, médiations et pharmacopées confondues. L'étape "contemporaine" de la libre recherche des finalités et du jeu des sensibilités reconnaissait leur importance : l'étape "posthumaniste" est atteinte lorsque la plasticité plus qu'humaine de leur objet et champ d'expression est explicitement reconnue, et avec elle, le potentiel dialectique délirant du couplage et du renouvellement des pratiques et médiums, écologiquement compris dans le même champ plastique et ouvert.

Les couplages transversaux sont difficile à dénombrer : génie génétique <> biologie de synthèse, bio-matériaux <> biomimétisme <> design et ergonomie <> chirurgie esthétique, modifications corporelles <> nutrition, gymnastique, psychomodulation récréative <> prosthétique, extensions sensorielles, implants, 
réalité augmentée, réalité virtuelle <> véhicules, outils, adjuvants <> simulation live, fictions interactives, génération procédurale, intelligences artificielles <> game design et <> entraînement de la mémoire, de la synthèse, de la créativité, de l'attention, formation du goût...

Le fait que ce potentiel ait été vingt mille fois entrevu par des théoriciennx postmodernes et dix mille fois effleuré par des artistes "pluridisciplinaires" est paradoxalement devenu un obstacle à son exploration profonde et systématique. L'écart entre la révolution annoncée et les mises en pratique 
ponctuelles, consensuelles, démocratisées, humanistes, réversibles et confortables décrédibilise un vocabulaire conceptuel à peine formé, et déçoivent les perspectives. En l'absence de vision d'ensemble et de débouchés commerciaux rassurants, les investissements au long terme n'existent pas, limitant la mise en place de véritables programmes opératoires transmédia. [...]


 

Étonnamment, l'esthétique posthumaniste oscille encore souvent entre une forme de "naturalisme obscur" [dark naturalism] — un genre de romantisme qui prend au sérieux le caractère radicalement non-humain de la nature, celui de l'ancestral, des étendues astrales, du futur de long terme — et une sorte d'excitation érotique pour la subversion hybridiste, qui me dégoûte un peu quand elle est trop stylisée, trop propre, trop lisse, appropriante et fantasmée. Je dis étonnamment, parce que le glitch, le trashy, le messy et le biocide vécu auraient dû équilibrer tout ça depuis un bon moment. [...]
  


Bien sûr, pour l'instant rien de tout cela ne survit au moyen terme. Il est malheureusement temps de revenir sur la Terre des humains : tout ce qui va nous imposer un sérieux retour de bâton / forcer un retour du sérieux [seriously soberize the whole game]. Ici, c'est l'avènement des Saurons, et le temps des mensonges, des délations, des Seigneurs du poison, et la destination collapse : ce que j'appelle parfois — sans amusement — le "devenir-Mordor" de tout ça [its Mordor horizon]. Et c'est la prise de l'Isengard ou le collapse de l'οἶκος. Ce sont ces tendances-là qui forment le présent, et donc l'avenir de l'esthétique. Ce sont ces noeuds et leurs résolutions qui produiront les conditions de l'esthétique effective à venir — si elle existe. [...]

À cet égard, je suis à peu près certaine que tout ceci donnera encore lieu à bien d'autres choses. »


— THORZEIN, Wendy, Retour sur des imprévus ayant mis plus de temps à survenir que ce qu'on avait pensé, et d'autres choses qui ont tout de même fini par se produire [Notes on unexpected developments that took their time, and some other things that did happen after all], trad. G. Sinclair, Lokos Books, 2023, iv.

   

15 juil. 2026

[Poé] Myriadic Undesire (vol. 2)

 

All genera full flush portal membrane
Carcinogenic gardens
Wandering mine cortical stems
Baseline so viscous it’s eternal
Plasmic furnace turned itself
On turned on unto itself
A cell unspecialized
Vines into veins into skull into bulb
Brain overstretched unto time
And into skin paper thin again
Something leak something something
Myriad myriadic myriad myriad

Only promise that’s kept
That's kept whatever
Inf
initely hard cystic nodule
Fusing eye lids and digested
All the pills of cosmic light 


    — Myriadic Undesire (vol. 2)

13 janv. 2026

[Poé] Tar Gulf


Distal creeks and life's promise
Life —that's tar, dionaea, velvet
On a hundred running antlers
From gods and kin
To lice and tools and paste
And weird again (or so we said)

