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15 oct. 2026

[Kogi] L'étape suivante (dans la libération de l'esthétique)

 

« L'esthétique posthumaniste n'est ni misanthrope (anti-humaine), ni narcissique (hyper-humaniste). Dans sa logique propre, elle intègre et dépasse la fascination pour le non-humain et celle de l'hybridité comme simple transgression des règnes et des normes. 

                    


Ce n'est pas forcément facile à voir, puisque cette esthétique exploite à fond la "levée du voile" : la ruine des scissions langagières — plus ou moins utiles, et plus ou moins pathologiques — qui soutiennent encore l'exceptionnalisme occidental ("Homme / animal / machine", "cultivé / infantile / bestial", 
"Nature / Culture", "naturel / artificiel", "vivant / inerte", "libre-arbitre & créativité / déterminisme physique & machinique", etc.).

Les catalyseurs et les symptômes de cette ruine sont nombreux. J'en avais aperçu certains dans les années 90, mais il est bien plus intéressant de chercher à les identifier en 2023 : goût pour la dissolution du visage humain et les modifications corporelles, biomimétismes en tous genres, queerness vulnérable et offensive, chocs tératologiques, féralité post-industrielle, prothèses non-skeuomorphes, potentialités de synthèse, machinisation et minéralisation du vivant, animation et vivacité du minéral, écologies prismatiques, biomes altérés, jusqu'à la
 ou l'esthétique des moisissures (moldcore : bio-art, design, maquillage, tatouages...).


Malgré ces expressions frappantes, l'esthétique posthumaniste se révèle finalement moins transgressive qu'elle n'est restauratrice — moins spéculative qu'elle n'est amoureuse du "spectre entier", avec son relief infiniment accidenté. Dans ce spectre à peine entraperçu, depuis une perspective élevée qui n'en reste pas moins située, l'esthétique posthumaniste cherche la trajectoire évolutive qui embrasserait un maximum de déterminations néguentropiques, d'intensités, de spécificités, de synthèses et de vertiges. 
De δύναμις, τέρας — et de τέρας, ἴλιγγος.


Amour du spectre des assemblages contraints, ouvert et démultiplié, qui est aussi celui des structurations de l'expérience, récursivement dynamisé par la plasticité psycho-somatique des facultés synthétiques et créatives, des médiatisations et autres transductions analogiques. L'horizon n'est pas la fusion, et encore moins l'indifférenciation. Plutôt que Prométhée et le don du feu divin à l'humanité, la situation de l'esthétique au temps du posthumanisme évoque la rivalité de Pan et d'Apollon sous le regard de Tmolos, et le jugement de Midas. Ou encore un Protée enivré, à la fois vaisseau et pilote, qui louvoie entre une Charybde béante (force d'abstraction et de déracinement de la raison, décentrement radical, non-sens et relativisme pan-axiologique...) et une Scylla polycéphale (myriade des morphologies évolutives, aspirations situées, hiérarchisations incommensurables...). [...]

Il serait extrêmement réducteur d'en faire une énième esthétique "de l'innovation" ou du "progrès". 
Ce n'est pas non plus une esthétique "nouvelle" ou "expérimentale" au sens où elle serait hors-sol et récente. Celle-ci est non seulement saturée — elle a déjà ses cimetières de tropes et de trends, son cringe et son kitsch affectueux... — mais elle possède surtout une histoire aux racines profondes et variées. On dépasse finalement la simple glamourisation de "l'anthropotechnie" décomplexée, technophile et messianique : bien que ce prisme soit déjà plus proche de la réalité, il est aussi myope que partial.

 


Il s'agit "tout simplement" d'une nouvelle étape dans le développement expérimental des arts dans la modernité 
(la continuité et le changement peuvent évidemment aller de pair). Il s'agit peut-être même de la suite la plus logique du processus de libération esthétique qui caractérise ce développement : l'étape suivante dans le jeu que la sensibilité incarnée joue avec elle-même [embodied sensitivity], ou du moins une déclinaison importante de cette étape.

Entre nous, celle-ci me semble au moins aussi complexe que l'étape précédente — le perspectivisme postmoderne des "genres" et des systèmes techno-culturels ? — pour la simple raison que l'étape posthumaniste en provient et s'en nourrit. Ses dépliages abstraits sont enfin libérés de la confusion entre des facultés valorisées et une poignée d'archétypes fixistes (y compris sur la nature et l'extension des facultés valorisées elles-mêmes !), et ses pliages concrets sont plus discontinus et plus multiples que jamais — toujours traversés par les contradictions et paradoxes de l'universalisme. [...]


 


Dans ce contexte, les "imaginaires du futur" cessent d'être réduits à leurs dimensions purement décoratives : concrétisations du possible sous contrainte des présents et de divers novums, interactions de nouvelles formes de vie, de désir et d'idéologie, mises en scène doucement immersives des altérités proches, sous paradigme intérieur renouvelé (comme on dit : "être sous substance" — et Éris sait combien ce paradigme permet enfin de reconnaître le rôle qu'ont toujours occupé les substances dans l'écologie de la vie esthétique et de la production artistique).

Vous pouvez bien reconnaître des styles "d'esthétiques posthumanistes" dans les couleurs, les formes, les tropes et les ambiances, mais ce n'est pas le fond de l'affaire. Ce dont il est question, c'est d'imaginer de manière plus ou moins détaillée des devenirs étendus et distendus en-deçà de l'humain, 
au-delà de l'humain, à partir de lui, après lui ou parallèlement à lui : explorer le tissu radicalement complexe des conditions, des relations, des expériences, des tentations, des arrangements et des devenirs possibles.

C'est de cela qu'il était question dans "le" cyberpunk, "le" biopunk, "le" post-apocalyptique, "le" solarpunk, ou dans les utopies d'abondance techno-égalitaristes ou libertariennes 
[post-scarcity leftist or libertarian utopias], et même différemment dans les fictions de la biologie spéculative et des rencontres extra-terrestres. Avant de devenir des "styles", des "genres" et des "esthétiques" au sens restreint, avant même de devenir des ensembles de présupposés proches pour l'anticipation et la prospective — il s'agissait de concrétions singulières, étranges et fulgurantes, qui cherchaient à penser, imaginer et concrétiser ensemble des assemblages, des conditions et des aspirations diverses, avec leurs implications, leurs trajectoires, leurs interactions possibles et intéressées — sur fond de "cybernétique sauvage" ou de "mutologie" générale [general mutology].



Le contexte posthumaniste accélère l'ouverture et la valorisation des formes et des médiums d'activité artistique au-delà des beaux-arts traditionnels, vers les expériences ludiques, participatives et multimédia, les fictions immersives et interactives, et les performances incarnées en tous genres — tous intérêts, tous propos et tous objectifs confondus, toutes prothèses, médiations et pharmacopées confondues. L'étape "contemporaine" de la libre recherche des finalités et du jeu des sensibilités reconnaissait leur importance : l'étape "posthumaniste" est atteinte lorsque la plasticité plus qu'humaine de leur objet et champ d'expression est explicitement reconnue, et avec elle, le potentiel dialectique délirant du couplage et du renouvellement des pratiques et médiums, écologiquement compris dans le même champ plastique et ouvert.

