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7 déc. 2017

[Poé] Mon empire

.
Mon empire est un sol qui cède et s'éparpille en pétales sous tes pieds
 

Chatouille plantaire et tu passes au travers
 

Je te donne tout ce que je possède : l'appui momentané d'un vide multicolore

'Mon empire', 7 déc 2017

3 juil. 2017

[Poélovée] Blades down


Down with the current, Jay
Blades down, love high and ice-
Cream up to my elbows

 

3 juillet 2017


   
picture: Françoise Huguier

18 août 2016

[Poélovée] Belle absente (temps limité)


– Avis d’averse énigmatique sur parcelle de maïs – drones ? débris ? météorite ?
– Non – vaisseau spatial crash imminent – phallus volant coït fatal
– Nuage d’épices – premier contact – une créature humanoïde s’extrait du cargo éventré
– Qui analyse la surface – astre païen : aucune balise, des plantes jaunes, dix grandes hélices
– Hulotte céleste – un cyborg échoué – sans halo sans féal, cette prêtresse
– Tient de la panthère-droïde – étrange vizir, caïman-koala – férale, hybride – lâche
– Un son aigu – Hélios fond – puis disparaît soudain dans l’maïs calciné

http://oulipo.net/fr/contraintes/belle-absente / avec les accents pris en compte

Belle absente
/ belle absente, août 2016

2 mars 2014

[Poélovée] Amoureux et l'heure de silence


Roches plates enfoncées dans la Terre.

Tout couple arraché à la guerre des clans
Trouvera son refuge dans le vêtement lunaire
Des pins

Dune indigo pâle – comme le pli d’une épaule.

Tout couple harassé entrevoit une tendresse
Infinie
Dans le pas de côté : laisse courir la monture
Et le monde, pour
Te fondre avec moi en tatouage de pierre

Enluminure de glyphes et de lierre – couple tenté
Par l’heure
De silence – une profonde éclaircie de sommeil

Alors

Adossent leur tronc l'un à l'autre, apposent
Le bonheur – "shhh..."
Comme un doigt contre la hampe
De la lance
                                Commune

Abritant leur beauté à même le sol – leur or fragile, roux
Entre une cape de mille ans et l'épais tapis d’épines
Dans
La douceur sublime
Du
Crépuscule protecteur à cette heure

Un murmure se répand
Dans les veines : « Abandonne… la bataille… »

Lovés dans la baie d'une jeunesse morte
Les frôle un sommeil éternel

Qui passe pour de l’amour

La chienne soudain lui mordille l’oreille
La corneille se tient coi, vigilante mais inquiète
Le
Don des mots
Renouvelé

Ils se lèvent vite et s’adressent un regard singulier
Tel une
Bannière neuve et solide

Sans prononcer la question à laquelle ils répondent


 Amoureux et l'heure de silence, Janvier 2014.



 Img: The Banner Saga (Stoic)

24 mars 2013

[Lovée] Un tout petit vortex


Je me réveille avec un câble autour des reins, des plis de couette sur le thorax et avant-bras... Un drôle d'éther m'imbibe le crâne, un résidu de rêve jaloux

A la limite, prenant ma douche, me dis-je, en regardant le petit tourbillon avaler l'eau - la mousse épaisse - trouver de qui je tiens ce rêve, de quelle boîte noire ? Suis sur le point de me rappeler... de la rappeler

Je m'efforce de revoir son visage pour l'identifier, mais ses traits se dérobent, comme il arrive parfois au souvenir d'un être aimé : il s'échappe, le visage, se distend, c'est à peine avouable

Une seule issue, les réseaux clandestins, illégaux raccourcis pour pêcher le souvenir : sauvegardes et photos, particules de parfum emprisonnées dans un tissu... Chaque parfum agit comme un shoot pur de substance-mémoire, un portail de souvenir sans parvis, sous-marin. Bingo, j'te tiens : vapeur d'alcool de blé, labdanum, tabac profond, précis... J'ai sa taille, c'est ça, cheveux bruns, yeux gris, ses mains, tâches de rousseur furtives, mine rusée, fringues usées... J'ai tous ces éléments dans l'effet white-spirit qu'ils me font encore, in-tact - ses mains ! mais de qui ? - j'ai l'effet, les données, mais pas tout, manque la vie, le mouvement, je n'ai rien : il manque elle, son expression singulière, le charme de sa présence, l'énergie de sa voix