Distal creeks beckoning us
—That's a flock of criminal pilgrims
Backed by tankers, navy and mold
It's raining tar
Printed antlers, wisdom
More tainted than rust

Distal creeks and the fading
Of forever
High priests of me and denial

Distal creeks —drowning, bloodthirsty
That's a nature horror story

 


 

9 nov. 2024

[Poé] Bloombound


Tonight we ride the dark sea mares
Sail on the blazing manes of stars
For there is no one axis or kernel
No one single virtuous realm
Only the Myriad only the Million
The witching Ur pandemonium
Æden and Vorágine Zion and Carcosa
Rainbow fields of blasphemous light
Neverending vibrant meiosis of spirit
Tonight we diffract the ego cage
Sail on the blazing manes of stars
For the garden is we and infinite
Free of guards and full of rage [...]

— Bloombound, Lamia Radiata, 1891

 





13 mars 2024

[Kwot] The Garden / No Island

 
"We are each others’ destiny."
« Nous sommes la destinée les unx des autres ».

  — Zero7, "Destiny", The Garden


"No man is an island."
« Personne n’est une île ».

  — John Donne, Meditations XVII
 

21 févr. 2024

[Kogikwot] It’s 10pm. Do you know where your data is?

 

[ENG]

< Repeatedly copied errors predate LLM’s, obviously, but I would hardly expect garbage-in garbage-out machines to improve things. [...]

"I've seen attack ships on" ¹ people lose access to online accounts and tons of irrecoverable data because they only realised their phone was everything 30 seconds after losing it. It’s 10pm. Do you know where your data is? [...]

I can see the appeal in a flawless pair of machine eyes, a brain augmentation to store data and so on. I would not do this because I know how long an SSD lasts and how much companies care about human beings. ² [...]

Shorn of its orientalism and tech fetish, Cyberpunk is a "vibe": I don’t mean its setting, which is generally a world choking on pollution (like Blade Runner), or incredible wealth disparity and the laws not applying to the rich (like the world beyond your screen).

I mean the sensorial feel — alienation and atomisation, individuals feeling powerless in the face of corporate behemoths and unable to form connection (ever been banned from Twitter for telling a nazi to fuck off or lost access to an email address? Good luck finding a human being to fix that).

That dissociative feeling knowing how bad everything is but having to put on a smile to work 8+ hours doing something you do not care about, trying not to notice the watchful eye of [...]

Soon, Netflix will not need to ask if you are still watching. >

— Molly Noise, (Cyber)Punk is dead [extracts, slightly reformatted], Blood Knife, 2023

[¹ Editor's note: reference to the famous speech of Roy the Replicant (Rutger Hauer) in Blade Runner (1982), "like tears in the rain", where "attack ships on the shoulder of Orion" denotes a horrible yet fantastical memory that will become "lost to time" once Roy kills himself and all rogue / free Replicants are exterminated. Here, Noise may be conflating the future-lost memories of Roy with the harrowing experience of losing scores of personal data and attached subjective memories, and the burning warships with the panic attack that follows the experience or the paranoia that precedes.

² Editor's note: cue de facto mandatory biotech analogous to compulsory smartphones from 2015 on, cue no more software updates for restorative bionics, subpremium tiers for neural implants saturated with ads, budget cuts & memory corruption, ideological tracking, etc.]
 

[FRE]

« La retranscription d'informations fausses est évidemment plus ancienne que les programmes de génération de langage du big data (LLMs), mais je ne m'attends pas à ce que des machines qui remâchent des idioties améliorent la situation. [...]

"J'ai vu des vaisseaux de guerre en feu" ¹ sur des personnes venant de perdre l'accès à des comptes privés et des quantités incalculables de données irrécupérables, parce qu'elles ont seulement réalisé que leur téléphone contenait leur vie entière 30 secondes après l'avoir perdu. Il est 22 heures. Est-ce que vous savez où se trouvent vos données ? [...]

Je peux comprendre l'attrait d'une paire d'yeux bioniques ultimes, d'une augmentation cérébrale pour stocker mes données, etc. Mais je ne le ferai jamais, parce que je sais combien de temps le hardware d'un disque dur reste opérationnel avant de se corrompre, et que je sais comment les méga-corporations traitent les êtres humains ². [...]