Les couplages transversaux sont difficiles à dénombrer : génie génétique <> biologie de synthèse, biomatériaux <> biomimétismes, biomorphismes <> design et ergonomie <> chirurgie esthétique, modifications corporelles <> nutrition, gymnastique, psychomodulation récréative <> prothétique, extensions sensorielles, implants, 
réalité augmentée, réalité virtuelle <> véhicules, outils, adjuvants <> simulation live, fictions interactives, génération procédurale, intelligences artificielles <> game design <> entraînement de la mémoire, de la synthèse, de la créativité, de l'attention, formation du goût...

Le fait que ce potentiel ait été vingt mille fois entrevu par des théoriciennx postmodernes et dix mille fois effleuré par des artistes "pluridisciplinaires" est paradoxalement devenu un obstacle à son exploration profonde et systématique. L'écart entre la révolution annoncée et les mises en pratique 
ponctuelles, consensuelles, démocratisées, humanistes, réversibles et confortables discrédite un vocabulaire conceptuel à peine formé, érode la bonne volonté et déçoit les attentes. En l'absence de vision d'ensemble et de débouchés commerciaux rassurants, les investissements au long terme n'existent pas, limitant la mise en place de véritables programmes opératoires transmédia. [...]


 

Étonnamment, l'esthétique posthumaniste oscille encore souvent entre une forme de "naturalisme sombre" [dark naturalism] — un genre de romantisme qui prend au sérieux le caractère radicalement non-humain de la nature, celui de l'ancestral, des étendues astrales, du futur de long terme — et une sorte d'excitation érotique pour la subversion hybridiste, qui me dégoûte un peu quand elle est trop stylisée, trop propre, trop lisse, appropriatrice et fantasmée. Je dis étonnamment, parce que le glitch, le trashy, le messy et le biocide vécu auraient dû équilibrer tout ça depuis un bon moment. [...]
  


Évidemment, rien de tout cela ne survit à moyen terme. Car la fête est belle et bien finie : il faut apprendre à jouer avec un sérieux retour de bâton / avec tout ce qui force un retour au sérieux [seriously soberize the whole game]. C'est l'avènement des Sauron, du Palantir et des seigneurs du poison, le temps des mensonges, des délations, des camps et des forteresses, des révoltes de sang, des marées . Destination collapse : ce que j'appelle parfois — sans amusement — le "devenir-Mordor" [Mordor horizon] du trop jeune Cthulhucène, son tournant horrifique. Et c'est la prise de l'Isengard ou le collapse de l'οἶκος. Ce sont ces tendances-là qui forment le présent, et donc l'avenir de l'esthétique. Ce sont ces nœuds et leurs résolutions qui produiront les conditions de l'esthétique effective à venir — si elle existe. [...]

À cet égard, je suis à peu près certaine que tout ceci donnera encore lieu à bien d'autres choses. »


— THORZEIN, Wendy, Retour sur des imprévus ayant mis plus de temps à survenir que ce qu'on avait pensé, et d'autres choses qui ont tout de même fini par se produire [Notes on unexpected developments that took their time, and some other things that did happen after all], trad. G. Sinclair, Lokos Books, 2023,  p. iv.

   

16 avr. 2023

[Poé] Semi-sacred


Of the cosmic and the weird
Semi-sacred geometries
The dream that lives and grows
We need more than deconstruct
For we need new geometries
New rules for new organs


16 mai 2022

[Kogi] Langue de base, arsenal courant, différents genres de différence


< La différence entre différents genres de différence n'est pas le fort de notre langue. Nous n'avons même pas de terme pour parler de ce qui est discret sous un aspect et continu sous un autre, ou inversement. Pour rappeler le simple fait que la dissemblance et la ressemblance peuvent s'enchâsser, se rejouer, dévier ou s'invertir dès que l'on change un tout petit peu de niveau, de grain, d'échelle, de contexte comparatif et/ou d'intention, il faut pondre un paragraphe entier, paraître "philosophique" et marcher sur des œufs.
[...]

Attribuer un signe propre à une réalité revient à la reconnaître ; en l'absence de nom, nous doutons de la chose. Le fait d'avoir un seul signe pour parler de réalités multiples les écrase et les confond. Qui de nous oserait encore dire qu'il s'agit de "bêtes effets psychologiques" ? Qui prétendra leur échapper ? Nous devons réapprendre les contraintes de la production conceptuelle, une production vraiment néologique, réinventer ses outils, ses chances et ses dangers [...]

"Poreux" : oui, mais quelle porosité ? Les notions de force, de vitesse de variation, de seuils de rupture, de progression non-linéaire, de pourcentage de dis/similitude, de moment, d'attracteur, d'espace de phases, d'influence réciproque ou de boucle de rétroaction sont encore réservées à des spécialistes cloisonné·e·x dans leurs champs. [...] Si nous commencions à user de ces notions au quotidien, il deviendrait de plus+ en plus+ facile d'en identifier les formes dans les perceptions et les flux de la vie. Des enfants se révéleraient "soudain" capables de les maîtriser. [...]

Que se passerait-il si nous pouvions simplement intégrer des échantillons, des intensités et des gradients au vocabulaire conceptuel de base ? Si des formes d'appartenance plus subtiles que l'inclusion et l'exclusion logiques formaient la base de la grammaire basique apprise dès l'enfance ? >

— Wendy Thorzein, "Whereto simplexity?", intervention fictive @ 'Tools of Posthuman Rhetorics Symposium (Fourth)', 2020, tr. pers.


Photography: 'Sporal', Mimosa Echard (thumb.)

 



15 avr. 2022

[Poé] Avec des gants


Je ne connais pas ta vie, hein, mais prends-la avec les doigts, de manière générale. Tout est bizarre, tout est oublieux, et tout finit par fondre. J'oscille entre la demi-vie et le franchement comateux. Je nage dans l'amnésie et je baigne dans l'inquiétude.

Et encore, j'ai de la chance : tout est stable alentours, rien n'a jamais été aussi stable pour moi. L'obsession narcissique ne m'empêche pas d'être impressionné par les autres, et même assez souvent.

J'ai toujours l'ambition de tout comprendre, mais la motivation tiédit à mesure que la douleur augmente. La passion s'anesthésie elle-même en me traversant. Ou bien c'est juste le prix des regrets, la haine de moi refoulée, mal transmutée en élan, combustion incomplète. Rictus d'acceptation et arbalète à Ritaline.

Oui, l'identité est un leurre : désir ductile de la solidité. Avec les doigts, ça n'empêche pas de mettre des gants, si j'en ai l'énergie, et même si je doute de moi. Le gant de la mort, le gant de la famille, le gant de la relation idéale, le gant de la relation la plus forte et de la chose la plus réelle, qui ne dure pas toujours.

Retourner le gant, le gant en plastique dans l'océan, le plastique biodégradable, l'eau de vaisselle qui entre dans le gant, la transpiration acide, les colorants dans la sève de l'hévéa, et surtout, l'incertitude corrosive, tout le temps et partout.

L'amnésie écologique. L'esthétique de l'hybride. Lichénification. Les doigts palmés, les maths "définitivement" non homogènes, l'asymétrie chirale et cosmique, et cætera. Qui sait ce que peut une boue ? Je ne connais pas ta vie, hein. Je ne le prétends pas.


 

20 déc. 2021

[Arkogi] New art & old archetypes / Anciennes règles & nouveaux organes

 EN    

"The apparent full-on assault on the integrity of subjects in contemporary plastic/visual arts seems consummated, just like the merging of the boundaries that used to separate artistic agency, tools and products. 
Most works are now usually some inextricable combination of media and semi-autonomous loops: they are altogether made of photo, digital components, 3D models, ink markings & make-up, glitch events & controlled visualization, algorithmic procedures like automatic filters & discrete intervention, pre-imagining & serendipity. Most works are always process & files in addition to being objects, and interactive installations, updated iterations, colaborative or curated happenings more than "things".

