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30 avr. 2022

[Kogijet] Le rêve éveillé (variation)


« Lorsque vous rencontrez votre double en rêve et qu'ellil n'est pas surprise, lorsque vous saisissez que ce n'est pas ellui qui endosse votre peau mais bien vous qui aviez — depuis longtemps — usurpé la sienne, la terreur et le soulagement deviennent indissociables, comme la honte et la fierté d'être ce qui vous dissout : cet égo acceptant sa propre mort — la plus commune de toutes, celle du changement intime, des mythes comme le souvenir, la survie ou l'intérêt d'autrui, et qui accepte aussi les inerties les plus violentes, lorsque l'identité aura été ce qui enferme —, affect indescriptible d'être à la fois cellui qui naît et disparaît, de cette survie qui n'en est pas une, de cette mort qui échoue à s'identifier à la suite, mais embrassant sa fin reçoit tout de même un fragment du rayon de ce qui continue sans soi, tout ça est super, mais lorsque vous rencontrez votre double en rêve et qu'il s'agit de votre corps, de votre corps inconscient et qui pourtant vous parle et qui fait sens, comme une zombie, alors là c'est moins facile à sublimer : les vers, les asticots, les vers c'est chaud. »
— Val, réécriture ou plagiat du « Rêve éveillé », in À cette époque je ne voyais plus mon psy, inédit, 2022


[Kogijet] Le rêve éveillé (résumé)


«
Il serait sans doute possible de décortiquer la situation d'énonciation du rêve éveillé de GS de la façon suivante :

<
"J'ai fait un rêve dans lequel un double de moi-même s'adressait à moi avec humour, violence et provocation, et c'était terrifiant"

pose la question de savoir ce que ça peut bien faire de recevoir un message sensé 'de la part de' la part du soi censée être insensée ? >

est un rêve éveillé, totalement narcissique, rêvé par le rêve éveillé du corps dont "je" est la partie très partiellement sensée [...] »

— W. I., Encore que l'on parle dans son sommeil..., commentaire du « Rêve éveillé », 2021 (inédit)

29 avr. 2022

[Kogijet] Le rêve éveillé


< À ce moment du rêve, tétanisé par le fait de me trouver face à une autre version de moi-même, je "me" vois porter la main au ventre, et je sens cette main dans mon propre ventre pendant qu'il farfouille dans le sien, pour en sortir une poignée de vermisseaux blancs qui brillent, qui s'agitent et sentent la colère.

Je sens la main sortir de mon abdomen, mais c'est l'autre qui me l'impose, et avec une ironie certaine, je m'entends alors dire – me dire – avec "ma" voix intime, non distordue, exhibant les vermisseaux : « Et voici la fiction à laquelle je crois, moi... en quoi est-elle moins belle que la tienne ? » – je me réveille avec une émotion violente, terreur et fierté mêlées.

Terrifié par le fait que "lui", ce "Gérald" dont je sentais chacun des actes en miroir dans "mon" corps dédoublé, n'avait pas du tout l'air étonné par notre rencontre, par la distance, avant de me promettre la mort, la mort du soi et de ses illusions, comme si ce n'était pas lui qui portait ma peau incognito, mais bien moi qui n'aie jamais compris que je vis sous la sienne depuis toujours – qu'il ne vit pas en moi, mais que je vis en ça, qu'"il" représente même ce qui vit en moi, autour du moi et "sous" le moi vécu et au travers de lui, et qu'"il" a forcément le même visage et la même voix, puisque c'est son corps, et qu'il est le même corps – ce qui dans ce corps aveuglément connaît, ce qui connaît, sous une autre forme de savoir que celle qu'il revêtit dans ce rêve fabuleux... encore que l'on parle parfois dans son sommeil, et que l'on dise des choses.

Il est mon corps tout autant, il est mon corps, ou peut-être son reste entier à l'exclusion des structures et processus neurochimiques actifs qui font le moi "lucide" – encore que ces phases que l'on appelle un peu vite "conscience" ou "volonté" soient elles aussi feuilletées, qu'on puisse les prendre sous plusieurs angles. Dans le rêve, je me heurte à cela : les phases du "moi" "habitent" ou "possèdent", au figuré, et toujours temporairement.

Qu'est-on censé·e faire, lorsque la statue du Commandeur délivre une vérité vénéneuse, sans qu'aucun miracle ne soit requis ? Lorsque le costume de Casimir, creux et accroché au mur, sans personne dedans – surtout ni esprit ni fantôme – se lève et vous fait face, et qu'il semble sourire ? Qu'est-ce que ça peut bien signifier de recevoir un message sensé de la part de la part censée être insensée ?

Encore que l'on parle parfois dans son sommeil... Et voilà qu'une autre partie de moi parle pendant mon sommeil : un rêve quoi – oui mais saturé de sens. L'apparence d'un autre moi légèrement ironique, pour me parler de son rêve éveillé endormi (moi) et me donner des vers (mon destin). Ce n'est pas "mon" inconscient : c'est "moi" qui suis son conscient. Comment interpréter que cette chose fasse de l'humour ? Qu'elle me présente une fable dense, un miroir hautement complexe, une question incisive à laquelle je ne me souviens ni avoir pensé, ni avoir formulée pendant l'activité de veille.

Contrairement à ce que suggérais mon éducation (ou encore, dans une idéation plus narcissique : "contrairement à beaucoup encore"), je conçois désormais cette possibilité : cette autre part n'est pas dénuée d'intelligence, de logique et de raisons. Il ne s'agissait donc pas d'un accident, d'une illusion, d'une apparence de raison – du "singe" millénaire "sur la machine à écrire". Les premiers (?) degrés de la signification ne nécessitent pas le vécu conscient, et encore moins l'éveil. Ce n'était pas une imposture, ce n'était pas un imposteur – d'ailleurs, de nous deux je serais plutôt le sien.

L'intelligence sans qualia, le "dieu aveugle" a parlé, et je ne sais pas si je peux dire "de manière automatique" – puisque les paroles conscientes ne sont pas plus gratuites, moins réglées, plus volontaires ou rationnelles que celles qui émanent d'autres fonctions du stuff. "Il" ne sait pas ce qu'il dit (ou "elle", l'autre partie), mais c'est ton dieu (ta déesse), car tu n'es rien que la fenêtre de son temple et son esprit, c'est-à-dire le bruit qu'illel et ellil fait pendant le jour, aux moments de certains sacrifices. Tu es (je ne suis que) le moment performatif d'un office de sa prêtresse, et un office parmi d'autres.

Je suis Gérald, le rêve éveillé : la partie idéale d'une partie du corps spécialisée dans l'image de soi, la mémoire, la perception et un peu de calcul – le résidu de ces activités, cousues aux rêves non-éveillés par les tissus les moins solides de la mémoire (tout dépend à quel moment du sommeil ça se réveille, entre autres !). Et dans un de ceux-ci, dans un de ces derniers, je viens de voir formulée devant moi l'énigme de ma propre non-identité. J'ai été le théâtre endormi et rêvant et conscient, la pièce et le public d'une partie de corps qui me traverse et rejoue nouvellement – réinterprète – ce que la partie consciente a cru comprendre un jour réflexivement. Je savais que l'identité ne me sauverait pas ; ce dont je suis l'ombre me rappelle que la compréhension ne me sauvera pas non plus.

Pour une part, les emprunts au comportement éveillé – bien qu'ils soient relatifs, comme l'indique le somnambulisme – ne firent qu'augmenter le malaise. Quant à la fierté mêlée, c'est l'autre part de cette même réaction, la part narcissique que je me reconnais : "évidemment, ton inconscient n'est pas comme les autres – il s'adresse directement à toi dans ton sommeil si ça lui chante". La fierté, la honte, la peur, le soulagement d'être une phase de ce corps surpuissant et terrifiant – le rêve émergeant de certaines activités de tel corps – et de le vivre en rêve.

Je ne me suis pas senti comme un Seigneur qui ne règne sur rien mais servirait, sans trop savoir pourquoi ni comment, une sorte de dieu incertain qui en saurait bien plus que moi sans se rendre compte de rien – un maître éclaté, stable, puissant et influençable, faillible et parfois efficace, qui peut, et qui ne cesse de faire.

Je ne me suis pas senti comme une excroissance, greffée sur une chose plus grande et capable de cohérence bien qu'elle soit sans conscience, ni d'elle-même, ni de moi – comme si les phases temporaires du sentiment d'identité n'étaient que des fonctions parasites, peu importantes et dégoûtantes.

Ni humiliation ni dépendance, mais un genre de rencontre intime et de reconnaissance unique, inégale : une prise de contact pour laquelle nous n'avons pas encore de mots dédiés, de catégories assez fines, ou de fonctions référentielles assez subtiles.

Bien sûr, s'jl avait tiré de mes entrailles des vers poétiques capables de m'immortaliser, symboles personnels de l'illusion ridicule et de l'impuissance, j'aurais eu honte de moi – comme ces jours de relecture ou de miasmes mentaux. S'jl en a tiré des vers vivants – pas même des "solitaires", typiquement parasitiques et segmentés, mais bien des nématodes, ces vers lisses et luisants, détritivores, que l'on retrouve partout, symboles universels de fertilité inhumaine, d'aveugle fission cellulaire et vitale... c'était à me faire jouir.