Dépouillé de son orientalisme et de son fétichisme technologique, le cyberpunk ressemble à une vibe, une atmosphère affective : et par là je ne veux pas parler de ses imaginaires et univers fictifs, qui sont pourtant ceux d'un monde étouffant dans la pollution (comme dans Blade Runner), et d'inégalités économiques extrêmes où les riches font la loi et n'y sont pas soumis (comme dans le monde qui d'étend au-delà de votre écran).

Avec ce terme, je veux parler d'un vécu sensible : l'aliénation et l'atomisation, des individus qui se sentent fondamentalement impuissants face aux léviathans comme les multinationales, incapables de formes des liens et de se connecter autrement (est-ce que vous avez déjà été dégagé-e de Twitter ou d'un autre réseau social pour avoir insulté un nazi ? Bon courage pour mettre la main sur une personne humaine qui soit capable de régler le problème).

Ce sentiment de dissociation quand on sait à quel point tout va mal, mais que l'on doit afficher un sourire en allant travailler pendant plus de 8 heures dans une activité qui n'a aucun sens, en essayant de ne pas remarquer ni attirer l'œil vigilant de la [...]

Bientôt, Netflix n'aura plus besoin de vous demander si vous êtes toujours en train de regarder. »

— Molly Noise, (Cyber)Punk is dead [extraits, traduit, légèrement remis en page], sur Blood Knife, 2023

[¹ Ndt : ici, l'autrice fait référence au discours bien connu de Roy le Réplicant (Rutger Hauer) à la fin de Blade Runner (1982), "comme des larmes dans la pluie", dans lequel Roy évoque "des vaisseaux de guerre en feu sur l'épaule d'Orion" parmi les souvenirs terribles et fantastiques qui le hantent. Les souvenirs bien réels de l'androïde fugitif seront perdus à tout jamais une fois que celui-ci se sera donné la mort, et que les autres Réplicants libres et rebelles auront été exterminé-e-s. Ici, l'autrice compare l'explosion des vaisseaux de guerre à la crise de panique, paranoïde ou traumatique, lorsque l'on réalise que nos souvenirs intimes sont condamnés à l'oubli par la perte de données ou d'archives personnelles.

² Ndt : il serait possible d'ajouter ici de nombreux exemples sous-entendus par les références de Molly Noise dans tout l'article, comme le fait que certaines biotechnologies ou modifications deviendraient de facto obligatoires pour posséder un emploi ou utiliser les services publics, comme avec les téléphones portables connectés après 2015, les discontinuités de service et de mises à jour pour des implants vitaux ou restaurateurs, des versions non-premium de la perception saturées de publicités, le traçage et le flicage d'opinions politiques, etc.]

30 janv. 2024

[Poé] Lamia déchire

 

< Lamia déchire — mon visage en quatre, déchire jusqu'à l'artère, l'hippocampe, jusqu'à la matière grise et à l'arrière, dedans, au fond, autour, alors, pendant et à travers ces choses-moment, visage en lanières de crâne, en faux-aléa, Lamia tu couds à coups de serres douloureusement,

dans le

Million, million là où la nasse à la naissance de mes pensées ne cesse de s'épouser, palpant l'anxieux et l'enviure, de reconduire les hypostases et désirs révolutionnaires, de transmission autotrophe en apoptose génétique, neurocidaire — Lamia, Lamia déchire, puise et révèle : et cætera. >


5 oct. 2023

[Kogi] Morsures par procuration


< Parmi les critères mineurs de la modernité, on compte l'extension révélative des phénomènes inédits et des entités invisibles, qui se mettent à incarner le principe de réalité de manière plus assertive et mortelle que les phénomènes séculaires et les entités proches ; ce qui n'empêche en rien le travail permanent des force de l'habituation et de l'amnésie, ni ne remet en cause les nombreux paradoxes et perversités du décentrement (imposé, survenu, érotisé, opérationnalisé, tordu, perdu, délaissé ou intégré...). >
— Wendy Thorzein, L'Empire, la superposition & l'exuvie : Essai sur la dernière modernité, 1999 (inédit)

 

 

20 sept. 2023

[Kogi] Drunken prompt idea for future music & music video generative AI


Partagé avec Vos ami(e)s

First prompt idea for future music and music video generation AI:

< Dua Lipa 2019:2023 groove x Charli XCX 2018:2022 dance bop rhythm and bpm x shemusic melodies and breakbeat bridges /or Reznor and Atticus Ross themes, Grimes 2016 x Poppy 2021 post cyberpunk devilish aggression girl vibe, two Azealia Banks rap verses extreme bpm, for video nastified Polyphia 2020 video general aesthetic, heavily mutated anthromorph 2020 era Instagram posthumanist sexy fictional band actively anime-arena fighting the fears of the West and the Middle and Far East in the fused visual styles of Arcane x Patlabor/Madox/GitS1 x Interstella5555 >
or just, you know,
< Björk x Monaé, kether emanations, surprising pop beat >


19 sept. 2023

[Kogi] Impérialisme passéiste : la version moins débile


Impérialisme passéiste et ultra-conservateur, la version "cool" : sortez vos résultats génétiques sur 12 000 ans, diagonalisez vos quotients de transmission culturelle multilatérale, factorisez les dérives, migrations, métissages et glaciations, et calculez vos taux d'appartenance stochastiques jusqu'au Paléolithique.

Les résultats sont moralement contraignants, la loyauté tribale quotidienne doit leur être strictement proportionnelle (jusque dans les catégories méta-éthiques et les modes de détermination réflexive — i.e. "penser Hittite à hauteur de 0.4777 points"), et doit pouvoir s'accommoder de toute révision scientifique et culturelle ultérieure. Toute autre méthode est illégitime et provoque l'ire des ± neuf-cent divinités impliquées, parèdres et cognats et théodescendantes inclues, hiérarchisée de manière contradictoire (très logiquement).

Tout échec de référence impose le mépris : vous n'êtes pas une vraie "vraie", votre identité mythique est factuellement débile, ni convaincante, ni même créative, et votre supériorité arbitraire est absurde (non, ce n'est pas pareil). 

Comme toujours, pas de polydoxie sans chimérisation, pas de chimères abominables sans hypérodoxie.


 
Figure : (visée illustrative, simplifié), détail populations indo-européennes et voisinage circa -4k/-1,5k antes hodiē.

Voir aussi : "L'Ève mitochondriale", Greg Egan (nouvelle), in 'Radieux' (recueil), le Bélial', 2007, p. 47‑80.

 

21 avr. 2023

[Kogi] Pensées Discordiennes #2

 

< Au vu de la mésentente théologique ambiante, il nous paraît hautement rationnel de conclure que la déesse du chaos et de la dissension est la seule véritable, et qu'elle ne demande pas l'adoration — ou plutôt, que tout être qui participe à la cacophonie loue Éris. Bien entendu, rien de tout cela n'importe : le préjugé pro-Éris est aussi faux que l'autre, et inversement. >

— Diane Errata

 

16 avr. 2023

[Poé] Semi-sacred


Of the cosmic and the weird
Semi-sacred geometries
The dream that lives and grows
We need more than deconstruct
For we need new geometries
New rules for new organs


24 mars 2023

[Kogi] Χάρυϐδις / Πρωτεύς / Yδρα


Par Charybde, j'entends le décentrement ultime et vertigineux. Par Hydre, j'entends l'intensité déchirante de chaque complexe de valeur vécue.

Et par Protée, j'entends l'enfant des contraintes plastiques qui raisonne et joue entre les deux.


Χάρυϐδις / Πρωτεύς / Yδρα

 

[Kogi] Méta-perspectives : une poignée de


J'avais la tête qui tournait à force d'alterner si violemment et si vite entre des perspectives ontographiques si différentes... Il y avait...

Moi et nous et le reste : quelque chose de commun et quelque chose de variable, du ressemblant, du divergent, superposés, en parallèle, entre ces squelettes et le mien, ces chimies et la mienne, etc. (Astronomie comparative)

Moi et l'ombre du reste : ma spécificité située bloque toute extrapolation, et la mémoire elle-même n'intègre aucune altérité, rien ne peut me sortir du "moi-même" présent (Soleil aveuglé)

Le Tout est Moi est Tout : rien ne transcende le Tout, que je vise en tant que tel ou que Je suis, que j'épuise ou dont je participe, et les différences se dissipent à travers cette visée abstraite (Sol Invictus sive Natura)

De l'autre en-deçà et après moi : quelque chose échappe radicalement à cette ratio, qui peut modifier les structures et conditions du vécu mais non éviter ses ruptures (Éclipse Phase, Alchimie astrale)

Envoyé depuis mon Iphone.

 

7 mars 2023

[Kogi] Du luxe d'être centriste aux conditions de subsistance


Partagé avec Vos amis

< Il y avait une époque où j'avais le luxe de me revendiquer "social-démocrate" par esprit de contradiction, par honnêteté de classe, pour explorer chaque mauvaise manière d'être centriste, m'assurer qu'elle est bien pire que la précédente.