Faces are distorted, molten, exploded, mutated and cut, bodies are seeded, grafted, parasited, porous, liquid or demultiplying along generous lines. Symbols, direct representations, pictures and signs merge within asymmetric planes and cacophonies of simultaneous layers. In a word: the effects of post-anthropocentrism, biotechnomodular splicing & eco-recoupling on Aesthetics are here to stay.

And yet, this context presents some anomalies: many otherwise highly corrosive artworks still appear along classical lines in image archetypes. Static images, with up and down, retain their strength. Take for instance: Landscape –or Spatial immersion, Portrait –or Scene, Motif –or Decoration. See the collection of visual productions under there, and take notice. Is it a fluke, a residue, simple inertia, or something grammatically profound? Or just me?
 
Can we approach compositive escape velocity, challenging deeply ingrained neurophenomenological identification habits, beyond the –hard-earned– desecration of 'Man', and blurring of old ontological boundaries? 
The revolutions in subject representation and artwork craft need a revolution in artwork treatment: not just multiplicity in place of duality, but new rules for new organs."

FR 

« On ne peut plus nier l'assaut frontal porté contre toute forme d'intégrité des visages et des figures subjectives dans les arts visuels post-2015. De manière similaire, les anciennes barrières entre arts et techniques, décision de l'artiste et outils, ainsi qu'une distinction simple entre médiums, n'est même plus possible.

L'écrasante majorité des œuvres graphiques s'apparente aujourd'hui à des composés inextricables de photo, de modèles digitaux, d'encrages, de maquillages, de code, de filtres, de lumières, de circuits, de flux solidifiés et de solides amollis. L'activité graphique mélange irrémédiablement le glitch et l'intentionnel, les procédures algorithmiques automatiques et les interventions discrètes, de l'interactif et du remix, du réplicable et du non-fongible. L’œuvre elle-même est toujours objet et fichier, installation et happening, archive et consommable, méta-data et making-of, exposition et boîte noire.

Désintégration des "sujets" dans les contenus graphiques : omniprésence des singularités extrêmes, ruines, bugs, moisissures – domination esthétique de l'hybride, des mutantes, des prothèses, de l'épissage, du poreux, des collages, du fondu et du pulvérisé. L'esthétique du fragment, de la faille et de l'inachevé baisse les yeux et bégaie devant la violence du nouveau paradigme : l'implosion de soi – corporelle ou mentale – et les recompositions impures. Pour bientôt : le règne érotique de l'asymétrie, l'auto-chirurgie, l'érosion, les déchets. Bref, les simples sujets de l'art sont irréversiblement désintégrés. La révolution post-anthropocentrique ne va pas s'en aller de sitôt : ses deux modèles inséparables – l'écologique et le cybernétique – transforment durablement l'art graphique mondial.

Et pourtant, ce contexte présente des anomalies, des formes persistantes. Les images statiques, avec un haut et un bas, retiennent leur emprise. De nombreuses "œuvres" visuelles continuent de se ranger dans les genres et archétypes traditionnels des beaux-arts, ou ceux de la peinture et la photo des siècles qui précèdent. Des productions corrosives et extrêmes dans ce qu'elles présentent et dans la manière dont elles sont produites peinent à sortir de la dualité figuratif / abstrait. Les super-genres visuels font de la résistance dans les têtes, les protocoles et les discours : on identifie encore clairement des Paysages (ou Perspectives, spatiales, immersives...), des Portraits (ou Scènes, de visages, actions, objets...), et des Motifs (ou Décorations, même fractales, mobiles...). Voir le carré d'images ci-dessous à titre d'exemple.

Est-ce un oubli, une erreur d'inattention, un truc résiduel ? Est-ce que je rêve, est-ce que c'est moi seulement qui projette encore ces formes dépassées ? Est-ce un bête problème d'échantillon ? Est-ce de l'inertie, ou un signe que certaines catégories de la grammaire visuelle sont plus profondes que d'autres ? Profondes comment, et incarnées dans quel support ? Faut-il les conserver, les démultiplier, les dissoudre, les remplacer par d'autres ?

Faut-il accélérer, tenter d'atteindre la vitesse de libération compositionnelle, et sous quel angle attaque-t-on des habitudes neurophénoménologiques séculaires ? Maintenant que la fusion des anciennes frontières ontologiques est entérinée, que "les arts" jouissent de la profanation durement gagnée de la figure de "l'Homme", peut-on imaginer une transformation dans les manières de percevoir ?

Les révolutions dans la manière de voir le monde et dans les modes de production nécessitent une révolution dans le vécu et le traitement des réalités artistiques. Plus encore que de dépasser les anciennes dualités, il nous faudra de nouvelles règles pour de nouveaux organes. »

 


@wer.wo.was @frenerdesign @landstract_
@home4breakfast @anthr0morph
@blackartsviper (c) Bo Le @fabrice_vermeulen

 

 

20 nov. 2021

[Arkogi] Rien n'est plus moderne que le cerveau pris comme œuvre d'art


< Le cerveau naturalisé ne constitue pas l’œuvre d'art comme objet mais les cendres de l’œuvre – tout au plus un mauvais readymade, lorsque son architecture est archivée de manière abstraite. 
Le cerveau vivant, plastique et stimulé, en train de se faire et se défaire, voici l’œuvre d'art. Cette œuvre, c'est bien évidemment une performance, unique, banale, à la fois participative et privée. L'artiste est l’œuvre, et l’œuvre est artiste. Contrairement à l'opposition factice entre intention spirituelle et réalisation matérielle, la face vécue et la face nerveuse de cette œuvre sont précisément indissociables. Une œuvre qui aspire et se dissipe, qui s'auto-affecte en partie, une "viande vive" [tr. : 'raw meat'], un "trou de guerre" [tr : 'a  Warhol(e)'], une session d'impro / de brouillage du signal [tr. : 'jammer session']. 
Et le modèle du cerveau dans le cerveau, l'image de soi associée à l'idée d’œuvre d'art, au moment où elle s'active, c'est bien entendu la signature, lisible et anonyme. [...]
Rien n'est plus moderne que le cerveau pris comme œuvre d'art. [...] Prise en mauvaise part, la parenthèse "postmoderne" pourrait se résumer à ces tentatives de sauver "l'homme" en faisant tout un mystère de sa disparition. Pendant un moment, on fait semblant que les objets et machines de la modernité peuvent se satisfaire d'un paradoxe linguistique, et pourraient se mettre à tourner en rond à jamais. 
Mais ce qu'un cerveau pourrait être à un cerveau, ceci attend toujours sagement. > 
— Eirin Wassem-Tórild, Potential Endgames for Western Theory of Art: From Silence to Vomit to Surgery and (Not Really) Back, 'Hommage à Sophÿe Kalash', Miðborg Press, 1994 (trad. personnelle), p. 113

 

15 févr. 2021

[Kogi] Le trick


« Le seul trick, c'est d'apprendre à reconnaître les meilleures productions, même dans les bas-fonds j'ai envie de dire, dans le mainstream, dans les classiques, partout tu vois. Aller dans l'éclectique, dans le passé, dans le futur, même quand tu cherches que à te divertir. Tu as vu quoi cette semaine ?
[Réponse inaudible, rires] Voilàà, parfait, tu suis tes chemins, mais tu autorises seulement le meilleur.