Mon rayon de mémoire a beau fixer l'image, elle se barre dans le flou, l'essentiel se dissout ; ses cheveux ultra-courts, violents, arrachent mon regard à la quête du sien, ça n'aide pas

Tu es celle qui habite la surface de mes rêves - concentre-toi, retrouve-la, où ? quand ? Rappelle, exhume, déballe, Rome-Termini, sortant du train ? Ou Flughafen Berlin-Tegel mille ans plus tard ?... Buenos Aires 2015 ? Dans son studio, danses et danses, aquarium crade et poisson-chat, je vois du matos d'impression, des matelas renversés

Mais ton visage rayonne d'absence - cette fille, ses voies d'éclair, ses rayons vrais, mon multiplicateur d'écriture - tes petites tornades - ses potes, rarement, pacte à deux immédiat... donc faux - je revis ton corps de rire, dans notre ville (où ??) ! - et l'amitié lisible à tous, dans toute la rue... France ?...

Un tout petit vortex me fond tes traits, un tout petit vortex se fout de moi, à moins que toi, toi, tes rayons d'ombre m'éblouissent la mémoire ?
Qui es-tu ?? Qui es-tu, **tain QUI. ES. TU.

A ces mots une voix d'outre-monde me perçai le tympan : "Toi ici ?! Que me veux-tu ...?"

quoi ?

"Tu es venu ici pour m'insulter ?
Pour saler ma misère de ton pardon ?..."


je me retourne

"Tu oses en rire au-delà d'une vie entière, et de la tienne aussi ?! Tu ramènerais jusqu'ici tes sales désirs - soit
l'ennui à nouveau croise les barres de ton lit ?!"

choqué, je ne peux rien articuler

"Tu ne dis rien... mon amour ? Peut-être est-ce encore pire que prévu, peut-être
Qu'un oubli tranquille couvre vraiment la carcasse de mon être... et mon nom ? Mon pauvre, décide-toi une fois pour toutes."


sans que je sache comment, pourquoi, mon cœur se tord sous les coups d'une vérité insupportable

je me sens vieille éponge sale ou tacticien stérile... j'élabore vite fait : "D'accord, tu te souviens... Moi pas. Tu m'es encore supérieure, c'est-à-dire vulnérable... en bien"

"Non. Tais-toi, s'il te plaît."

Un tout petit vortex te protégeait de moi




Un tout petit vortex   2013      

1 oct. 2012

[Poélovée] Reddition (extrait)


Je te donne en caresse les dix lettres uniques
De mon alphabet digital

À la tienne, j'offre ma plaine caudale
Où se dresse mon échine
Comme une chaîne volcanique

Sur elle assure ton emprise et d'autres places fortes
Sont là – portes entrouvertes

Sous forme de main, je parcours une forêt de
Lianes fines

Mon désir dévisage le tien
Incarnés tous deux en gerçures... enfin

[...]
sept 2012

28 janv. 2012

[Poélovée] Tout prêt

.
Je suis l’amour non bouclier
Tout moribond
Tout prêt à se battre

À conquérir
Sur la masse inhumaine qui
Jamais ne quitte mon destin

Conquérir la promesse
A croire, si la main est serrée
Tout prêt à lever la herse

L'espoir laissera tomber
Sa vieille tunique de souvenir
Le signe de vie suffira

Moi l’amour garde-fou
Que l’on enjambe facilement
Et l’on ne fait que ça

Tout prêt à la parole
Et
Tout prêt à se taire

Sûr du filin lancé
Harpon tenu à deux mains
Pour se hisser là-haut

Je ne suis pas l'amant
Vermoulu
Plus seulement !

De sang-mêlé, d'initiative
Adouber le bâtard amoureux
À genoux

Je suis l’amour non bouclier
L’aveu connaît les aspics
Dans le panier

L’amour non-bouclier
Survit à la morsure
Prêt à bondir

Tout prêt au pire, prêt
Au sacrifice choisi
Tout prêt à tout
                                                                     réécrire ?
Moi l’épée immobile



7 nov. 2011

[Poélovée] Tout est beau


Des glaciations discrètes caressent mes joues
Tu soulèves un sourcil – regard en biais
Avec l’hiver comme témoin
Il n’y a plus rien à retenir

Et chaque assaut du vent qui glace nos visages et nos mains
Réchauffe nos cœurs qui se lient
Tout est beau
Plongés dans l’univers comme deux nageurs
Sans rien dire à haute voix du sauvetage
Entendu

Ton rire va chercher le mien
Et le trouve si facilement !