Et c'est pourtant la terreur qui a primé : « Et voici la fiction à laquelle je crois, moi... en quoi est-elle moins belle que la tienne ? ». > 


— « Le rêve éveillé », inspiré de faits réels (si peu) oniriques, 2018

11 janv. 2022

[PWR] < Les conspirations sont réelles : elle se comptent par millions... >


< Tel que je le vois, il y a bien des rideaux, des passages et des chambres secrètes où les personnes puissantes tiennent des dialogues entendus, assourdis, malentendus. C'est juste qu'il en existe des millions, et personne – pas même les plus puissantes – ne peut se représenter un million de situations dont chacune possède ses particularités. Certains nœuds de pouvoir partagent certaines ressemblances avec d'autres, et d'autres ressemblances avec un troisième ensemble, avec ou sans recoupements, et tous restent singuliers, à la fois dans l'histoire et au présent.

Il existe des vortex de pouvoir qui se perpétuent de génération en génération, en vue d'objectifs relativement stables et globalement nocifs pour de larges populations, mais ces nœuds de pouvoir offrent toujours une combinaison changeante d'éléments inattendus et d'éléments anciens. Individuellement, nous manquons à la fois de mémoire, de données et de capacité d'analyse pour identifier les signes pertinents, évaluer les changements de contexte, comparer les échelles, percevoir le moment où telle opération se fragilise, où tel évènement se conjugue à d'autres, où tel réseau d'influences est susceptible d'entrer en jeu ou de se heurter à tel autre.

Le problème étant que la complexité de ce qu'on appelle un peu vite "le pouvoir" est assez profonde pour admettre des lois simples mais partielles, convaincantes mais temporaires, bref, tout un lot d'explications semi-efficaces et bancales. Portées ou non par des intentions claires, certaines de ces explications prennent de l'importance, et deviennent à leur tour des filins dans le nœud en question. Le coup d’œil n'est pas exclu, mais est-il désirable ? L'intuition ne tient pas, pas même pour juger des sources de l'info, de la confiance factuelle, selon telle définition précise de l'objectivité.

Il existe bien des plans mondiaux, qui visent l'Histoire humaine entière, la postérité, les valeurs présentes et futures, le récit du passé, la Culture, les rapports entre des peuples, des dispositifs et sociétés entières, mais encore une fois : il en existe des centaines de milliers. Certains sont détaillés au risque des schismes et de l'erreur fatale, tandis que d'autres sont généraux, mercenaires et anonymes. Certains sont à peu près réalisables, et parfois par erreur, d'autres sont très peu réalisables, et parfois à dessein. Certains sont peu lucides et d'autres résistent à la mort de leurs premières impulsions et intentions. Tous possèdent des points aveugles, et de nombreux sont grevés de contradictions terminales et définitives, ce qui ne les empêche pas d'exister et d'avoir des effets. Certains de ces plans mondiaux sont raffinés, hautement justifiés, et d'autres peu réfléchis et arbitraires. Des plans volatils, ancrés, institutionnels, fluctuant, tectoniques, secrets ou publics. Tous se recomposent au fil du temps, certains au ralenti et d'autres en accéléré, certains se clarifient et d'autres s'obscurcissent. Les plans mondiaux ne sont jamais totalement protégés d'une résurrection inattendue, même hérétique ou involontaire.

À propos du secret, de la confiance et de la paranoïa : la critique journalistique du complotisme n'explique pas très bien les choses. Parce qu'il existe des secrets d'État, et aussi des secrets au-delà des États, et des secrets en-deçà. Le secret lui-même est très surestimé : lié à des nœuds de pouvoir, il possède toujours un coût et des risques. S'il implique beaucoup de gens, il sera limité dans le temps, grevé de nombreuses interprétations et défaillances. Mais s'il est peu partagé et très violent, la défaillance d'un seul maillon entraîne des conséquences désastreuses. Le secret radical n'est pas souvent désirable ni nécessaire. Ses échelons, ses modalités et ses conditions pratiques sont très diverses. Mieux vaut convaincre et tronquer. Régner par la compromission, la technicité, partager les gains. Non seulement le secret ne peut exister sans institutions et dispositifs de contrôle, mais il n'a aucun intérêt sans ces institutions. Or dans la plupart des scénarios ou des récits conspirationnistes, la forme et les enjeux du secret sont tout bêtement présupposés.

Les conspirations réelles sont quant à elles, pour beaucoup, cachées au grand jour : dans les rapports de classe, les intérêts financiers croisés, les stratégies semi-légales, le cumul des masques translucides – cachées dans les piscines de lait et les mines sel, cachées dans les complexités du droit, des amitiés, des algorithmes, des controverses scientifiques, des secrets industriels, des héritages, des budgets, des restructurations et des subornations, des verrous judiciaires et des audits, des services "d'observation" militaires – noyées dans les arrestations politiques, les incorporations professionnelles des chefs de file, les guerres journalistiques, les réunions d'audimat, les compétitions professionnelles, les reconversions de mercenaires. Dans la fange infinie de notre manque d'attention, de mémoire et de temps.

Même lorsqu'ils existent, les secrets réels n'ont pas la portée révélatrice ultime qu'ils possèdent dans l'imaginaire complotiste, qui postule qu'un secret serait toujours un signe de l'avènement du Mal absolu, infiniment nouveau et pourtant prévu depuis toujours, un Mal dont l'incarnation doit toujours commencer par être cachée. Son influence insidieuse est généralisée, seulement connue et reconnue d'un petit nombre. Le caractère pervers est suggéré plutôt que démontré : ce n'est jamais la nocivité qui prouve que ce Mal est mauvais, mais son aura malsaine, son essence antimorale, qui est ensuite rationalisée de manière secondaire à l'aide de crimes blasphématoires (cannibalisme, viols d'enfants, sacrifices, auto-mutilation, perversion des mœurs, profanations, pactisation, polymorphisme, croisement des genres, bestialité...).

Le mal réel ne provient jamais d'un front unifié : c'est l'ensemble des effets de la peur, de la confusion, de la cruauté, des justifications mensongères, des mensonges justifiables, des faiblesses, des idioties, des fascinations, des emportements, de l'indifférence active, des souffrances, des maladies, et au plus profond, de la rencontre d'intérêts vécus comme incompatibles – à tort ou à raison. Comparé à l'impureté du "mal" réel, à la pluralité de ses sources, ses formes, ses degrés et ses ressorts, le jugement complotiste apparaît le plus souvent comme un réflexe compensatoire dans un monde complexe et moralement illisible, qui se cristallise sur un récit "alternatif" de la minorité persécutée, à teneur apocalyptique. Bref : si vous voulez du vrai pouvoir inquiétant, allez voir du côté de Cambridge Analytica, des hauts fonctionnaires et des flux financiers, et moins du côté du satanisme ou des grandes réunions "internationales".

Quant aux secrets réels, qui importent, la difficulté n'est pas seulement de les découvrir, mais de les interpréter – avec de très nombreux cas d'alternatives incertaines, de projets idéalistes qui tournent mal, de jugements hypocrites ou a posteriori, de responsabilités diluées ou de bénéfices partagés, au milieu des très nombreux cas d'injustice systématique, de torture, de désertion criminelle, d'inconscience "éclairée", de dépossession dévastatrice, d'abus de pouvoir, de révisionnismes acceptés, ou de massacres oubliés. Le grand secret, c'est celui de la fragmentation délicate à l'extrême du pouvoir et du mal, et de leurs liens, entre généralités banales et cacophonie des situations.

La prolifération des demi-vérités, des intentions incertaines, des faux secrets, des fausses opérations de vérité témoigne surtout du fait qu'il n'y ait pas de blocs totalement isolés, et encore moins deux blocs tout court. Cette prolifération témoigne de la diversité semi-éclatée, semi-imbriquée, des agents, des lois, des groupes et des capacités : avant toute autre chose, les "mensonges gris" sont une simple conséquence de la répartition inégale de l'information et de ses dynamiques chaotiques. Cela se vérifie à l'échelle des vies, des groupes locaux, des sociétés, à l'intérieur des larges consortiums comme entre les monopoles d'État, dans les communautés culturelles ou entre les communautés d'élection.

Toutes les techniques d'influence grises sont uniques, changeantes, et coûteuses : toutes ne sont pas rentables sur tous les plans et dans toutes les situations. Entre l'astroturfing, les psy-ops, les false-flag operations, les front organizations, le greenwashing ou autre x-washing, les techniques de manipulation de l'opinion, de la décision et le nudging, les ads ciblées, les fausses promesses de forme ou de contenu (hedge funds, tests en laboratoire, vente de données personnelles...), les agents provocateurs, les cinquièmes colonnes imaginaires, simulées, dramatisées ou réelles, l'optimisation fiscale, la fraude acceptable, la désinformation intentionnelle, justifiable ou non, jusqu'aux courants d'analyse économique ou historiographiques – rien n'est anodin, équivalent, inoffensif, et rien ne justifie une vision simple des situations.

Même les modes de production les plus mensongers de l'information exigent une matrice complexe pour être analysés correctement, et ne peuvent se rapporter aux couples secret / révélation, faits scientifiques / illusion stupide, ou élite / masse. Il faut tout transposer sur des grilles de formation / contrôle / répartition de l'information qui contiennent toujours des dizaines d'acteurs, des centaines de degrés, divers genres de gagnants et perdants, et des milliers d'arrangements temporaires. À travers leurs structures et leurs effets axiologiques, les systèmes de légitimation des institutions, les machines de l'opinion et les courants de la culture sont doublement nécessaires pour dresser un diagramme dynamique des choses cachées.