Et après tu fais des mauvais choix, tu ingères un truc nul, tu fais une soirée qui te ralentit, c'est normal, tu réactives de suite le truc, la prochaine fois... L'objectif c'est une sensibilité, à développer à force. À la fois tu cherches à te remettre en cause sur les préjugés et ce que tu aimes, et en même temps tu sélectionnes, mais sans pitié. Tu n'as pas de pitié pour toi-même, tu te compares seulement à toi-même, c'est dans Kingsman 1 je crois [réaction].

[Échange inaudible] Oui c'est un peu ça. Tu n'as de mépris pour rien avant d'avoir regardé. Et en fait ce n'est pas du subjectif tu vois, puisque tu intègres du collectif, tu t'appuies sur un jugement des gens qui a solidifié donc c'est pas que du subjectif. Donc ça répond à ce que tu dis. [Réponse inaudible]. C'est ça, tu passes les trucs au feu, sans rancune, tu confrontes les choses entre elles.

Tu écoutes pas les autorités, les critiques, tout ça, un peu hein, mais tu les prends pas totalement au sérieux tu vois. Tu sais quand les rappeurs disent "stay real", c'est à peu près ça, il y a beaucoup de ça [rires]. Tu écoutes mais c'est toi qui corrige ta liste. C'est pas un miracle, ça devient de plus en plus normal. Et à force tu ne supportes plus que le meilleur.

Tout ce que tu entends et que tu vois se transforme en or, parce que ton regard est devenu un laser. Un truc généreux pour les autres et aussi pour toi, mais très – très coupant. J'ai cherché dans tout ce qui me tombait sous la main tu vois, pour apprendre, vraiment.

Ensuite niveau travail c'est pareil, tu cherches une machine exigeante, un rythme, pas un déclic mais on va dire une série de clics, avec un niveau de plus à chaque fois. C'est
Bloodborne, c'est One Punch Man, c'est pas le destin. Tu cherches un environnement qui te force à faire les choses que tu repousses au Demain.

Il faut un vrai rythme qui fait que tu commences et tu immerges ton cerveau et tu réalises un peu, un peu, un peu... puis là tu laisses l'habitude se faire sans regarder. Sortir de ta zone de confort ? Totalement. Mais juste un petit peu à la fois.

Et puis il y a un moment où quelque chose arrive et ça paraît un peu fou – quand le projet arrive où tu te dis "c'est pas pour moi, c'est pas moi" alors là il faut passer à l'action, là il faut te dire que c'est le premier combat. Là il faut savoir laisser tomber les poids morts autour de toi – [question / réaction inaudible] – ah c'est sûr c'est pas beau de dire ça comme ça, mais je suis honnête...

Donc là tu te lances dans le truc de fou, tu dis "Ok, c'est fou ce truc, mais j'ai avancé, je suis partie". Et tu vas basculer dans des nouveaux milieux et l'équipe va changer, mais je te dis basculer, faut être pris dans le mouvement, et c'est la force des gens que tu rencontres, c'est elle qui va te forcer à dépasser ton art, et ce sera dur. Garde ton équipe de base pour survivre, mais travaille à partir des rencontres nouvelles.

Quand ce niveau là est acquis, c'est là que tu pauses, genre après le show, pendant la folie, dans les interstices presque. Tu réfléchis. Tu analyses. Tu prévois et tu planifies. Là tu fais pas l'erreur de tout donner ou d'être naïf – naïve pardon, là tu écoutes, tu poses des questions discrètement : comment ça fonctionne ? C'est qui les acteurs ? Il vise quoi lui ? Elle veut quoi elle ? C'est qui qui me prête ses moyens là, en échange de quoi exactement ? Discret. Sans freiner le mouvement.

Ici tu gardes les pieds sur terre mais le travail va s'intensifier, ça traite pas [trois tapes du tranchant sur le poing]. Ici ça aide aussi si tu peux limiter l'influx de "vitamines" [montre sa tempe]. Les relations qui te remettent sur terre, les vraies vitamines ok, les dopamines ok, le sport, le sexe, la douche froide, yoga et tout [rires], tu fais, tu fais... Whatever tes trucs selon que t'as besoin, mais limite la drogue. Tu sélectionnes toujours, sinon là tu tombes.

Après tu alignes tes objectifs, tu fais confiance aux systèmes que t'as mis en place. C'est du hasard aussi en vrai à ce moment. [Question inaudible]. Ça dépend... Moi mon expérience c'est que tu as toujours des choix, mais là ils sont cachés, parce que tout va trop vite. Et ce sont les autres qui assurent que tu ne pars pas trop en vrille, tu vois, et tu en as besoin pour voir les choix, limite changer de business ou mettre en pause si besoin.

Ça c'est pour les tricks. Et le game final, quand tu entres dans leur monde, tu vois, dans les chambres cachées... Le game c'est de savoir qu'il n'y a aucun jury au grand complet, aucune audience derrière tout ça, tu vois. C'est des gens qui sont tout aussi perdus, en vrai, encore plus quand ils pensent tout diriger. Ils vont vouloir te faire croire parce que eux ils y croient, beaucoup.

[Pause. Longue question] En vrai, totalement, il y a vraiment le pouvoir qui est là. Mais c'est distribué tu vois. Donc tu dis que ça change la vie des gens et c'est vrai, c'est vrai. Mais tu vois ce pouvoir il représente quoi au final ? Si tu le veux c'est pourquoi ? Et c'est là que tu pars dans un délire si tu n'as pas travaillé ton mental comme il faut. De ne pas prendre en sérieux leur autorité, le succès, tout ça...

Tu peux changer comment tu les vois et comment tu te vois : c'est des enfants, c'est des adultes perdus, c'est tout plat en vérité, tout le monde au même niveau.

Non de vrai, tu vas réussir quoi qu'il arrive. Un côté c'est ça : tout s'égalise, au fond. Genre il n'y a pas de vie ultime, comment dire... tu vas te débattre avec ça parce que tu ne veux plus souffrir, et tu as la faim qui ronge comme les autres petits frères, je t'entends, normal, ça n'a pas de sens. Mais après tu vas retourner ça dans ton esprit et tu verras que le game est infini et il n'y a personne à séduire au fond.

Donc tu acceptes de te mentir aussi un peu, parce que c'est pas vraiment un mensonge, tu vois, tu atténues le regret parce que tu sais qu'il n'a pas de sens vraiment. [échange inaudible] Ce que tu dis c'est comme, je sais plus qui a dit : c'est une grand victoire d'avoir tes regrets très clairs. Genre de savoir compter tes regrets sur ta main et ils restent là...

Il y a des perles authentiques dans ce système et dans l'individu. Ce système a les moyens de... comment dire... [faire ?] venir des perles, même avec le grand mensonge. Parce que là, je te cache pas, on parle du Système avec un grand S. Et ça fonctionne sur le mensonge.