Les teintes bleues de la neige qui s’adonne à la nuit
Et fluctue en feu follets
À présent yeux dans les yeux
Les mots sont sortis prendre l’air, ils reviendront en leur temps

Calmement l’instant s’éternise
Tout est givré, tout est ravi – à soi-même
Nous les premiers, dans cette joie qui guide nos deux visages

Je commence à peine à y croire
Ces continents aux intonations inconnues
Tout m’y étonne et j’avance prudemment et pourtant
Ton accueil est si sûr
Comme un retour

Dans cette veste qui me serre, ces chaussures, cet amour
Bien plus à nu que sous les draps
Tu me destines et je me perds
Dans la rue, le souvenir, ici
Plus rien à retenir
Le désir ne nous attire plus, il est là
Il vibre

Nos bras, nos mains, nos tailles, nos cous murmurent deux à deux
Laissons-les seuls
Ils apprennent à se reconnaître
A revenir l’un vers l’autre

Et tes épaules qui n’en finissent pas de reposer sur les miennes
Comment cela se peut-il ?
Ma première fois et la tienne sont des retrouvailles

Nous n’attendions même plus, jamais attendu cela
Tu crées une attente nouvelle que tu remplis aussitôt
Blottie soudain en moi, elle ouvre ses yeux au premier jour
Ta promesse dévoile des vallées et des lacs

Viens délimiter mon corps, traces-en les contours
Dans une étreinte
Derrière la vitre
Les forêts de l’amour défilent à deux cent kilomètres à l’heure

Et je sais pour toujours, du moment que je vis
Tu es le lieu où je dois être
Et ça y est
J’y réside
En toi
J’y suis
Où que je sois 











2011
sur A Real Hero




14 sept. 2011

[Lovée] Comme une panthère


Portrait suivant un fantasme

Elle n’a pas de prénom, seulement un hymne qu’elle chantonne parfois le soir, quand tout est calme et qu’elle a oublié que vous êtes là, à l’orée d’une forêt en feu (
pourquoi pas)

Elle est un monde à elle seule, paumée dans l'univers – sans que les liens soient clairs, elle vit à l’intérieur d’un ensemble qui ne la regarde pas, comme le Red Hook d'avant dans New York, comme les rêves dans nos sommeils sans mémoire

Elle trace, elle court, elle bouge sans jamais voyager, sans visiter ni s'enfuir, sans retenir, elle trace juste

Elle s'habille avec des bouts d'anorak ou de bâche, des filins tendus, des toisons, des parkas légères et compactées – canon : une espèce de tenue serrée qu'elle a tissé soi-même avec une aiguille en arête de silure. J'ai aperçu l'aiguille un jour d'orage

Elle court, elle blast

Elle garde un petit pot de maquillage plein de poussière rouge – vous savez, celle qu'on trouve à la surface de Mars. Elle en applique autour de ses yeux – ah oui, ça me revient : elle a récupéré ça dans un laboratoire d'analyses de la NASA

Elle n'a pas la chienne de vie – elle a ses trajets rituels, de villes, de campagnes et de steppes, mais elle ne vit pas de contrats et de projets. Elle s'éclipse dans les plages seules, les étangs et les dunes, dans les landes et les parkings, elle mange des trucs qu'elle pioche dans les meilleurs restos ou qu'elle pêche au harpon. Parfois, dans le lagon derrière chez moi

Elle me sème et je mets des années, ou des dizaines d'années, avant de la retrouver

Quand je la croise enfin, je me bats pour ne pas lui adresser la parole, pour ne pas mettre fin au délire érotique. Je crois qu'elle joue le jeu, mais honnêtement ce n'est pas sûr. Évidemment (pour suivre le schéma), je me suis déjà battu avec elle. Elle a un vieux six-coups et son regard, moi j'ai l'envie de ne pas lui déplaire

Elle se battra comme un félin de taille moyenne et féroce, comme une panthère. Ses baisers laissent des ecchymoses, ses caresses des brûlures

Un jour, je l'oublierai




4 nov. 2010

[Poélovéekwot] Amorosa anticipación (Borges)