La difficultés pratique à suivre tous les fils, appliquer des critères, se former en continu, pour assembler un tableau idéal, est sans cesse redoublée par une autre : la difficulté fondamentale à interpréter le sens de telle révélation réelle et particulière, pour la juger et y répondre. Le jeu est compliqué, mais nécessaire, et cette contradiction concrète ne devrait plus nous surprendre, à commencer par notre implication du côté des secrets, des spoliations et des machinations, notre marge de pouvoir, nos jeux d'indignation, nos marchandages, nos idoles acceptables et nos aspirations incompatibles.
Il existe des allégeances radicales, des allégeances cachées, des allégeances doubles, mais leurs valeurs finales, leurs conséquences ultimes et leurs évolutions probables ne sont pas univoques, depuis le niveau biographique jusqu'à celui de "l'histoire". Les idéologies partagées participent largement de la répartition des courants et des forces : leurs immenses faiblesses sont parfois plus aveuglantes que dissuasives. Les révolutions ne servent jamais qu'un seul maître, et se limitent rarement à produire les effets attendus.

Il y a bien des moments de concentration de la décision, des "sphères" ou quotidiens incommensurables avec d'autres, et des systèmes qui s'emballent et brûlent des millions de vies. Quelques millions de situations sur des dizaines de milliards, et sans compter les exceptions... >

— Kim, en roue libre, jouant le rôle de quelqu'un qui voudrait impressionner une pote sur le sujet "Comment faire la différence entre les vraies conspirations et les stupides en un coup d’œil ?", Zoom, 2021



C'est probablement moins révélateur que prévu.


15 juin 2021

[Jet] Kael et Mega


« Kael réalisa soudain pourquoi Mega ne lui avait jamais reparlé.

À cet instant de la conversation, ce soupçon flash d'une gêne, ou quelque chose qui a déplu, quelque chose de soudain très déplaisant, lorsqu'elle avait parlé d'auto-hypnose et de son imaginaire débridé. Mega la tatoueuse qui écrit, la glorieuse Mega Ëkkli-Dassault, spécialiste de la déconstruction des mythes indo-européens, du zen occidental et des géométries sacrées, n'avait pas mordu à l'excitation de Kael pour "Lou Inishida-Wirtz, dite Kael, photographe-voyeuse de kinbaku-bi, graphiste hardcore lowkey, psychonaute praticienne si cool, et cætera" ?

Certainement très fière d'elle-même à ce moment, d'être au centre et par là ridicule – elle le ressentait après-coup – Kael désormais se flagelle. Honte, honte, son ton et sa manière de s'affirmer comme une personne qui montre qu'elle sait s'affirmer : "approuve – mon égale – combien je n'ai pas besoin de ton approbation, combien je comme toi me moque des modèles – oui ?... non ?". Faible Kael sur cet instant, sans bien savoir pourquoi, avait conclu à la Mega déplue. Mais maintenant elle savait : ce désintérêt instinctif pour qui sue mais prétend ne pas être en sueur. Ou bien ?

Car oui trop fière, mais bon, ça – et ça Kael tracassait depuis un certain temps – ça tout le monde qui est Mega, comme elle ou comme ça, et ça l'avait compris Kael depuis l'avoir elle-même vécu, ça, Mega-comme capable de passer par-dessus est. La sueur on s'en fout entre post-féministes, mais surtout : la gêne des autres envers elles-même, on la reçoit avec douceur. Et Kael du coup savait aussi qu'une personne qui s'aime depuis peu est attendrissante – et non risible – pour une personne qui s'aime profondément depuis longtemps. Attendrissante... et du coup, désirable moins ? Pas même une idole ce Kael qu'avait campé : une vitrine qui bave un peu – mais cute ? Seulement cute. Même pas si sûre.

Kael ne se souvenait plus si elle avait posé des questions, mais d'avoir beaucoup Kael-parlé, et d'autres choses. Par exemple d'un silence après l'une de – Kael – ces tirades à la première personne, un petit silence mais dangereux immédiatement – et là, sur un ton totalement habituel, avec un timing intuitif, vertigineux, Mega concise : "Tu disais que Vål prépare une expo là-dessus ?". Mega Gémeaux versée dans l'art du sauvetage, généreuse mais lapidaire, no bs, immunisée à tout cringe (par le haut ?), avait trouvé une ligne de fuite hors du portrait "Kael" que du Kael n'arrivait plus à se relever seule, sans l'attaquer, sans même la juger Kael – qui soudain se vit comme elle faut croire le fut : une bonne conversation sans même de déception (!), une personne classe (de plus ?), intéressante (sans plus ?) – une personne (?) vraiment intéressante. Kael : "ou bien elle se faisait juste un peu chier ce jour-là, fatiguée – genre, moralement".

Kael se sentit un peu con – mais pas trop. Elle ne pensa jamais qu'elle Mega aurait pu de Kael peur avoir, Kael lui fasse de l'ombre, ou lui semble trop crachée, etc. Elle se rappela qu'elle crut, au début et plutôt par dépit, sans trop y croire, qu'elle (Mega) avait pensé : "on se ressemble trop, ça ne marchera pas", ou même "je la ferais souffrir, mieux vaut ne rien tenter". Puis : "j'étais trop excitée sur le moment, trop expansive, c'est tout et ça arrive..." Puis encore : "C'est trop facile" – analysa Kael correctement.

Ce n'est pas mon discours qui a bogué, ni même mon désir évident, ni même l'énergie de mon excitation : "le je-ne-sais-quoi je sais c'est quoi", se dit-elle, "ce n'est pas un excès d'assurance extérieure, c'est un manque d'assurance intérieure, une manque de paix avec moi-même ? Non, c'est juste qu'elle voulait autre chose, ou même rien – il n'y a même pas eu d'échec, juste mon désir et elle qui était contente", hasarde à soi Kael, peut-être pour tâter ce que ça lui fait de pousser la dépossession prosaïque jusque là-bas. Tout le monde est normal : "Mega n'a rien de spécial, n'a rien dont j'aie besoin, donc fuck Mega, fuck moi, vive moi, et vive Mega ?"

Et ce que Kael – de Mega – réalisa soudain, fut la conscience claire et subite qu'elle n'en savait toujours rien. »


 

6 mai 2021

[MicroJet] Les chrono-sorcières


< ... à travers leurs expressions souriantes et leur bienveillance infinie, je crus ressentir que les chrono-sorcières étaient tout de même légèrement dégoûtées à l'idée de toucher une de leurs ancêtres – une mère-qui-mange-sans-accepter-d'être-mangée, qui se nourrit de ce qui se nourrit du Soleil – une étoile sans jumelle, encore si jeune et si... faible – si nécessaire à cette créature et pourtant ignorée par elle, cette fille antique et infantile, encore à moitié plongée dans les eaux sanglantes du Massacre originel : moi. >

☀ ☊ ♈︎ ☆

16 juin 2019

[Jet] 'Lettre Vocale' 03-06-26;00:57GMT1


« ... et la seule chose que je regrette dans la reprise de l'initia– ou plutôt la reprise du contrôle, c'est de ne pas pouvoir lui exprimer l'amour que j'ai encore pour lui. Et qui a même grandi, en un sens.

Contrôler. Je ne sais pas si tu t'en souviens, mais au détour d'une discussion, tu avais fait la remarque : ce mot est devenu tabou, du moins en surface. J'y repense souvent, ces derniers temps. Tu m'as certainement entendu esquiver un réflexe d'autocensure, à l'instant. D'où vient cette idée que le contrôle serait forcément un leurre, ou un réflexe crispé ? Un fantasme destructeur ? Quelque chose d'oppressif et d'illusoire à la fois, alors que les deux sont contradictoires ? J'accueille ton éclairage oblique ;)

Évidemment, je ne peux pas expédier la souffrance. Accélérer le deuil exigerait peut-être que je – exigerait de nous – de se voir sans forçage, pour revenir sur des vieilles choses, tièdes, floues, et même réécrites. Cela demanderait de s'exprimer librement et sans peur, pendant un long moment. Autrement dit, il faudrait que les conséquences du problème soient résolues, pour pouvoir attaquer ses racines. Sans compter que ce sont précisément ces choses-là qui le font fuir, j'ai l'impression, car elles n'ont plus de sens pour lui, plus de résonance subjective – et si c'est vraiment ça, je le comprends tout à fait. Je comprends, mais moi, je n'y suis pas encore – je ne suis pas encore passée au-dessus de "notre" fin.

Je ferais bien confiance à un "lui" ou à un "moi" futur pour s'occuper de ça, mais le contrôle implique que je m'impose – que je me confronte à l'éventualité réelle qu'il ne veuille jamais le faire. Si mon amertume et mes regrets meurent bêtement avec le temps, j'aurais l'impression de trahir ma souffrance et ma peur. Mais tant qu'elles restent actives et intenses, je me flétris, je suis tenté par le ressentiment et la caricature. La situation deviens absurde. Mon "moi d'aujourd'hui" se sent piégée dans une bagarre sans adversaire – only way out is through. Piégée aussi pour des raisons différentes, que d'ailleurs tu connais. Désolé de t'infliger tout ça.

J'en reviens à ta vision du contrôle : tu en parlais comme d'un mode stratégique, adaptatif, un rapport à soi généreux mais sans pitié : ne tolérer aucun déni, aucune excuse, mais se respecter et s'aimer largement. La version strictement personnelle du "Do no harm, take no bullshit". Comment transposer envers soi-même l'éthos relationnel du "free of charge" ? Sans rancune et sans exigences cachées, sans attaches ni remords déplacés. Adults do not play games. L'art délicat de la responsabilité réciproque : the subtle art of always giving a fuck. Punition immédiate, mais pardon inconditionnel, et cætera.

Contrôle de soi, contrôle de la situation. Tu cherchais à intégrer le changement, et les autres – les vraies, les moins fantasmées – dans la tentative la plus exigeante. "Prendre en compte les effets de la tentative sur le changement lui-même". Voilà mon énigme : à quel moment ma persévérance crée ses propres conditions de réussite, et à quel moment elle se dégoûte elle-même ? Si ma tentative perdait son sens et son intention face à mes faiblesses – ou face au temps qui passe – est-ce que le contrôle doit aller jusqu'au "lâcher-prise" ?