Le mensonge de l'inégal tu vois, le mensonge sur les conditions de départ, et c'est pas un truc absolu – c'est pas non plus top-down, c'est accepté aussi, c'est nuancé, ça change, c'est un peu mieux ou c'est pire à l'entrée, et parfois ça chute, ça se distribue plus ou moins. Le mensonge va être caricaturé, et simplifié par beaucoup de gens. Qui vont fantasmer tu comprends, mais là je m'emporte ! [Rires]

Voilà jt'ai dit mon truc, à mon avis. Ce qui fait le trick pour moi, c'est que j'ai toujours été très ouvert mais aussi très exigeant, j'ai compris que le succès c'est à la fois le truc le plus réel et c'est un fantôme des méninges. Après chacun sa course hein. Ouais vas-y dis-moi ce que t'en penses– [...] »

Le trick, 2021

Image : Damso (photo Romain Garcin), non relié



 

14 févr. 2021

[Apz] "La seule chose que tu perçois (c'est ton propre dégoût)"


>> La seule chose q tu perçois avec dégoût en moi, c'est ton propre dégoût..(✓✓)
>> Celui que tu n'es pas encore capable d'interroger ou d'accepter 🙀 ne me mêle pas à ça stp... (✓✓)
>> Tu me dégoûtes un peu 😷 (✓✓)
– De Val, messages reçus sur une messagerie populaire, lus aux toilettes (01.02.21)

Image : Christian Rex Van Minnen, 'Born Bad', peinture à l'huile, 2013(détail, reproduction numérique via DOZE)


11 août 2020

[Arkogi] The western infatuation with the human figure... / La passion occidentale pour la figure humaine et les visages...

EN

The western infatuation with the human figure in the arts is at an all-time high; and yet, this is a grim zenith, for we have now experienced how heavy and nauseating it is, how weary we grow of our own faces and features.

More or less secretly, we are once more expecting the arts to summon weird states rather than familiar ones, radical becoming rather than identity, and rather than human persistence, the infinite colours of the cosmic, including those of death.

Do not be fooled, however. The tides of anthropocentric chauvinism will die out in the arts, without a doubt. But we will never, for better and for worse, relinquish the luxury of staging our own disapearance.

FR

La passion occidentale pour les visages et pour la silhouette humaine dans les arts semble être plus vive que jamais. Pourtant, on ne sait pas si ce bouillonnement intense est celui du midi ou d'un bûcher : il n'a jamais été aussi évident que cette figure humaine nous dégoûte, nous ennuie, et que de plus en plus d'entre nous avons passé le point de saturation.

Plus ou moins secrètement, nous demandons à nouveau aux productions artistiques de nous déformer, de dépouiller nos corps de leur évidence, de nous montrer autre chose, de l'étrange à l'horreur, en passant par la singularité : que l'art fasse tomber les écailles anthropomorphes de nos yeux. Nous avons soif de voir le visage fondre, révélant les couleurs infinies du cosmos, du devenir, et de la mort.

Il ne faut pas se méprendre. L'hégémonie de la silhouette humaine n'est déjà plus, et les arts participent déjà à rendre jouissive la mise à mort de l'anthropocentrisme esthétique, phénoménologique, existentiel. Mais ces mêmes arts témoignent que nous ne renoncerons jamais à mettre en scène notre disparition, le luxe imaginaire qui consiste à transmuter notre extinction en banquet ou en mausolée.

 


Img : @melovemealot @skootapparel

 

2 juil. 2019

[Poékogi] Textament posthumaniste à l'arrache


< La seule prétention que j'ai, c'est de faire un bon terreau fertile une fois que l'écheveau fragile de ma conscience aura perdu son unité – que mon coffre thoracique, retournant à la soupe originaire, ne soit pas toxique mais qu'il offre un abri, une nourriture pour les générations de mousses, de champignons et de lichens. Je suis de la chair à saprobionte – avec une mission risible.

Les écrivains qui parlent d'eux-mêmes ou des humains me font chier. Pourquoi ? Beaucoup ne comprennent pas que les seuls aspects intéressants de leur personnalité sont ceux qui les dépassent, ou ceux qui n'ont pas été rebattus, rabâchés, remâchés puis remâchés, puis remâchés, puis... remâchés, etc.

Il n'y a pas d'intérieur qui ne soit le reflet de l'extérieur, et l'écriture a été associée à l'existence autonome d'une intériorité, d'un réservoir expressif ou créatif supposé intemporel et apparemment inépuisable. Ce n'est pas tout à fait vrai. C'est modulaire, incrémental et récursif. Les singularités les plus banales font éclater le cercle herméneutique et ramper ses membres mutilés, comme autant de kystes calcifiés dans le cerveau des hiérarques qui prônent son sophisme.

Le langage donne un rythme, des contours et une saveur à notre sensation, mais rien qui ne puisse nous extraire des continuums et des combinaisons ouvertes des organes de la perception et de la pensée, fût-elle collective : un espace des phases du vivant naturel – formes, facultés, découpages, états de conscience modifiés, conditions, pouvoirs, valeurs, traits et complexions – dont les instances évolutives actuelles ne sont rien face aux possibles à explorer, sans borne ni direction évidente, sans assurance ni critère ultime de réussite.

Il n'existe donc qu'un seul impératif culturel novateur : celui du décentrement progressif, et de la réalisation de tous les possibles – statistiquement non-humains. La forme globale, abstraite, éclatée que l'on appelle "humain" est infinitésimale, comparée aux autres. La littérature, la poétique et la fiction doivent abandonner le symbolique et le visage et l'expression des sentiments – c'est acceptable en théorie, les fameux animaux humains, mais là, ça bouffe absolument toute la place.

On gardera les fictions les plus lucides, les plus prosaïques, les plus référentielles, les plus spéculatives, les moins dramatisées, car elles médiatisent les reflets, les agencent et les étirent dans la fiction et par l'imaginaire. Ce qu'il nous faut, c'est l'écriture des entités qui ne croit plus à "l'homme", remplacé par des ensembles formels bien plus fins et solides. Des entités qui démontent la fiction de l'auteur-individu, afin que l'unité puisse survivre à la décomposition par la recomposition.

Mon seul vœu en écrivant, c'est d'arracher le visage et les bras, de cloner pour mieux biohacker, de me droguer pour mieux muter, de tester les mots pour mieux tenter leurs limites, non pour les accepter, mais pour étendre indéfiniment leur pouvoir de modelage du réel – mais assez parlé de philosophie.

Je n'aurai pas de tombe : je serai du compost, un diamant ou cannibalisé, ou disséqué et gaspillé, ou violé, ou les organes donnés et transplantés ; je vous fais totalement confiance et aussi très partiellement – je n'ai pas vraiment le choix et même si je l'avais, ça n'aurait pas beaucoup de sens.

La conscience n'est jamais sans le corps : que les corrélats de la mienne fasse un peu d'effet, qu'elle aident quelques phénomènes à secouer un peu de la torpeur humaniste. Que l'une et l'autre fassent un bon terreau fertile. C'est mon seul vœu "d'humain" qui a appris à parler, lire et écrire. >


26 juin 2019

[Poékogi] Des lacis nervurés


Technologie signalétique incarnée dans les circuits de sable fin, en fibres végétales blanchies dans les usines, en tatouages de suc mâché, en pluie de néons versatiles. Tout cela main dans la main, patte dans la patte, tentacules et queues préhensile, muscles des nœuds, membranes nutritives, populations précises.

Cellule périkaryote : le noyau n'est rien sans l'axone (#horizontalité), le membre court-circuite le rôle du centre nerveux (#vicariance), la cellule se transforme selon son milieu électrochimique (#différenciation), l'organe change de fonction selon la météo, le menu ou la salinité (#évolution), et cætera.