Maintenant il me faut de l'énergie pour ne pas saper mes moyens de subsistance en parlant d'action directe et de perversité théorique dans la mauvaise réunion... >
 

Val, en plein épisode de perversité théorique, hier soir, Webex by Cisco, 2023

 

4 mars 2023

[Kogi] Comment être sûr-e que "Hegel a raison" sans l'avoir lu (!?)


Partagé avec Vos amis 

< Une intersection (ou une phase) de mon cerveau est totalement convaincue que Hegel a raison sur la bonne manière (antiphilosophique) de saisir l'agencement évolutif du réel, du monde et des coordonnées transcendantales, tandis qu'une autre "me" rappelle (au séphirah "moi" périphérique) que "on l'a pas lu" [...] >

Val H., Webex by Cisco, hier soir, 2023

  

24 févr. 2023

[Poé] À monde perdu : mal du désir


 {Murmuré en français avec accent anglais, style pub de parfum :}
 
M Y R I A D I C

U N D E S I R E


 {Lu sur un ton familier, sérieux, ni grave ni affecté, sans lenteur :}

« Dallée de métaux rouge pâle et luisante comme du métal terni, désir bleu pâle dans l'œil luisant comme du métal terni, déserte et quasiment rose l'allée de sable devant elle s'y avance, telle une coulée de métal terni, tiède et luisante (etc.). [...]

Dans la foulée du sable tiède Chloé se sentait toute partielle, profondément vaguelette, comme vaguement dépressive dans les embruns opale tièdes et tout le tintouin. "Allez ma belle." se dit-on, coulante et ternie, écrasée quasi-suante face à son désir-myriade : "C'est bien, c'est que dalle mais c'est bien." se dit-on à sable rose, à déter, à métaux verts, à monde perdu. »

— V. W., Extrait de L'autre mal dont Chloé fut atteinte (2004, Cassiopeia, à ne jamais paraître).

 

 
Images : Min Yum ; LANDSAT.

21 oct. 2022

[Kogi] < A desire to live in this world [...], as generously as possible... >


< Do not deprive yourself of this yearning, if you can: a desire to live in this world, the world that constitutes us, the world we — partially – make up, to participate as long as possible, as generously as possible, as curiously as possible, to explore some part of the MYRIADIC HYDRA,
to translate, to share and be shared; one anomaly among millions, equally unequal, colourful mindlacking drones, chordate or not, cabled or not, carbon-based or beyond [...].

This most alchemical desire towards the tangled and the labyrinthine – barring agony, suffering or despair... and also barring itself, for it is corrosive & antithetic – do not deprive yourself of the quotidian search for more. >

— Winnie Bull-Smithson, No Rebirth: Letters, Collected Writings, 1983



[Kogi] Pensées Discordiennes #1


< La croyance selon laquelle l'ordre habituel est le seul possible, le seul vrai, liée à la croyance que l'ordre est bon et le désordre mauvais : voici le premier aveuglement. Nous l'appelons illusion anéristique – le préjugé anti-Éris. La croyance selon laquelle l'ordre est nécessairement mauvais ou oppressif, liée à la croyance qu'il serait mieux ou même possible de se débarrasser des structures, des notions d'ordre et de désordre : voici le deuxième aveuglement. Nous l'appelons illusion éristique – le préjugé pro-Éris.

Confondre tel ordre avec le Réel, confondre tel désordre avec le Chaos, revient en réalité au même : le désordre est l'envers d'un ordre, un résidu et un corrélat, une variante dérangeante du résidu de tout ordre. Chaque ordre est un découpage, un ensemble de filtres et de traductions qui laisse nécessairement de côté certains aspects du Réel, qui creuse des points aveugles. Chaque ordre exprime le dynamisme inépuisable du "Chao" originel, sans pouvoir le circonscrire ou l'épuiser. Il n'y a pas de symétrie entre l'ordre et le désordre, mais c'est en quelque sorte l'ordre qui donne son "informité" au désordre.