Attribuer les responsabilités du mal est certainement inévitable. Nécessaire, même ? Et pourtant insuffisant. Non seulement cela demande une discipline d'airain, mais elles ne valent rien sans la reprise du contrôle. Je ne sais pas ce qui sortira de cette souffrance et de ces regrets, mais je fais mieux qu'improviser. Je ne contrôle pas tout, mais je le sais, et j'y échoue moins mal.

Il me semblerait plus sain que la difficulté ne se dissolve pas, même si l'on ne se reparle finalement jamais. Tu sais ce que je pense de l'identité : personne ne change, sauf quand le cerveau est touché... c'est-à-dire tout le temps, à divers degrés. Hmm, pardon ? C'est ta théorie ? ;)

Pour le moment, je voulais te remercier encore une fois. Pour ton écoute – et ce process. Merci pour ta photo, délirante, qui m'a fait beaucoup rire. C'est toi aussi qui m'aiguise et nourrit mon regret envers lui (!), c'est-à-dire mon désir de découvrir d'autres personnes, et les aimer sous des formes peu inintéressantes.

Il m'arrive encore de voir un casque et de penser 'abrutissement', 'voile', 'mensonge', et de porter le casque invisible : ventriloquer les autres, les accuser, se donner des excuses face à elleux, ou au contraire, les laisser choisir la facilité et les regarder tomber sans prévenir.

C'est ça, moins que leur petite taille, qui empêche de voir que les électrodes et les caméras sur les côtés du casque te sont aussi fidèles que des rétines, et que tu t'apprêtes quand même à conduire une Dodge sans les yeux, pour une raison invisible sur cette photo, la raison pour laquelle les photos te sont restées invisibles si longtemps, et que tu connais si bien les torsions du pardon et du temps.

Fait quand même gaffe à celles de la route, et dis-moi si tu penses qu'il faudrait vérifier ou modifier le code d'une mise à jour !

Bonjour à Kael qui va aimer apprendre à aimer le siège passager <3,

Yours »
— Wendy Thorzein, à Joan V., 'Lettre Vocale' 03-26-21;00:57GMT1, Transcription autoVERA

8 nov. 2018

[Jet] D'un calme brutal (/ Comme un-e autre)


« C'est déjà une sensation bizarre de réaliser que la statue est en réalité un dragon, alors qu'on vient de la caresser négligemment, avec une tendresse blasée, en tant que statue. C'est encore autre chose de réaliser que la "statue" n'a pas bougé parce que c'est le dragon, curieux mais retenu, ni s'imposant ni offensé, parce que ce serait ça, un dragon [...] ?

Une chose douée de l'avant-dernier degré de la brutalité mentale, émotionnelle et sensitive, qui fait sans arrêt tout le chemin inverse en elle-même, sans apnée, dans la respiration d'une seconde nature ? Une chose dont la paix ressemble à un vortex, une force irrésistible qui tourne parfaitement sur elle-même, réinvente ses formes circulaires sans perdre en intensité, sans déborder ni se retourner contre elle-même ?

Une chose sûre de sa force, et trop intelligente pour se croire exceptionnelle – à raison : les dragons sont million, avec et sans visage – ? Une chose qui doute de ses faiblesses, qui a cessé de s'en battre, de s'en faire des alliées ou des excuses ? Une chose qui ne croit plus au mérite, consciente que tout le reste l'a faite telle qu'elle est, mais incertaine sur les formes à venir, qui ne se pose jamais aucune limite, laissant le futur antérieur dévorer celles qu'elle n'aura pas su déborder ?

Une chose qui a pu reconnaître l'objet de son déni, le plus désagréable, a dû apprendre à désamorcer sa tendance défensive à la rage, au drame, à la panique ou à la fuite, sans le moindre plaisir ? Celle qui est revenue faire face aux autres dans la même expédition malgré la blessure égoïque, la honte, sans le mettre en avant, toute prête à réparer ses torts et faire le taff ?

Une chose qui n'a jamais renoncé aux autres,
moitié pour les mêmes raisons moitié pourquoi faire simple, dont le jugement et le pardon sont toujours à l'affût, sagaces et inventifs, insubmersibles, adaptatifs, proportionnés ? Une chose qui se traite soi-même comme un-e autre et considère les autres comme des soi, dont l'exigence brûlante est une proposition intime ou un sourire de défi, dont l'indulgence est repos amusé ou piège tendu ?

Une chose qui a cessé de se craindre et, par conséquent, se désintéresse de ce qu'elle est pour se fondre dans ce qu'elle peut devenir, devenir grâce à d'autres, une chose qui peut négligemment caresser une statue, savoir qu'elle s'est trompée, sentir que si la pierre était tiède, ce n'était pas sous l'effet de quelques heures de soleil, mais l'effet de surface, accompli, stabilisé, d'un autre brasier luxuriant et banal [...] »

— Eirin Wassem-Tórild, 'Mes ennemis menacent de disparaître', 1999, inédit (trad perso)

25 août 2018

[Jet] Abu-limbo, me suis trouvée perdue


Checkpoint arabe surmâle, regard Ray-Ban au racisme policé, mis en scène. Charité faite aux négligeables puces de mon Passeport et de ma Carte. Passe-droit temporaire, visa précaire pour VISA plafonnée. Bloquée en zone tampon, no woman's land, calendrier lunaire, Shariah surprise, essuie-main pakistanais, retour case couloirs circulaires. Terminal en ogive fini mes dattes, mon Lindt défiguré. Tachycardie devant le stand Rolex (le même ?). Fumarium sino-malais(e). Apnée spirituelle. Accoudoirs anti-somme sans sommation partout. Dans les coursives tropicales, j'abandonne la boussole. [?]

Dehors, mon hypothalamus n'en croit pas ses yeux : il est minuit, voici un soleil au zénith, tout est normal. Mon troisième vol est avancé à hier, mon deuxième retardé à demain. Mes yeux contredisent ma mémoire : le soleil n'est pas une boule mais une langue d'acier à blanc qui torréfie un tiers du ciel. Ma peau ajoute : des mers de gaz fondu y pleuvent à l'envers, au ralenti, en continu. Météo de la nuque : pluvieuse, puis brune, risques d'épluchement. Aéroport-mosquée. Hôtel-colonne, 31e vertèbre. Coffre-fort digital, brunch thai. Surveillance rapprochée. Si vous y prenez garde, les nervures du marbre montent et descendent à la fois. [??]

Le temps se ferme sur lui-même comme l'exuvie desséchée d'un petit crabe : je l'écrase dans ma paume et je l'ingère, nostalgique. Force tellurique, le marché fait éclore le désert, qui lui prépare en retour un mausolée aveugle et sans pareil. Et quelque part au-dedans de ce cirque (inhumain, seuls qui en valent la peine) me suis trouvée perdue, hors sentiment de l'un ni désir de l'autre. Dans les coursives un instant et soudain, on ne m'a pas même trouvée disparue

Eirin Wassem-Tórild, Abu-limbo..., 2018
 

19 juil. 2018

[Jet] CONSEILS IMMÉDIATS POUR SAÏMIRIS TRISTES OU VINDICATIFS-VES


Respiro
À fond, débloque mon petit diaphragme et gonfle, retiens mon souffle et expire de manière prolongée, 4-7-8' sur les doigts ou 6-9-10' sur les doigts-des-pieds, pi me-débouche le canal avec de l'eau-de-source

Tena
Me l'impression que mes épaules peuvent en porter autant, peut-être y-même plüs, quand je les relâche et que j'assouplis mon petit cou, détena, détena moù

Douchu
À l'eau chaude puis à l'eau tout-glacial, au début, fin ou bout-en-bout, qui bouste mes images de lâcher-prise, de rugiement, et mon système imunitür

Orti
Toujours préférer la sortie de troupe, de quand je-ne-suis-pas-sûr-e, pisque éj-peux toujours partir si les cris des autres y-deviennent trop aigus ou trop répétitof-tof-tof-tof

Dédusion
Rien n'est normal ni anormal pour un-e saïmiri wôke y awäre, oh le normal m'enchaîne la tête et les pattes, alors me débarrasse de telle-celle illusion, trop singe dès qu'elle me cesse d'être utilü

Miroi
Me reviens ici souvent, un lieu-dedans, qui terrifiant avec la vérité, avec le singe-moi sans regard du dehors, avec l'amour no-stress, personne-peuve-piller, avec plein de cadeaux et sans pitié

Muan
Toujours été content-e après avoir changé de mes fruits préférés, d'images et de ritulles, mais n'est jamais facile, continuer de l'essayer, joli zéro pointu idantité

Ourirou
Me quand je force mon museau à sourire dans le vide ou le métro, me trouve ça un peu bête, et ça fonctionne, ça fait sortir-mùir le rourirou

Guirir
M'assume d'abord la mienne de part, petite ou grande, pi me-défends du singe violent ou de la sapajou qui blesse en essayant de ne pas lui ressembler, pi faire-justice, ou pardonner tout ça viendront après, ou pas, y me-défendre sans re-blesser toujours toujours bien plüs luisan

Canopé
Me souvenir, si j'urine bien mes pattes et mes mains elles accrochent mieux, et les autres sentent que j'ai déjà mangé les besta fleurs et les joufflu chënilles de celle-ci branche, et me souvenir, tous les chemins en-mènent à encore plüs de chemins



1 oct. 2017

[Jet] La voie obscure (1) TEST TEST FLOW


TEST. TEST. CECI EST UN TEST SON & SYNC.