 .
« Ni la intimidad de tu frente clara como una fiesta

ni la costumbre de tu cuerpo, aún misterioso y tácito y de niña,
ni la sucesión de tu vida asumiendo palabras o silencios
serán favor tan misterioso
como mirar tu sueño implicado
en la vigilia de mis brazos.
Virgen milagrosamente otra vez por la virtud absolutoria del sueño,
quieta y resplandeciente como una dicha que la memoria elige,
me darás esa orilla de tu vida que tú misma no tienes.
Arrojado a quietud,
divisaré esa playa última de tu ser
y te veré por vez primera, quizá
como Dios ha de verte,
desbaratada la ficción del Tiempo,
sin el amor, sin mí »
« Ni l’intimité de ton front clair comme une fête
ni la privauté de ton corps, encore mystérieux et muet, encore d’enfant,
ni tes paroles ou tes silences, étapes au chemin de ta vie,
ne me seront aussi mystérieuse faveur
que de regarder ton sommeil impliqué
dans la veille de mes bras.
Miraculeusement vierge à nouveau par la vertu absolutoire du sommeil,
paisible et resplendissante comme un bonheur que choisit la mémoire,
tu me donneras cette frange de ta vie que tu n’atteins pas toi-même.
Précipité en quiétude
j’apercevrai cette dernière plage de ton être
et je te verrai peut-être pour la première fois
comme Dieu doit te voir,
une fois la fiction du temps mise en déroute,
sans l’amour, sans moi »
" Neither the intimacy of your brow fair as a feast day,
nor the favor of your body, still mysterious, reserved, and childlike,
nor what comes to me of your life, settling in words or silence,
will be so mysterious a gift
as the sight of your sleep, enfolded
in the vigil of my arms.
Virgin again, miraculously, by the absolving power of sleep,
quiet and luminous like some happy thing recovered by memory,
you will give me that shore of your life that you yourself do not own.
Cast up into silence
I shall discern that ultimate beach of your being
and see you for the first time, perhaps,
as God must see you —
the fiction of Time destroyed,
free from love, from me "
  Nestor Ibarra pour la traduction française
Robert Fitzgerald for the English translation
Jorge Luis Borges, Amorosa anticipación 
in Luna de Frente, 1925

28 juin 2009

[Kogilovée] Pas une chose que l'amour


L’amour ne se tire pas à soi comme une couverture, ne se tire pas comme une conclusion, ni derrière soi comme un bilan ou un échec. L’amour n’est pas un fait. Il se profile et naît d’un aveu croisé, parfois gênant et raté, parfois douloureux et difficile. Mais pas toujours.

On ne tire pas sur l'amour comme sur une clope ou sur un ennemi, c'est pas possible, on devrait l'avoir sous la main et l'amour n'est jamais sous la main. L'amour est un versant vertigineux et banal. Même s'il est sûr, connu, éprouvé, l'amour n'est pas maniable ou évident. C'est la connaissance de l'autre, c'est la gestion de cette connaissance, c'est la maîtrise de soi, et l'immaîtrise de soi et de cette connaissance. Comment éviter d'endormir l'amour ? D'aimer un rêve, ou de feindre ?

Pas une chose que l'amour, pas un fait. Entre l'aveu qui prend les devants et l'attente de la preuve, entre inconditionnel et attraits conditionnés, exigence et acceptation, tendresse et correction, repos, chaos, fun et sérieux, des comptes et du don, des habitudes et de l'initiative, des techniques et des jeux, etc. Pas toujours question d'équilibre, mais aussi de compromis. Pas toujours fonction de la proximité, mais aussi de la distance. Pas toujours difficile à cause des disputes ou des regrets, mais avec le bonheur et la réussite.

Contrairement à une idée répandue (je crois), l’amour s’invite, ne s’impose pas, n’envahit rien, mais se fabrique en partie. Il rejoint et protège et allie celles-ceux qui n’ont que faire de son nom, ceux-celles qui ne s'arrêtent pas à lui. Insérer ici quelque chose sur les failles, la vulnérabilité, le soutien, le pardon, le style, la curiosité, les petits riens et l'alcool.

C'est aussi le reste, I guess.