En vérité je vous le dis, l'ordre comme le désordre dépendent de la grille et de la forme de "vie", et nous ne pouvons pas faire sans grille, pour la bonne et simple raison que "nous" appartient à la plus banale des grilles. Et selon les structures, voici un ordre et un désordre, et selon d'autres xtructures, voici un ardre et un désardre, et ᠪᠤᠰᠤᠳ ᠪᠦᠲᠦᠴᠡ ᠲᠡᠢ ᠬᠠᠷᠢᠴᠠᠭᠤᠯᠬᠤ ᠳᠤ ᠥᠭᠡᠷ᠎ᠡ ᠨᠢᠭᠡ ᠳᠢᠭ ᠵᠢᠷᠤᠮ ᠪᠠᠶᠢᠳᠠᠭ...

Et nous n'avons ni une vision claire de l'espace de phases des structures, ni celui des critères, analogies et traductions. Pour le moment, nous pouvons simplement éviter les formes les plus basses de l'illusion anéristique (premier aveuglement), les formes les plus basses de l'illusion éristique (deuxième aveuglement), pour mieux respecter Éris, la folie et l'impureté de son culte.

Nous avons tout au plus une dialectique sans direction, sans principe, sans kénose ni hénosis, une mystique du monde, un mouvement immanent, analogue au mouvement quasi-aléatoire des molécules, à travers la multitude kaléidoscopique des corps et des psychismes, des voiles qui sont aussi des voilures, etc.

Et sans obligation, bien sûr : cette logique du paradoxe est une structure parmi d'autres, aux côtés de mille dogmes & des mille trajectoires. De même la dissolution de l'égo, à laquelle l'Érisianisme ne prête aucune force normative particulière, aux côtés de l'identification affective. Tout au plus peut-on dire que l'Érisianisme prône que ces structures ne reviennent pas au même, et que "jusqu'ici, une logique a l'air de subsister".

L'indifférence d'Éris au regard de ses adeptes, qu'elles soient maîtresses Zen ou non, qu'elles soient des Mames ou qu'elles s'ignorent, n'est rien d'autre que le mystère du nouménal (Réel, Chao), en tant que concept vide. Le chaos pur n'est pas un désordre, ni un concept dénotatif, mais une simple opération de négation grammaticale. En échouant à désigner ce qu'il vise, ce concept ressemble aux machines mystiques traditionnelles. Mais ce moteur (engine) fonctionne pour rire, et préfère la légèreté : "Éris" peut nous faire rire, et d'Éris "nous" pouvons rire. La forme du kōan est bien pratique, avec le tétralemme, la traversée des noms, et autres ritualisations d'origine védiques, bouddhiques, soufies, ou autre. Rien de moins Érisien que d'idolâtrer Wilson, Crowley ou Goldman, les préjugés ou la forme de leurs pratiques.

L'Érisianisme ne prend pas trop au sérieux ses propres instructions ni commandements parce qu'il les prend très au sérieux. Cette ironie n'est pas une logique supérieure, mais une attitude libératrice et une pratique, en vue d'une maîtrise agnostique et performatrice des ordres. Dans sa forme spirituelle et son contexte d'inception, la blague sied mieux à la quête et la formulation des "méta-vérités" que la version (méta-)rationaliste.

Nous arrivons à la fin de ce deuxième chapitre. Bien entendu, à mesure que je l'ai formulé, j'ai douté de manière systématique de chacun des points qui le constitue, et renié 44% de ce que j'avais déposé sur le papier. Je suis, après tout, unx Xaxe discordiennx relativement orthodoxe, ou au moins encore pour un temps. La Déesse prévaut. All Hail Eris. Fnord. Peace oût, see you on the next one. >

— Diane Errata, Discordian Thoughts, tr. personnelle, 20??



1 oct. 2022

[Kogikwot] Chère Hana / Il me semble parfois que l'avenir...

 
< [Chère Hana],

Il me semble parfois que l'avenir de nos réussites collectives transporte un message plus dur encore à supporter que le futur de nos échecs : nous nous battons pour être l'ancêtre inepte de la fable, tout au mieux, l'ancêtre de quelque chose d'autre qui n'aura pas le même regard, ni la même peau. [...] [Et pourtant] je mènerai ce combat, car tout n'est pas "bonnet blanc et blanc bonnet" *. La puissance de la vie en moi souhaite ardemment rendre la maison plus {étrange} **. [...]

Prompt rétablissement,

Ton Eugénie.
>

— Evženie Navrátilová, La loi des autres : Correspondances 1887-1915, tr. fr. 2007 ; * en français dans le texte, ** peu lisible, peut-être {zvláštní}.