Tu tends le cou, des lacis nervurés trahissent une pulsion quelconque : associer certaines odeurs, certains sons, noyer le reste sous un givré glaçage maison. Et le reste se "laisse faire" – enfin, façon de parler : es-tu vraiment la tête vivante et pensante d'une expérience ? Ou plutôt, de quelle expérience es-tu vraiment le.la sujet ? C'est-à-dire sujet.te à expérience, sujet.te à mutations ?

Au plus fort du contrôle, tu restes l'assujettie au monde, le sujet d'expérience : tes instruments croient ouvrir leurs vannes à tout ce qu'ils souhaitent manipuler, retranscrire et copier, mais en réalité, des machineries aveugles s'ingénient à inventer la vision, et le reste conspire aveuglément, mais activement avec ces machineries, afin de te faire tel.le que tu te reconnaîtras. Avec le temps, le mobilier change de taille, de design, de couleur, imperceptiblement et sans retour, ou brutalement et sans demander ton avis.

Les possibles ne sont pas tous des fictions, les fictions sont loin d'être contenues dans nos têtes, nos têtes sont des morceaux : glaise, ions, glu. Pan du Million, continu, concis et mou, laisse "le reste" faire, précipiter l'acide, frelater l'atrabile, cuisiner la lymphe et remplacer le sang, laisse X détourner les fascias, pendant qu'un autre truc improvise tes muqueuses. Si tu peux toucher le monde, c'est qu'il te touche aussi, et à chaque fois, en chaque point : si tu touches le monde, c'est qu'il est toi, aussi, ou plutôt tu es "lui".

Au-delà ? C'est tout pareil, c'est-à-dire tout différencié, suintant, spongieux, opalin... Un peu plus attentives.fs, enfin, à la grande foire. Non pas la foire "aux curiosités", mais celle des curiosités, des intelligences variables, des médiations réciproques, réussies, ratées ou aucune des deux (#naturomorphes). Car les manières d'être déterminé.e sont nombreuses, irréductibles les unes aux autres. Les critères du vivant se mettent à danser : exuvie sous les ondes.

Le continuum entre vie et non-vie ne se résume pas à une ligne continue, mais s'étale sur un plan (#physarum). Cellules, tubes et capillaires sont loin d'épuiser les couleurs et leurs organisations possibles, et ces autres "formes de vivre", de semi-vivre ou d'alter-vivre sont loin d'être privées de manières de sentir, de ressentir et d'exprimer (#inépuisé).

Quelles technologies individuelles, collectives, ou les deux, ou aucun, ou autrement des deux, dérivent-elles d'ici ? de nous ? de là ? Oh

Annihilation, 2018

26 août 2016

[DCQLI] De ce qui l'imbibe, ce qu'elle trafique (5)


# 5
Obsessed par cette idée : un cocktail dément, unique au monde, qui s'évapore à mesure qu'il est fait, juste prêt à être signé. Cerveau-artiste et cerveau-art, "il" insiste : il tient à sa couronne, et donc moi à la mienne.

En même temps, c'est l'œuvre d'art contemporain ultime – ici : l'artiste ≈ l’œuvre d'art, le style = le geste en temps réel, le message = le process, le process = l'archive enregistrée, le remix de la trace ≈ le milieu réfléchi, où l'objet d'art se nourrit et s'affecte lui-même, où l'authentique = le système plastique de dérivations infinies, où les réseaux d'un regard se branchent au grand réseau des regards et le transforment en retour, etc. Am post-modern as fuck, TMTC ! Fnord.
"There is a link between landscapes and ecosystems. Uncovering this link could help to understand certain specific ecological processes and further holistic understanding of a given world. But first, let us clarify our heuristic definition of 'ecosystems' and 'landscapes'."
— Wendy Thorzein, "Introducing phenomenological concepts and models in Landscape Ecology", Landscape Ecology Monthly (jan 2019)
Ultime dérivation, parce qu'elle contient toutes les perfections et les imperfections de l'artiste, parce qu'elle n'est rien d'autre que cela, tout en dissolvant la limite absolue entre artiste et matériau, entre réel et interprétation, entre monde intérieur et extérieur. Le cortex reformule, distend ou extrapole ce qu'il reçoit, tout en faisant partie des choses, étant une chose. L'imaginaire descend du monde et y retourne.

Ultime parce qu'il n'y a pas un seul instant pendant lequel je ne la travaille pas, parce qu'il n'y a pas un seul instant où elle ne se nourrit pas, parce qu'il s'y trouve quasiment tout ce que je suis, les échecs importants, les idées laissées en suspens, les réussites oubliées, les chefs d'œuvres imaginés ou visualisés en un clin d'œil (traces), les variations de chaque énervement et chaque orgasme, les détails anesthésiés de chaque souvenir...

Tout reste là, tout ce qui compte, crypté dedans, sous une forme ou sous une autre, abstraction faite de toute neuro-dégénérescence pathologique : l’œuvre contient non seulement ma vie entière, mais le monde entier selon moi, sans aucun reste ni extérieur. Production et produit. Quelles machines culturelles ont forgé ma sexualité artistique ? Quelles usines naturelles ont remixé la soupe ? Quelles strates auront filtré ce que – quelles ouvrières ? – ont pré-mâché, re-digéré ce que – kssk skksa ? – j'ingère aujourd'hui ?
"Ecosystems are characterised by the interactions between a biotope and its biocenosis. Biotopes are made of abiotic entities and cycles (on Earth, this ususally includes an atmosphere, a hydrosphere, a lithosphere and/or composite spheres like the pedosphere and their interactions). Biocenoses are composed of biotic entities and cycles (on Earth, this usually includes flora, fauna, fungi, bacteria, protists and their respective interactions)."
— Wendy Thorzein, "Introducing...", Landscape Ecology Monthly (jan 2019)
Mon cerveau en deux phases, comme œuvre essentiellement sociale, médiatique, écologique : plus collaborative tu meurs. La perspective est renversée, car le cerveau n'est rien sans les interactions génétiques, sociales et environnementales, et mon oeuvre n'aura fait qu'offrir ses fibres et ses pâtes à ce qui l'entoura, de près et de loin. Collaboration et hostilité. L'œuvre d'art contemporaine intègre le rejet, la réaction hostile et la provocation dans ses projets, voire l'auto-destruction par public interposé : expérimentation stimulante et succès expressif !

Après l'omni-présence de Sophÿe dans les tissus et les sillons et les tubulations palpitantes de son cortex, voici la foule infinie, humaine et non-humaine et au-delà, en-deçà, sur les côtés, sans haut ni bas, fongique, minéral, arachnide, dont Sophÿe n'est que l'hybride INFLAMMABLEUE !
"Of course, such a separation between biotope and biocenosis is artificial and abstract: the major cycles of any given ecosystem include complex interactions between biotic and abiotic entities, conscious or unconscious regulations and exchanges, including bilateral transfers of energy and recompositions, at all scales. This applies as much to seemingly highly anthropized ecosystems than to ecosystems seemingly cut from anthropic interactions."
— Wendy Thorzein, "Introducing...", Landscape Ecology Monthly (jan 2019)


« De ce qui l'imbibe, ce qu'elle trafique » (5), à suivre
texte by SK aka Ackb aka GS / L pic by Sachin Teng

20 août 2016

[DCQLI] De ce qui l'imbibe, ce qu'elle trafique (4)


# 4
Une performance unique, une fois pour toute, et l'objet pour durer, au moins dans du formol. Objet > Sujet. Physique > Mental. Sculpté > Vécu. Mon cerveau, producteur et produit, en deux phases et selon deux dimensions. Right now, se paye une projection mentale privée de la partie actuelle de son œuvre maîtresse, versant esprit, dans laquelle il précise justement les modalités de son auto-baptême de salon. Sauf que la pellicule flambe à mesure que l'image change.