Picture some dude health goth standing in d'woodz. Ts' nite, ts' dark all 'round n' y'dn' see nodn'. Dude's start talkn' shit in'iz ead 'n sm' weiiird lingo. Yo' chek it oot or' noot

J'approche les deux oreillettes et les retiens à distance. Entre le pouce et l'index, je les tiens serrées à la base du cou, comme deux petites vipères. Elles piaffent, crachotent déjà leur jus immortel et percussif. Rien qu'un schéma, rythme étouffé, couleurs fantômes : une partition sèche ou un squelette qui danse, qui claque et se contorsionne, une version murmure-enragé, déjà très familière et très évocatrice, mais rien d'équivalent à ce qui vient. Pas encore mis les écoutrisses. Crachotent à quelques centimètres. Puis. J. Léz. App. Roche. Ah. Ww. Les. Coule, chacun-e et simul. Tanément, au creux des aurifices :


Hellooooooo. Le fluide syncopé m'envahit tout d'un coup – pris corps – épeux, voluminant, déversé dans les recoins de mon crâne, imbibant tout, baignant la vie entière dans un bad, bad groove mol et métal (so hip, k-pop, jay-spot, don' stop, etc.). Double morsure et venin en continu. J'ouvre lentement les yeux, et c'est maintenant l'espace entier – depuis la moelle des choses, qui meurt et renaît éternellement – l'espace entier qui vibre et qui pulse et hoche du fondement et valide. La forêt surchargée qui cesse d'être une forêt – bop bop – les restes d'un mur païen quelque part, qui ne renvoient plus à rien d'autre qu'à leur propre démence – bop bop bobop – toute pseudo-minérale, les objets noirs et les objets profonds – bop bop –, les fondrières, les monolithes moussus et fracassés, les insectes volants, rampants, sauteurs et l'air drapé lui-même : tout le monde approuve ma ziq et bop la "tête" les pédoncules et les antennes en rythme et 'duh! –

Coz iff yo not agree widduz dark uni-verse, 'en okidoff. Ye$s sir, 'uhs't nok'd off!

Get back, tout est plongé dans l'ombre, tout est black slime ou mat /səˈblʌɪm/, chimie et rampage facial sans hiérarchie ni dominant-e – ce n'est pas un fantasme ni une vue de l'esprit : c'est un sophistiqué reboot mental – et le champ de la maîtrise qui ne débouche sur aucune supériorité, aucune propre-importance, aucun contrôle, aucune appartenance aux causes ni aucune possession des effets – la pure maîtrise des effets de changement, toute préférence rétractile, pavillon et shotgun du moment, pur plaisir amoral des rythmes et des formes qui s'invaginent, pur plaisir de l'intervention – La lala – maximale ou minimale, pas la question –

Revanche du placébo sur les amphés, du corps athlétique et cérébré sur l'idée qu'ils seraient incompatibles – alliance poussée entre cortex et trapèze, biceps et hypophyse –, confusion des clichés, revanche des gros-ses qui bougent à la vitesse de l'éclair et des perches qui mouvent au ralenti, revanche des asexuel-le-s extravertie-s et des "nymphomanes" du secret, des inventeuses qui grimpent aux arbres et des rhinos qui planent en faisant des maths – La lala –, et revanche contre rien ni personne si ce ce n'est l'illusion des schèmes et de la vengeance, tout marqueur d'équilibre absent (rien n'est too much ni trop peu, ni extrême, ni superficiel, ni harmonieux any more : tout est égal, tout est intéressant à son tour et tout est permis sauf l'ennui), bref le rush sans entrave, de facto toujours rather experimental – La la lala, bam bam

La pure maîtrise des effets : elle repose sur la pointe d'une épingle, nécessaire... et illusoire : les "lois de la nature", ces stocks de régularités modélisées qui me font l'amour tous les soirs et que je fous le dos au mur, pour les apprendre tous les soirs, en solo, en dépense physique et en beat – ces "lois" que je fous le dos au mur, sauf qu'il n'y a pas de mur, et c'est le vide qui fait office de balle dans cette roulette russe, quand le vide arbore la floraison du possible, l'arbre du million des possibles, le seul partenaire sexuel auquel je ne renoncerai pas, le seul sexe qui me fasse arracher les rideaux –

Tout émet – oh my! c'est quoi ce truc ? –, tout essaime – wow, crazy fungi –, tout est sciure, dont chaque copeau et chaque poussière, complètement folle et mégalo, se voit pulvérisé-e ou compacté-e dans un nuage sans précédent, rapide, lent (référentiel ? none), tour à tour midtempo, downtempo et nightcore, l'œuvre d'art pour le fun – le mien ? pas sûr, la puissance fuit de tout côté, elle me vient du dehors – mode principal : why not? oh, just no déjà-vu or déjà-fait – yes sir – tout est géant, génial, tout est matériau inquiétant (et moi d'abord : vous m'éclipsez), tout est prédatorial, tout est noirçure à digérer et "je" fais clairement partie des composants, ou plutôt du compost : l'identité est un déchet friable et (un) peu fertile, une coquille comestible, une pelure (trop) acide... – oh yeaa niou song 


Un million de points de vue oublient qu'ils sont profondément incompatibles et nés de chaque instant, éphémères : ils communient dans mon rêve sombre et sonore, lubrifiés par d'la bonne (keski, c'est d'la bonne) graisse auditive. Plasmode orange dessus : aveugle, exubérant, motile. Regard furtif d'un kinkajou féral, en contrebas. Ampoules de Lorentz : crépitent dans le museau des raies. Sporophyte à l'envers et rhizome de fougères. Caché, polype sans stade méduse, virage à 190°. Tout près, polymathe en détresse. Sporanges des algues rouges. Troncature de l'œil d'une libellule. Etc. DumDum. Wuzwuz. Kzkzkzkzkzk.

Renfonce tes mitaines, étire ton dos, craque ton échine, balance tes pieds, quelques passes, changements d'appui, au hasard, quelques sauts. Super-pouvoirs mon cul. Fatigue, normal. Tu veux la drogue ? Non merci, pas besoin –

Mon crâne me fait déjà l'effet d'une plateforme de forage dont l'équipement usé pointerait vers l'extérieur, prise dans la canopée sphérique et tempétueuse de Jupiter ou un truc. Mes cavités oculaires, ressenties comme deux espèces de cônes de circulation invertis, deux congélos en entonnoir, creusés dans la chair d'une autre dimension – apparemment non-euclidienne – sur la paroi desquels se reflète un second ciel étoilé, sans constellation identifiée, au fond desquels une forêt sous-marine de cellules réceptrices ripaille au ralenti. Appendices négatifs, puits de lumière pour ondes déboussolées – lumière noire et boîte de Pandore : l'autoroute va dans les deux sens. Rappel mnésique en temps réel, ou modèle ultra-condensé. Rémanence extrême et superpositions. La mémoire lâche les amarres, enfonce le casque 'IMAGO' et propose librement au monde ses mutations plus vraies que nature, stimulantes, hallucinées –

Les mains deviennent des espèces de tentacules fractales, sans dessus ni dessous, sans paume ni arrière, l'index donne lieu à un joli bouquet de stylos Bic incurvés qui vivent leur passion et s'expriment où ils peuvent (et frissonnent de plaisir quand ils ont terminé une phrase, comme certains chats comblés de gratouillis), le pouce perd le nord et se dilate jusqu'à devenir un genre de brume hypersensible (imaginez : vous sentez ce qui traverse votre "doigt", les variations texturelles de son intérieur et ses températures intimes, au lieu d'en sentir le contact en surface), et dans mon abdomen, je sens quelque chose qui organise des combats et des orgies, et les jambes n'ont plus du tout leur forme d'origine...

I've imag'nd a hundred ruh' legionz. I revelled in' ey' rites, cosmog'nic storeez and thee-o-logical sea-stemz. Deel wid' em' 'err noot, ts' yur moov. Nod or nokmei' ov, c'z oy dunf' okinkeir boot' dem' kendem' nationz yo

Je bouge, je hume, je trace, je m'éclate, je transperce, je grasp, je suis ingéré. Liqueur sous forme de procédure, alcoolémie instrumentale : techniques et outils de l'ivresse productive. Parcours de la santé mentale, la grande santé, celle qui rime avec la chute des illusions et des idoles, des garde-fous. Fermente, fermente vélocément mon encéphale, pendant que tu conserves tout et couve bien d'autres gâtisseries égoïstes, généreuses et globalement riches en trauma. La voie obscure dépasse la possibilité d'un nouvel érotisme. Sade renâcle, Bataille a bien creusé, Maylee aime et aime et aime. Laisser-aller, concentration, nouba zen et mnémo-reptilienne. Devenir-amour douloureusement silurien, solitaire, sans récompense. Aimer le ténia. Le bulldozer qui rase la vieille patinoire. Embrasser le bras en moins. Le baiser (infectieux ?) de la chauve-souris. Les éruptions cutanées, les acouphènes, les brûlures : souffle, respire, ce n'est que toi. Ce n'est que toi. Facile à dire. Personne n'est obligé-e d'essayer, évidemment –