 

30 août 2022

[PWR] < On peut bien noter trois genres de conflit idéologique... >


< Bien sûr, in abstracto, on peut noter trois genres de conflit idéologique
: 

Certaines idéologies sont en compétition mortelle entre elles parce qu'elles se réfèrent à des tribus, des groupes ou des classes spécifiques, et sont portées l'une contre l'autre par l'élan ou les circonstances, alors même qu'elles seraient entièrement similaires quant à leurs contenus, leurs valeurs ou leurs traditions ;

D'autres sont en compétition mortelle précisément parce qu'elles ont des visées universelles, mais qu'elles divergent de manière fondamentale dans leurs contenus, leurs principes ou leurs idéaux, ou encore, sur leur diagnostic du réel et leurs priorités ;

Enfin, toute idéologie sera le théâtre de compétitions mortelles concernant ses propres frontières, les développements logiques et les réformes de ses modèles, ses moyens valables et stratégies efficaces, ses priorisations idéales et conditionnelles, ses choix d'alliance ou ses voix légitimes.

Enfin, le fait que tout conflit idéologique concret ne peut être qu'une combinaison particulière de ces trois genres, sur des instances toujours-déjà décalées ou mensongères de leur allégeance déclarée, avec les paradoxes apparents qui s'ensuivent.

Mais de manière évidente, cette tripartition n'a aucune importance ni aucune portée pratique pour moi
– c'est par les rapprochements, les alliances et les négociations vivantes et impropres qu'il faut commencer l'observation des cas, l'apprentissage, la vectorisation des trajectoires et leur intelligence.

C'est dans le jeu des identifications affectives, des croisements d'intérêt, des retournements, des conséquences historiques véritablement illogiques – compréhensibles et rationalisables, mais non dictées par la cohérence, et c'est sur elles qu'il faudra se baser jusque dans l'action... >

—Wendy Thorzein, conversation privée (mise en page), 2012


   


31 mai 2022

[Apz] Lost futures / Les portes closes



< The gates have closed: we won't get back the forbidden futures; but not because they're forbidden... >
 
« Pour nous, la porte des futurs pervertis se ferme pour de bon ; mais ça n'est pas la faute à la moralité ! »

——
Eirin-Tórild Wassem, 1997
 


16 mai 2022

[Kogi] Langue de base, arsenal courant, différents genres de différence


< La différence entre différents genres de différence n'est pas le fort de notre langue. Nous n'avons même pas de terme pour parler de ce qui est discret sous un aspect et continu sous un autre, ou inversement. Pour rappeler le simple fait que la dissemblance et la ressemblance peuvent s'enchâsser, se rejouer, dévier ou s'invertir dès que l'on change un tout petit peu de niveau, de grain, d'échelle, de contexte comparatif et/ou d'intention, il faut pondre un paragraphe entier, paraître "philosophique" et marcher sur des œufs.
[...]

Attribuer un signe propre à une réalité revient à la reconnaître ; en l'absence de nom, nous doutons de la chose. Le fait d'avoir un seul signe pour parler de réalités multiples les écrase et les confond. Qui de nous oserait encore dire qu'il s'agit de "bêtes effets psychologiques" ? Qui prétendra leur échapper ? Nous devons réapprendre les contraintes de la production conceptuelle, une production vraiment néologique, réinventer ses outils, ses chances et ses dangers [...]

"Poreux" : oui, mais quelle porosité ? Les notions de force, de vitesse de variation, de seuils de rupture, de progression non-linéaire, de pourcentage de dis/similitude, de moment, d'attracteur, d'espace de phases, d'influence réciproque ou de boucle de rétroaction sont encore réservées à des spécialistes cloisonné·e·x dans leurs champs. [...] Si nous commencions à user de ces notions au quotidien, il deviendrait de plus+ en plus+ facile d'en identifier les formes dans les perceptions et les flux de la vie. Des enfants se révéleraient "soudain" capables de les maîtriser. [...]

Que se passerait-il si nous pouvions simplement intégrer des échantillons, des intensités et des gradients au vocabulaire conceptuel de base ? Si des formes d'appartenance plus subtiles que l'inclusion et l'exclusion logiques formaient la base de la grammaire basique apprise dès l'enfance ? >

— Wendy Thorzein, "Whereto simplexity?", intervention fictive @ 'Tools of Posthuman Rhetorics Symposium (Fourth)', 2020, tr. pers.


Photography: 'Sporal', Mimosa Echard (thumb.)