Ha, hé. Minute butterfly. La performance, sskssé ma conscience à l'instant T – un genre de coupe sensitive dans la coulée mentale qui ne cesse de changer –, œuvre éphémère, évanescente, ou sskssé une abstraction, à savoir l'ensemble de mes vécus – le flux entier avec toutes les interférences et parenthèses –, y compris les souvenirs que je ne peux plus rappeler ? Comment affirmer sa valeur spécifique, si rien n'en reste ? Mmm.
"A cultured neuronal network is a cell culture of neurons that is used as a model to study the central nervous system, especially the brain. Often, cultured neuronal networks are connected to an input/output device such as a multi-electrode array (MEA), thus allowing two-way communication between the researcher and the network."
— 'Cultured Neuronal Network', Wikipedia (feb 2016)
D'où mon problème majeur : "tout le monde", à sa manière, connaît le phénomène conscience. Alors quoi ? Si spécial, mon évènement ? Ou éminemment banal ? Qu'est-ce que la mienne de performance a de sensationnel ? Et même si c'était le cas (OUI, OUI, J'AI COMPRIS RESSENTI DES TRUCS T'IMAGINES MÊME PAS), comment le prouver ? Et à quelle fin ? On ne peut ni la visionner en live ni la revivre... Si c'est one shot et total privé, c'est glamour mais ça craint : inaccessible et prétentieux. Si c'est l'abstraction du vécu, des flux interrompus, c'est très concept, mais R.A.S, on nage en plein bateau, en pleine illusion d'identité trans-temporelle. Mayday mayday, oskour Major Dilemme.

Cette performance est-elle vraiment totalement illisible du dehors ? Et aussi, sskilé vrmnt impossible à rembobiner, ce film en 27D ? Et impossible à reproduire ? Ha, rien n'est moins sûr : émulation des patterns corticaux, ou partage via chirurgie invasive, pose d'électrodes, ou par un gimmick de réalité virtuelle, Go-Pro synesthésique ? Seul hic : je n'enregistre pas, là, mon flux sensoriel total (si même on le pouvait, le flux mental-émotionnel reste beaucoup trop chaud à émuler). C'est pas au point et quand ça le sera, tout ce qui sera venu avant aura été perdu.

Si l'on ne peut par encore me lire en temps réel, participer à la première personne, est-ce que je devrais dire que d'autres cerveaux participent, qui me perçoivent et répondent, par expression et par affects ? Est-ce que ma performance inclut ce qu'en perçoivent les autres – au moins de proche, quasiment similaire, avec les décalages, tous les effets de parallaxe ? Cerveaux s'imitent. Potentiellement les mêmes, ou accordés. Elle s'étendrait alors au-delà de l'absence de conscience liée à l’œuvre d'art résiduelle, à mon cerveau-sculpture... Revis un peu ma vie, apprends à me connaître ?
"A crucial difference may be drawn between learning and plasticity. If 'learning' is 'the acquisition of novel behavior through experience', learning necessitates an entity to interact with its environment – something that cultured neurons are virtually incapable of without sensory systems. 'Plasticity', on the other hand, is simply 'the reshaping of an existing network by changing connections between neurons' [...]. But these two phenomenons are not mutually exclusive. On the contrary: plasticity happens during interactions, and in return, plasticity is necessary for learning to take place."
— 'Cultured Neuronal Network', Wikipedia (feb 2016)

D'autres problèmes. En vracascade : mon "œuvre-d'art cerveau", comment la circonscrire dans l'espace et le temps ? Où s'arrête le cerveau, et où commence le reste du corps ? Et qu'est-ce que l'un sans l'autre ? Et où s'arrête mon corps-cerveau, et où commence l'interaction avec le reste ? Où s'arrête la composition minérale, et où commence l'assimilation digestive ? Suis-je un corps cérébré ou un cerveau expansé ? L'ordinateur central dans son robot, ou le larbin de l'organisme et de la meute qui exécute la partition, même s'il se croit malin ?

Quand déclare-t-on que le show est terminé, que la conscience n'émerge plus, ou qu'elle est départie de ses atours les plus reconnaissables ? Quand passe-t-on de la performance à l'œuvre-produit ? Faudra-t-il que j'attende ma mort pour vendre la chose et toucher le cachet ? Mon cerveau dans une jarre de liquide nutritif et vendue aux enchères, 9 millions à NYC, musée ou collection privée ? Puis reprise et manipulée à son tour, électrochocs, l'expérience vivante reprendrait cours ?

Au pire, la solution universelle : c'est que l'idée qui compte. J'ai rien fait, mais j'y ai pensé. Conceptual token. Je sacralise l'ordinaire, j'en extrais un symbole vivant, une ode mortelle à la machine cachée qui n'est rien d'autre que son propre développement, et un appel à la participation, au hack, à la contrefaçon, au partage de masse de cette idée, au-delà des controverses entre facile et génial, entre ready-made et gros facial : autant de consécrations ultimes de l'œuvre d'art aujourd'hui. Hybridation électronique de l'organe-fou, Monsieur Muscle-Cyborg, la seule œuvre d'art qui décide elle-même de se faire refaire des parties, installer des implants, whatever.
"Cultured neurons are then connected via computer to a real or simulated robotic component, creating a hybrot or animat, respectively. Researchers can then thoroughly study learning and plasticity in a realistic context, where the neuronal networks are able to interact with their environment and receive at least some artificial sensory feedback."
— 'Cultured Neuronal Network', Wikipedia (feb 2016)


« De ce qui l'imbibe, ce qu'elle trafique » (4), à suivre
texte by SK aka Ackb aka GS / C pic by Sachin Teng

[DCQLI] De ce qui l'imbibe, ce qu'elle trafique (3)


# 3
Ah, nan, c'est vrai : un dernier point technique avant l'explication du principe. La conceptrice de l’œuvre oui, je le suis, mais indirectement, ou malgré elle.

Comme ma pensée prend place à partir de mon cerveau, l'œuvre se conçoit elle-même. J'en suis la conceptrice attitrée, mais conçue par son œuvre, conception anonyme. Car la libre volonté n'existe pas. Itiz eune iloujieune. La conscience n'agit pas sur le monde. Yep: nope. Le monde inter-agit sur le monde, tissu contre tissu, et la conscience émerge au creux de certains plis, à l'occasion de certains frottements. Toute "volonté consciente" n'est rien que l'occurrence d'un sentiment d'attraction ou d'intention, qui est celui d'un corps, du corps qui sous-tend cette mémoire à l'instant T.