Accroupi-e. Je halète, en sueur. Je brûle et je caille. Humus et pause, normal. Bientôt exit la ziq. C'est le moment. Remplacée par la présence et le rite. Shape, focus & discipline. Le silence et la sensation insupportée. Mais pas encore. Vagues scélérates et dernières salves d'abordage électro. La musique a servi son office. La musique est un vêtement à manger, un bain-repas, une labiale concassée par seconde, qui se tortulle et s'emmagasine sans se calmer, sans cesser de copuler avec les nouvelles venues, parfois des monstres, ou des éclopés, toutes les notes sont invalides et comme jetées par-dessus l'épaule, sur la roche Tarpéienne, d'où elles commencent à remonter la pente, zombesques, glaçouriantes, averse déstructurée ou lame de fond, etc. La musique, c'est un carambolage et une orgie où les générations naissent et ne meurent pas, mais participent avant de se fondre dans la fresque globuleuse à l'arrière-fond. Le final, dans un instant. Du moins, phase finale du conditionnement, de la préparation. Suis prêt-e –

Mon corps se tend : la voie obscure n'a rien de nocturne (éloigner tout badaud, si), elle s'ouvre à celleux qui savent élaguer leur-e corps et s'abandonner. La combinaison de mouvements obscènes et cannibales que je déferle sur les alentours. Le blasphème comme talisman ou videuse à l'entrée, un sigil comme plaisanterie protectrice ou plutôt sélective. La noirceur ? du jeu, de l'apparat. L'abyssal ? de l'instrument, de l'altérité radicale. Ainsi commencent mes rituels et leur signification résolument infra-religieuse, proto-religieuse, dans le ballet des possibles, entre les cuves du savoir, avec les sabres et les haches et les lances que sont les valeurs : mon imagination en acte, en cet instant, à cet endroit, et rien au-delà, si ce n'est le jeu léger de la conquête de l'univers, à savoir l'invasion perpétuelle de mon cerveau par le reste de l'univers et les conséquences que l'on sait –

Ne suis rien que l'item numéro 3 de la 9e recette. Om mani padme hum touça touça, l'équivalent martial et nietzschéen. Je "danse", médite la résistance de l'air et l'odeur de cette nuit. Ceci n'était, n'est pas la voie obscure – ceci un test, un test son et flow, un pauvre texte (et non "la chose"), un genre de vocalise pour mon Endymion, qui sera hors les mots, faussement élitiste et totalement déchaîné, fuck it, i'm down and dry but I'm so highh –
~ ... ~
La voie obscure (1), TEST TEST FLOW
mai 2017, repris sept 2017

(Ben quoi ? Je cesse d'écrire comme si le hip-hop n'existait pas, et qu'il ne pouvait pas être cérébral)

8 sept. 2017

[Poéjet] Véloce 0 (prologue)


Berlin West Stadt, 1986. She born. Loving mother, loving child. Soon for everyone to realize: she fast, she precocious! Deutsche first years. After the fall, they moved to South Carolina, then North California.

Then teenage years: shell-shocked, solitude cold as hell; school sucks, except biology. Body: already non-standard, and evolving. Attitude: wary ferret. She goes rogue. Oscillates. She a flash, yet a fish in a barrel. She devilishly intelligent and charismatic. Yet friends, not much. A few important ones, all ages from. Those not terrified by her demanding mind, her speedish demeanor. The unfettered. Friends at last: a chosen arsenal.

I know. To be fair, her mother was not anybody either.


Twenties. Unwanted pregnancy. Unspoken questions, existing through the failures and eruptions of the body. No words exist for these sensations. Things forcibly and silently kept in the vagueness of what people would prefer to ignore and forget. Even more difficult after the end, after the abortion. That's not a rule, for sure: "it's just my life", she'd say with a smirk.


And yet, adulthood got a little better. Mother was a blast, she set the way; a woman like there’s no other – or is there? I don’t really care.

Anyway. This is not about her story. Her story belongs to herself, and the number of contracts that she has signed to sell this narrative is exactly: none (yet). This is about her frequency, her shape, her turbulence. This is an extract of what happens to people in her vicinity – written to her, or about. This is what her freedom sounds like, a song of her Vee-low-city.

Oh, and yeah, I forgot: it’s NSFW and it’s in French, because she fucking digs (putting) the tongue

Véloce 0
Jun / Sept 2017

PS: Fuck you. I survived and I thrived and I'm hurt

[Poéjet] Véloce 1 (hymne votif)


Pétasse féroce, molosse vorace
Au lit elle mord
Prédator lasse, ta banale carcasse
Délaisse pour forer
Les fentes d’autres fées
Pétasse féroce, molosse vorace
Au lit elle mord
T'en veux encore ?
Raptor de luxe, première de classe
Au fond elle dort
Pendant que ses doigts ronces
Dont les visibles veines
Et le duvet
Zébré te coincent et te dé- je disais
Pendant que ses doigts minces
Mettent fin
A l’exercice de diagonalisation
Des matrices oh
Son encéphale éponge, compulsif
Tout ce qui
Mouille- bouge
Encéphale, collige et colombine
Insaisissablement tisse
Des songes badass et omnivores
Qui te dé-
Mangent à vif
‘Tainnn !
Minotaure acrobate, elle te
Dégotera la sortie
Carnage aux terrasses de Cnossos
Gorgone subite, gladiatrice
Thrace, te décoche
Un sourire carnassier, elle
Te ken pire qu’un
Pitfight Spartiate
Parkour de chasse, peintures de guerre
Son treillis fonce
Entre les pins et le granit
Harasse
Les frontières de ta face- ton fort
Tirailleur fugitif
D’un trait déter vénèr- léger
Superfluide, elle
Enjambe enfonce- les lignes ennemies
Tkt, elles aiment ça-
Sans qu’elles s’en rendent compte elle
Déploie
8 Térabits de RAM et toi tu rames-
Infiltre, no litige
Diversion transversale, direction l’arsenal
Grande prêtresse en body et
Résille (oui je sais)
Ni sous coke ni amphés
Dégouline de la pyramide
Et l’huile son corps
Inversement dévale
Passiflore dans ta gueule
Ou lightspeed mandala
Dans le creux- le silo, elle
Si près, y sent
L’odeur de la cypr-
La nitro nan, jamais trop- glycérine
Secoue
Ça va roussir
Première détonation de plaisir-
Panne du circuit de refroidissement
Le réacteur s’emballe
Plus assez de lube- liquide froid
Alors elle taille
La tige- la zone
Elle casse
Ton sli- joli décor
Instantanément
Etc. etc.
Véloce 1
Jun / Sept 2017

[Poéjet] Véloce 2 (de l'amante à l'amie)


Taille – Sécatrice ! – taille
Lâche-toi, Vicelame, hache
Lisse et entame
Entrebâille
Le treillis lâche, casse qui lâche, et y lâche
Tes meutes lierres-de-feu

Lentes, végétales, carnassières, les
Meutes de leurs maîtres, ces fous ces faux dieux
Toutes ralliées à ta cause, grappes
De lamies et nâgas, filles et sœurs, minuscules
Toutes gagnées
À ta coupe, à tes nattes, à
Tes menottes indétectables et ton minois d’orage

Lape – Tératrope ! – lape
Agrippe, retrousse, perfore, dépèce
Démet, détraque, extrait, suçote
La moelle qui bave sur tes sapes
Disregard et déchiquète
Les promesses faites

Cet émincé de trahison – ramasses-en
Les lamelles, ratisse et carbicolle, beau bec fendu
Collige-toi, industrielle
Un rutilant squelette en fibre de carbone
Tu composites, concoctes ces alliances
Ô combien contre-naturelles
Ventrue meneuse aux doigts de fée

Beau ratage – operculée, réticulatte
Oui, toi tu –
D’instant et de chantier
Véloce terrienne au dos musclé –
Kiffes ta race
Et moissonne – anti-limace, lionne
Épilepticale –
Ton dû – à la
Verticale

Et cætera.
 Véloce 2
Jun / Sept 2017
PS: Love. Differently.

[Poéjet] Véloce 3 (dérivage)


Affalée sur la chaireee
Stèle de bois couchée, polie, laquée
Sur laquelle, par deux fois – oh que non –
Elle n’appartient pas (pas)
Son image, on dirait
Clignote/e/e/e/e/
Si vite//////
Peut-être est-elle partie déjà, et ça
C'est simplement
La rémanence de son cul

Que fait-elle ? mon dieu :o ! :o !
Léchouille ces ongles vernis ??- non pas
Les siens – des
Plaques molles, rosâtres et laiteuses
Carapuce de gambas ??-
De petits prépuces à l'agneau ??-
Des caroncules au potiron ??-
Avec ses pattes dentées manipule
Ou sont-ce des mandibules ??-
Auquel cas elle mâchouille
Ces denrées ambiguës
Avec tous ces mutagènes\ènx\èys
Tous ces changements de règne
Toute cette pagaille de cliquetis|kti|kti
On ne sait plus
Où elle se trouve, quand elle a su

¯\_(ツ)_/¯
Véloce 3
Jun / Sept 2017

PS: Identity may feel good, but it won't save you

[Poéjet] Véloce 4 (mot de la fin)


(Tous tes orgasmes comprimés
sur ses Polaroïd – Mais attends
comment ça ? Je croyais que-
– Ouais, elle est hyper rapide)
Disons qu’elle n’est
Pas lente, sans que la fin jamais
Ne soit précoce
Disons qu’elle est véloce, mais
Toujours prend
Son pied- son temps.

Véloce 4 (mot de la fin)
Jun / Sept 2017

26 août 2016

[DCQLI] De ce qui l'imbibe, ce qu'elle trafique (5)


# 5
Obsessed par cette idée : un cocktail dément, unique au monde, qui s'évapore à mesure qu'il est fait, juste prêt à être signé. Cerveau-artiste et cerveau-art, "il" insiste : il tient à sa couronne, et donc moi à la mienne.