9 déc. 2008

[Lovée] Lava et Christal


C - Lava, tu es belle. Dès le premier regard, tu as traversé une de mes parois sans la briser
L - Oui… Je sais…
C - Tu n’es jamais sortie de ce labyrinthe, et depuis cet instant tu me brilles du dedans. J’en suis le prisonnier, en moi, dans ces reflets. Tu aimes ça ou quoi ? Tu comptes me libérer un jour ?
L - Mais oui, avec plaisir, mon ami – je te serai dévouée mais… comment ta peau est-elle si dure… Comment…
C - Lava ?
L - Oui, pardon – où suis-je ? que veux-tu que je dise ? …
C - J’essayais juste de rendre le moment solennel, toi-même tu me disais...
L - Oh ! C’est parfait !
 
(Un temps. Gêne de quelque chose qui passe entre deux êtres qui se connaissent)

C - ... Lava, tu m’embrases à distance et tu nous le refuses en entier !
L - ... Tu sais bien que j’ai peur de l’hétéro-épitaxie, celle de ma sœur ne s'est pas bien passée, et…
C - Oui, j'en suis conscient. Laisse-moi te dire que ma concrétion est pure. En plus, nous nous protégerons, nous le ferons sous atmosphère neutre, argon ou azote, je te le promets.
L - Bon. Christal. Je te crois. Je l’accepte… Mais...
C - C'était un simple prétexte. Je l'ai senti, Lava, je ne t'en veux pas. Dis-moi simplement... 
L - Bon... C'est à propos de l'élément divin, que tu saches tes promesses et tes faiblesses devant elles. Que tu ne sois pas seul. Christal, tu resplendis et j'ai peur de ne pas être la seule, de ne plus être la seule avant même de commencer. Je sais que c'est absurde, et j'aimerais te dire que j'ai confiance en toi... mais pas en toi seulement.
C - ... Je... Je le sais. C'est difficile pour moi. Je m'appuie aussi sur une roche plus solide, plus entière et plus brûlante qu'aucune de mes faces, mais elle est tellurique. Comme tu le sais, je n'ai pas ta passion pour l'énergie thermique absolue, abstraite, ni ton espoir final de fusion... solaire ? Je ne sais pas. Mais je prends toute blessure au sérieux. Et depuis toi, depuis nous, je parle de ces blessures, je les reflète. Je les accepte. Mes efforts, à ma façon, se sont construits sur la conscience de mon insuffisance.
L - Tu es vrai. Tant que tu vis, parle-moi.
C - C'est promis, par l'élément qui m'excède et m'informe. ... Me libères-tu ?
L - Tu me demandes toujours des actes, des signes, des preuves – j’exauce ton vœu : je t’aime !.. Je t'aime si fort...
C -  J'aimerais pouvoir...
L - JE T'AIME !
C - J'apprends à le savoir ! De plus en plus ! Lava, je n'en peux plus, ne soyons retenus par rien.
L - Alors approche, délie-nous un peu plus, vers l'union éternelle. Approche sans regret !
C - Je ne peux !
L - ...?
C - Je suis immobile par nature...
L - Ah, oui, excuse-moi. Bon, j'arrive dans un petit moment, je quitte ma chambre inférieure.
C - ...

L - Désolée. Je suis plutôt visqueuse depuis que je ne vis plus chez Magma. Encore un peu...
le temps de recouvrir cette paroi.
C - Plus vite ! Par pitié.
L - ... Christal... Je ne peux te mentir : tu souffriras dans l’union de nos corps.
C - … Je… Je te serai solide comme du verre qui se brise. Alors fais-moi fondre à ta chaleur, ne te contente plus de me faire chauffer comme ça – vitrifie-moi, rend-moi souple comme toi et docile à ta voix pour changer. VITE.
L - Attache-toi solidement car je ne peux te retenir, tu le sais, je te promets de ralentir ta chute comme l’eau d’un lac ardent, te sertir dans ma brèche, ma veine, mais tu devras plonger. Noyé, mon amour. Sois lémure, Christal. Hante-moi !
C - Scelle-nous. Enfin. Temps de la gangue nue, temps du diamant. Ma Lava !

Épilogue

C - AAAH, ça brûle ! Aah...
L - Oui, c’est moi..."ça". … Mm... Ça ira ?... Pour toi ?
C - Ugh, oui, je crois… Mmm... Héhé
L - Huhu. Hm. Umm.
C - Mm... Attends, moins vite, moins...
L - Oh.
C - ... vite... Aah. Trop... mm... tard.