Je suis mon propre travail ciselé, qui est mon corps, et j'ai participé à tout mais je n'ai rien créé, "moi". Tout s'est fait, et en partie par lui-même, en jouant sur lui-même depuis l'extérieur. Allers-retours. Mais où j'étais ? Je suis là, maintenant, et la pellicule flambe. Mon œuvre d'art ! "Ma" performance ? Je ne performe pas, bien plutôt performé, percolé, perforé. L'artiste composé par son œuvre : luxe absolu de mon cerveau (comme on dirait "mon maître"). Se canonise lui-même au son des cordes vibratoires, derrière les dômes rétiniens : j'en suis la bande passante et la témoin prise à parti.
"Nagel uses the metaphor of bats to clarify the distinction between subjective and objective concepts. Bats are mammals, so they are assumed to have conscious experience. Highly evolved, bats make active use of a biological sensory apparatus that is significantly different from that of many other organisms. Bats use their very highly developed sense of echolocation to navigate and perceive objects within their environment. This method of perception is entirely different from the human sense of vision, but both sonar and vision are regarded as perceptional experiences."
- 'What is it like to be a bat (Thomas Nagel article)', Wikipedia (feb 2016)
"Je" me suis vraiment beaucoup travaillé. Tis much is clear. Ou : dans mon cas, la fonction "je" de ce corps a été ciselée. Et non, tout le monde ne cisèle pas, ne se cisèle pas, n'est pas ciselé ; tout les cerveaux n'en ont pas le loisir, c'est-à-dire les moyens (matériels, actuels, concrets). Le vrai problème, c'est de préciser les contours du trick artistique, l'expliciter pour le leaflet d'expo, avant de déposer la touche finale, appeler mon agent, et mettre en branle le marché. Nice job, brain. Tu t'es vraiment bien travaillé. Encore un tout petit petit, un tout petit, petit effort.

Moi, "Sophÿe Kalash", propose son cerveau comme œuvre d'art : pas n'importe laquelle. Comme performance, d'abord, et ensuite comme produit. Tout d'abord comme fonction, intégrative, de toute une vie d'interactions et de mouvements de la matière, de ce qui en émerge dans la conscience (dans les consciences ?) ; et puis ensuite seulement la res elle-même, comme agrégat fini, produit résiduel, ce tel cerveau dans du formol, scorie ou trace, token souvenir de la performance, un véritable artefact naturel, au sens le plus paradoxal et le plus littéral.
"As humans, we can imagine what it would be like to fly, navigate by sonar, hang upside down and eat bugs like a bat, but our powers of imagination are limited because we cannot escape our subjective perspective as we attempt to imagine 'objectively' the perspective of the bat. Nagel states that even if we were able to metamorphose gradually into bats, none of us would actually be able to experience consciousness as a bat because our brains would not have been wired as a bat's from birth; therefore, we would only be able to experience the life and behaviors of a bat, but never the mindset."
— 'What is it like to be a bat (Thomas Nagel article)', Wikipedia (feb 2016)
D'abord une œuvre-feu, entièrement immersive, à représentation unique et dont le film, le négatif, s'autodétruit au fur et à meure de la projection. Double évènement : one of a kind, et just once, only once. Ensuite, secondairement, une œuvre-sculpture, le cerveau objectif, l'organe extrait de mon métabolisme. L'objet muséifiable dont le versant intérieur, évaporé avec la vie passée, resterait l'enjeu principal : la machinerie résiduelle de la performance perdue, qui perdure le devenir-différent de cette chose après la vie, en mode décomposition ou repas ou sketuv.

Ça semble neat et clean comme ça, bien séparé, la performance et son résidu... Mais dès que je veux passer à la réalisation, tout s'étale, détale, s'entredévore, etcaeterâle.
"Such is the difference between subjective and objective points of view to Nagel. According to him, 'our own mental activity is the only unquestionable fact of our experience,' meaning that only we know what it is like to be ourselves. Objectivity, on the other hand, is based on placing one's self in an unbiased, decentered, schematic, non-subjective state of perception."
— 'What is it like to be a bat (Thomas Nagel article)', Wikipedia (feb 2016)



« De ce qui l'imbibe, ce qu'elle trafique » (3), à suivre
texte by SK aka Ackb aka GS / L pic by Sachin Teng

[DCQLI] De ce qui l'imbibe, de ce qu'elle trafique (2)


# 2
Je suis évidemment bien + et bien autre chose. Alors c'est quoi comme matériau, un cerveau ? Quelle relation avec le corps, surtout quand tout ça change (= sans arrêt) ? N'est-il pas, ce cerveau, composé de stuff, des choses qui flottent et des concepts incarnés ? Comment le définir poétiquement ?

Un truc génial qui peut se modifier lui-même ? Du stuff qui représente et calcule du stuff extérieur, mais pas seulement, se représente aussi le stuff intérieur, aka soi-même. Si mal déterminée et surdéterminée, cette chose qui s'auto-dépeint, s'auto-régule et s'auto-chirugise avec des tentacules vers l'extérieur, la vraie mousse dans ce crâne, avec la pulpe et les morceaux, ksské, ksské ? Feedback.

Ce que j'ai mis une blinde à intégrer, c'est qu'autant "le cerveau" est affecté par "l'extérieur" et y réagit, autant le cerveau est affecté par lui-même, en tant qu'ensemble distribué de choses, affecté par sa propre activité, de la perception à la mémoire à l'imagination. C'est la dimension physiologique indépassable et nécessaire de toute pensée : ça crépite à l'intérieur du crâne et ça se remodèle.
"Astrocytes (Astro from Greek astron = star and cyte from Greek "kyttaron" = cell), also known collectively as astroglia, are characteristic star-shaped glial cells in the brain and spinal cord. The proportion of astrocytes in the brain is not well defined, but they are the most numerous glia cells. [...] [Among others], astroglia help in regulating electrical impulses, modulatig synaptic transmission, repairing the nervous system, and acts as a blood–brain barrier and a Glycogen fuel reserve buffer."
— 'Astrocyte', Wikipedia (feb 2016)
Alors qu'est-ce qu'il en coûte de la décréter œuvre d'art, cette chose bio-culturelle unique (sous l'angle du réel) et pourtant générique (sous l'angle du langage, de l'expérience partagée), çeu truc biface, multipolaire, avec des extensions de partout qu'on ne sait pas où elles s'arrêtent, et puis jamais la même chose exactement, apprentissante, malade, sélective, pollinisante, partiellement sexuée, oublieuse, addictée, etc. ?

Mon cerveau une œuvre d'art. Lui-même sa propre œuvre, en partie. Il y a une œuvre d'art et je le sais car je la suis, et je la suis car je la vis, et je la vis car je le pose, action du cerveau sur lui-même et sur ses vécus personnels (reflets partiels de la fraction nerveuse du corps). Et puis les glandes s'activent, les muscles se tendent, les cordes vibrent et l'air module : il y a maintenant une œuvre d'art pour vous aussi, je le déclare, en ma qualité d'artiste contemporain-e et reconnu-e.

Conceptrice de cette œuvre que je suis, car je peux l'être et le déclare (dans telle culture humaine, déclarer l'art suffit à poser un public, même malgré lui, et à transmuter X en art), et que je symbolise par cette partie poreuse, réflexive, aux limites vagues et câblées : ce cerveau-là. Organe labile et son système sensitif, logé dans une partie de la métabolê loquace que je suis. Partie du corps que je suis, et dont pourtant je ne suis aussi qu'une partie, ou pas même une partie, évanescente évocation et dépendante (conscience fissile, mémoire vécue, ponctuelle, nix identitaire, nix essence trans-temporelle, récit perso fait de largages en cascade, etc.).

Sans plus attendre : le projet !
"Astrocytes are linked by gap junctions, creating an electrically coupled (functional) syncytium. Because of this ability of astrocytes to communicate with their neighbors, changes in the activity of one astrocyte can have repercussions on the activities of others that are quite distant from the original astrocyte."
— 'Astrocyte', Wikipedia (feb 2016)



« De ce qui l'imbibe, de ce qu'elle trafique » (2), à suivre
texte by SK aka Ackb aka GS / R pic by Sachin Teng