En même temps, c'est l'œuvre d'art contemporain ultime – ici : l'artiste ≈ l’œuvre d'art, le style = le geste en temps réel, le message = le process, le process = l'archive enregistrée, le remix de la trace ≈ le milieu réfléchi, où l'objet d'art se nourrit et s'affecte lui-même, où l'authentique = le système plastique de dérivations infinies, où les réseaux d'un regard se branchent au grand réseau des regards et le transforment en retour, etc. Am post-modern as fuck, TMTC ! Fnord.
"There is a link between landscapes and ecosystems. Uncovering this link could help to understand certain specific ecological processes and further holistic understanding of a given world. But first, let us clarify our heuristic definition of 'ecosystems' and 'landscapes'."
— Wendy Thorzein, "Introducing phenomenological concepts and models in Landscape Ecology", Landscape Ecology Monthly (jan 2019)
Ultime dérivation, parce qu'elle contient toutes les perfections et les imperfections de l'artiste, parce qu'elle n'est rien d'autre que cela, tout en dissolvant la limite absolue entre artiste et matériau, entre réel et interprétation, entre monde intérieur et extérieur. Le cortex reformule, distend ou extrapole ce qu'il reçoit, tout en faisant partie des choses, étant une chose. L'imaginaire descend du monde et y retourne.

Ultime parce qu'il n'y a pas un seul instant pendant lequel je ne la travaille pas, parce qu'il n'y a pas un seul instant où elle ne se nourrit pas, parce qu'il s'y trouve quasiment tout ce que je suis, les échecs importants, les idées laissées en suspens, les réussites oubliées, les chefs d'œuvres imaginés ou visualisés en un clin d'œil (traces), les variations de chaque énervement et chaque orgasme, les détails anesthésiés de chaque souvenir...

Tout reste là, tout ce qui compte, crypté dedans, sous une forme ou sous une autre, abstraction faite de toute neuro-dégénérescence pathologique : l’œuvre contient non seulement ma vie entière, mais le monde entier selon moi, sans aucun reste ni extérieur. Production et produit. Quelles machines culturelles ont forgé ma sexualité artistique ? Quelles usines naturelles ont remixé la soupe ? Quelles strates auront filtré ce que – quelles ouvrières ? – ont pré-mâché, re-digéré ce que – kssk skksa ? – j'ingère aujourd'hui ?
"Ecosystems are characterised by the interactions between a biotope and its biocenosis. Biotopes are made of abiotic entities and cycles (on Earth, this ususally includes an atmosphere, a hydrosphere, a lithosphere and/or composite spheres like the pedosphere and their interactions). Biocenoses are composed of biotic entities and cycles (on Earth, this usually includes flora, fauna, fungi, bacteria, protists and their respective interactions)."
— Wendy Thorzein, "Introducing...", Landscape Ecology Monthly (jan 2019)
Mon cerveau en deux phases, comme œuvre essentiellement sociale, médiatique, écologique : plus collaborative tu meurs. La perspective est renversée, car le cerveau n'est rien sans les interactions génétiques, sociales et environnementales, et mon oeuvre n'aura fait qu'offrir ses fibres et ses pâtes à ce qui l'entoura, de près et de loin. Collaboration et hostilité. L'œuvre d'art contemporaine intègre le rejet, la réaction hostile et la provocation dans ses projets, voire l'auto-destruction par public interposé : expérimentation stimulante et succès expressif !

Après l'omni-présence de Sophÿe dans les tissus et les sillons et les tubulations palpitantes de son cortex, voici la foule infinie, humaine et non-humaine et au-delà, en-deçà, sur les côtés, sans haut ni bas, fongique, minéral, arachnide, dont Sophÿe n'est que l'hybride INFLAMMABLEUE !
"Of course, such a separation between biotope and biocenosis is artificial and abstract: the major cycles of any given ecosystem include complex interactions between biotic and abiotic entities, conscious or unconscious regulations and exchanges, including bilateral transfers of energy and recompositions, at all scales. This applies as much to seemingly highly anthropized ecosystems than to ecosystems seemingly cut from anthropic interactions."
— Wendy Thorzein, "Introducing...", Landscape Ecology Monthly (jan 2019)


« De ce qui l'imbibe, ce qu'elle trafique » (5), à suivre
texte by SK aka Ackb aka GS / L pic by Sachin Teng

20 août 2016

[DCQLI] De ce qui l'imbibe, ce qu'elle trafique (4)


# 4
Une performance unique, une fois pour toute, et l'objet pour durer, au moins dans du formol. Objet > Sujet. Physique > Mental. Sculpté > Vécu. Mon cerveau, producteur et produit, en deux phases et selon deux dimensions. Right now, se paye une projection mentale privée de la partie actuelle de son œuvre maîtresse, versant esprit, dans laquelle il précise justement les modalités de son auto-baptême de salon. Sauf que la pellicule flambe à mesure que l'image change.

Ha, hé. Minute butterfly. La performance, sskssé ma conscience à l'instant T – un genre de coupe sensitive dans la coulée mentale qui ne cesse de changer –, œuvre éphémère, évanescente, ou sskssé une abstraction, à savoir l'ensemble de mes vécus – le flux entier avec toutes les interférences et parenthèses –, y compris les souvenirs que je ne peux plus rappeler ? Comment affirmer sa valeur spécifique, si rien n'en reste ? Mmm.
"A cultured neuronal network is a cell culture of neurons that is used as a model to study the central nervous system, especially the brain. Often, cultured neuronal networks are connected to an input/output device such as a multi-electrode array (MEA), thus allowing two-way communication between the researcher and the network."
— 'Cultured Neuronal Network', Wikipedia (feb 2016)
D'où mon problème majeur : "tout le monde", à sa manière, connaît le phénomène conscience. Alors quoi ? Si spécial, mon évènement ? Ou éminemment banal ? Qu'est-ce que la mienne de performance a de sensationnel ? Et même si c'était le cas (OUI, OUI, J'AI COMPRIS RESSENTI DES TRUCS T'IMAGINES MÊME PAS), comment le prouver ? Et à quelle fin ? On ne peut ni la visionner en live ni la revivre... Si c'est one shot et total privé, c'est glamour mais ça craint : inaccessible et prétentieux. Si c'est l'abstraction du vécu, des flux interrompus, c'est très concept, mais R.A.S, on nage en plein bateau, en pleine illusion d'identité trans-temporelle. Mayday mayday, oskour Major Dilemme.

Cette performance est-elle vraiment totalement illisible du dehors ? Et aussi, sskilé vrmnt impossible à rembobiner, ce film en 27D ? Et impossible à reproduire ? Ha, rien n'est moins sûr : émulation des patterns corticaux, ou partage via chirurgie invasive, pose d'électrodes, ou par un gimmick de réalité virtuelle, Go-Pro synesthésique ? Seul hic : je n'enregistre pas, là, mon flux sensoriel total (si même on le pouvait, le flux mental-émotionnel reste beaucoup trop chaud à émuler). C'est pas au point et quand ça le sera, tout ce qui sera venu avant aura été perdu.

Si l'on ne peut par encore me lire en temps réel, participer à la première personne, est-ce que je devrais dire que d'autres cerveaux participent, qui me perçoivent et répondent, par expression et par affects ? Est-ce que ma performance inclut ce qu'en perçoivent les autres – au moins de proche, quasiment similaire, avec les décalages, tous les effets de parallaxe ? Cerveaux s'imitent. Potentiellement les mêmes, ou accordés. Elle s'étendrait alors au-delà de l'absence de conscience liée à l’œuvre d'art résiduelle, à mon cerveau-sculpture... Revis un peu ma vie, apprends à me connaître ?
"A crucial difference may be drawn between learning and plasticity. If 'learning' is 'the acquisition of novel behavior through experience', learning necessitates an entity to interact with its environment – something that cultured neurons are virtually incapable of without sensory systems. 'Plasticity', on the other hand, is simply 'the reshaping of an existing network by changing connections between neurons' [...]. But these two phenomenons are not mutually exclusive. On the contrary: plasticity happens during interactions, and in return, plasticity is necessary for learning to take place."
— 'Cultured Neuronal Network', Wikipedia (feb 2016)

D'autres problèmes. En vracascade : mon "œuvre-d'art cerveau", comment la circonscrire dans l'espace et le temps ? Où s'arrête le cerveau, et où commence le reste du corps ? Et qu'est-ce que l'un sans l'autre ? Et où s'arrête mon corps-cerveau, et où commence l'interaction avec le reste ? Où s'arrête la composition minérale, et où commence l'assimilation digestive ? Suis-je un corps cérébré ou un cerveau expansé ? L'ordinateur central dans son robot, ou le larbin de l'organisme et de la meute qui exécute la partition, même s'il se croit malin ?

Quand déclare-t-on que le show est terminé, que la conscience n'émerge plus, ou qu'elle est départie de ses atours les plus reconnaissables ? Quand passe-t-on de la performance à l'œuvre-produit ? Faudra-t-il que j'attende ma mort pour vendre la chose et toucher le cachet ? Mon cerveau dans une jarre de liquide nutritif et vendue aux enchères, 9 millions à NYC, musée ou collection privée ? Puis reprise et manipulée à son tour, électrochocs, l'expérience vivante reprendrait cours ?

Au pire, la solution universelle : c'est que l'idée qui compte. J'ai rien fait, mais j'y ai pensé. Conceptual token. Je sacralise l'ordinaire, j'en extrais un symbole vivant, une ode mortelle à la machine cachée qui n'est rien d'autre que son propre développement, et un appel à la participation, au hack, à la contrefaçon, au partage de masse de cette idée, au-delà des controverses entre facile et génial, entre ready-made et gros facial : autant de consécrations ultimes de l'œuvre d'art aujourd'hui. Hybridation électronique de l'organe-fou, Monsieur Muscle-Cyborg, la seule œuvre d'art qui décide elle-même de se faire refaire des parties, installer des implants, whatever.
"Cultured neurons are then connected via computer to a real or simulated robotic component, creating a hybrot or animat, respectively. Researchers can then thoroughly study learning and plasticity in a realistic context, where the neuronal networks are able to interact with their environment and receive at least some artificial sensory feedback."
— 'Cultured Neuronal Network', Wikipedia (feb 2016)


« De ce qui l'imbibe, ce qu'elle trafique » (4), à suivre
texte by SK aka Ackb aka GS / C pic by Sachin Teng

[DCQLI] De ce qui l'imbibe, ce qu'elle trafique (3)


# 3
Ah, nan, c'est vrai : un dernier point technique avant l'explication du principe. La conceptrice de l’œuvre oui, je le suis, mais indirectement, ou malgré elle.

Comme ma pensée prend place à partir de mon cerveau, l'œuvre se conçoit elle-même. J'en suis la conceptrice attitrée, mais conçue par son œuvre, conception anonyme. Car la libre volonté n'existe pas. Itiz eune iloujieune. La conscience n'agit pas sur le monde. Yep: nope. Le monde inter-agit sur le monde, tissu contre tissu, et la conscience émerge au creux de certains plis, à l'occasion de certains frottements. Toute "volonté consciente" n'est rien que l'occurrence d'un sentiment d'attraction ou d'intention, qui est celui d'un corps, du corps qui sous-tend cette mémoire à l'instant T.

Je suis mon propre travail ciselé, qui est mon corps, et j'ai participé à tout mais je n'ai rien créé, "moi". Tout s'est fait, et en partie par lui-même, en jouant sur lui-même depuis l'extérieur. Allers-retours. Mais où j'étais ? Je suis là, maintenant, et la pellicule flambe. Mon œuvre d'art ! "Ma" performance ? Je ne performe pas, bien plutôt performé, percolé, perforé. L'artiste composé par son œuvre : luxe absolu de mon cerveau (comme on dirait "mon maître"). Se canonise lui-même au son des cordes vibratoires, derrière les dômes rétiniens : j'en suis la bande passante et la témoin prise à parti.
"Nagel uses the metaphor of bats to clarify the distinction between subjective and objective concepts. Bats are mammals, so they are assumed to have conscious experience. Highly evolved, bats make active use of a biological sensory apparatus that is significantly different from that of many other organisms. Bats use their very highly developed sense of echolocation to navigate and perceive objects within their environment. This method of perception is entirely different from the human sense of vision, but both sonar and vision are regarded as perceptional experiences."
- 'What is it like to be a bat (Thomas Nagel article)', Wikipedia (feb 2016)
"Je" me suis vraiment beaucoup travaillé. Tis much is clear. Ou : dans mon cas, la fonction "je" de ce corps a été ciselée. Et non, tout le monde ne cisèle pas, ne se cisèle pas, n'est pas ciselé ; tout les cerveaux n'en ont pas le loisir, c'est-à-dire les moyens (matériels, actuels, concrets). Le vrai problème, c'est de préciser les contours du trick artistique, l'expliciter pour le leaflet d'expo, avant de déposer la touche finale, appeler mon agent, et mettre en branle le marché. Nice job, brain. Tu t'es vraiment bien travaillé. Encore un tout petit petit, un tout petit, petit effort.

Moi, "Sophÿe Kalash", propose son cerveau comme œuvre d'art : pas n'importe laquelle. Comme performance, d'abord, et ensuite comme produit. Tout d'abord comme fonction, intégrative, de toute une vie d'interactions et de mouvements de la matière, de ce qui en émerge dans la conscience (dans les consciences ?) ; et puis ensuite seulement la res elle-même, comme agrégat fini, produit résiduel, ce tel cerveau dans du formol, scorie ou trace, token souvenir de la performance, un véritable artefact naturel, au sens le plus paradoxal et le plus littéral.
"As humans, we can imagine what it would be like to fly, navigate by sonar, hang upside down and eat bugs like a bat, but our powers of imagination are limited because we cannot escape our subjective perspective as we attempt to imagine 'objectively' the perspective of the bat. Nagel states that even if we were able to metamorphose gradually into bats, none of us would actually be able to experience consciousness as a bat because our brains would not have been wired as a bat's from birth; therefore, we would only be able to experience the life and behaviors of a bat, but never the mindset."
— 'What is it like to be a bat (Thomas Nagel article)', Wikipedia (feb 2016)
D'abord une œuvre-feu, entièrement immersive, à représentation unique et dont le film, le négatif, s'autodétruit au fur et à meure de la projection. Double évènement : one of a kind, et just once, only once. Ensuite, secondairement, une œuvre-sculpture, le cerveau objectif, l'organe extrait de mon métabolisme. L'objet muséifiable dont le versant intérieur, évaporé avec la vie passée, resterait l'enjeu principal : la machinerie résiduelle de la performance perdue, qui perdure le devenir-différent de cette chose après la vie, en mode décomposition ou repas ou sketuv.

Ça semble neat et clean comme ça, bien séparé, la performance et son résidu... Mais dès que je veux passer à la réalisation, tout s'étale, détale, s'entredévore, etcaeterâle.
"Such is the difference between subjective and objective points of view to Nagel. According to him, 'our own mental activity is the only unquestionable fact of our experience,' meaning that only we know what it is like to be ourselves. Objectivity, on the other hand, is based on placing one's self in an unbiased, decentered, schematic, non-subjective state of perception."
— 'What is it like to be a bat (Thomas Nagel article)', Wikipedia (feb 2016)



« De ce qui l'imbibe, ce qu'elle trafique » (3), à suivre
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[DCQLI] De ce qui l'imbibe, de ce qu'elle trafique (2)


# 2
Je suis évidemment bien + et bien autre chose. Alors c'est quoi comme matériau, un cerveau ? Quelle relation avec le corps, surtout quand tout ça change (= sans arrêt) ? N'est-il pas, ce cerveau, composé de stuff, des choses qui flottent et des concepts incarnés ? Comment le définir poétiquement ?

Un truc génial qui peut se modifier lui-même ? Du stuff qui représente et calcule du stuff extérieur, mais pas seulement, se représente aussi le stuff intérieur, aka soi-même. Si mal déterminée et surdéterminée, cette chose qui s'auto-dépeint, s'auto-régule et s'auto-chirugise avec des tentacules vers l'extérieur, la vraie mousse dans ce crâne, avec la pulpe et les morceaux, ksské, ksské ? Feedback.

Ce que j'ai mis une blinde à intégrer, c'est qu'autant "le cerveau" est affecté par "l'extérieur" et y réagit, autant le cerveau est affecté par lui-même, en tant qu'ensemble distribué de choses, affecté par sa propre activité, de la perception à la mémoire à l'imagination. C'est la dimension physiologique indépassable et nécessaire de toute pensée : ça crépite à l'intérieur du crâne et ça se remodèle.
"Astrocytes (Astro from Greek astron = star and cyte from Greek "kyttaron" = cell), also known collectively as astroglia, are characteristic star-shaped glial cells in the brain and spinal cord. The proportion of astrocytes in the brain is not well defined, but they are the most numerous glia cells. [...] [Among others], astroglia help in regulating electrical impulses, modulatig synaptic transmission, repairing the nervous system, and acts as a blood–brain barrier and a Glycogen fuel reserve buffer."
— 'Astrocyte', Wikipedia (feb 2016)
Alors qu'est-ce qu'il en coûte de la décréter œuvre d'art, cette chose bio-culturelle unique (sous l'angle du réel) et pourtant générique (sous l'angle du langage, de l'expérience partagée), çeu truc biface, multipolaire, avec des extensions de partout qu'on ne sait pas où elles s'arrêtent, et puis jamais la même chose exactement, apprentissante, malade, sélective, pollinisante, partiellement sexuée, oublieuse, addictée, etc. ?

Mon cerveau une œuvre d'art. Lui-même sa propre œuvre, en partie. Il y a une œuvre d'art et je le sais car je la suis, et je la suis car je la vis, et je la vis car je le pose, action du cerveau sur lui-même et sur ses vécus personnels (reflets partiels de la fraction nerveuse du corps). Et puis les glandes s'activent, les muscles se tendent, les cordes vibrent et l'air module : il y a maintenant une œuvre d'art pour vous aussi, je le déclare, en ma qualité d'artiste contemporain-e et reconnu-e.

Conceptrice de cette œuvre que je suis, car je peux l'être et le déclare (dans telle culture humaine, déclarer l'art suffit à poser un public, même malgré lui, et à transmuter X en art), et que je symbolise par cette partie poreuse, réflexive, aux limites vagues et câblées : ce cerveau-là. Organe labile et son système sensitif, logé dans une partie de la métabolê loquace que je suis. Partie du corps que je suis, et dont pourtant je ne suis aussi qu'une partie, ou pas même une partie, évanescente évocation et dépendante (conscience fissile, mémoire vécue, ponctuelle, nix identitaire, nix essence trans-temporelle, récit perso fait de largages en cascade, etc.).

Sans plus attendre : le projet !
"Astrocytes are linked by gap junctions, creating an electrically coupled (functional) syncytium. Because of this ability of astrocytes to communicate with their neighbors, changes in the activity of one astrocyte can have repercussions on the activities of others that are quite distant from the original astrocyte."
— 'Astrocyte', Wikipedia (feb 2016)



« De ce qui l'imbibe, de ce qu'elle trafique » (2), à suivre
texte by SK aka Ackb aka GS / R pic by Sachin Teng